Festival In & Out par Carine Filloux

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Index de l'article
Festival In & Out par Carine Filloux
Interview Benoît Arnulf partie I
Interview Benoît Arnulf partie II
Interview Benoît Arnulf partie III
Of girls and horses
Le chanteur
Broken Gardenias
Je suis Annemarie Schwarzenbach
Stand
Regarding Susan Sontag
Vivant !
The Punk Singer
Guilda, elle est bien dans ma peau
Palmarès
Toutes les pages

Les 7ème rencontres In&Out, le festival du film gay et lesbien de Nice, se tiendront du 30 avril au 9 mai 2015. Au programme 33 long métrages, trois séances de courts, trois jours de projections à Cannes, des rencontres et  des évènements pour cette grande fête du cinéma.

 

La grande première de cette septième édition est une compétition officielle et des prix, les Esperluettes. Les membres du jury, Xavier Heraud, Emilie Jouvet, Didier Roth-Bettoni et Dana Osi,  vont avoir la lourde tâche de départager les films en compétition pour attribuer les prix du meilleur long métrage, du meilleur documentaire, du meilleur court et le prix du jury alors que le public pourra lui aussi voter pour son meilleur film, toutes catégories confondues.

Les films en compétition pour le meilleur long métrage

  • BEIRA MAR de Filipe Matzembacher et Marcio Reolon (film de clôture)

  • BROKEN GARDENIAS de Kai Alexander

  • LE CHANTEUR de Rémi Lange

  • JE SUIS ANNEMARIE SCHWARZENBACH de Véronique Aubouy

  • JE SUIS A TOI de David Lambert

  • OF GIRLS AND HORSES de Monika Treut

  • STAND de Jonathan Taïeb

  • YO SOY LA FELICIDAD DE ESTE MUNDO de Julián Hernández

Les films en compétition pour le meilleur documentaire

  • GUILDA, ELLE EST BIEN DANS SA PEAU de Julien Cadieux

  • THE PUNK SINGER, A FILM ABOUT KATHLEEN HANNAH de Sini Anderson

  • REGARDING SUSAN SONTAG de Nancy Kates

  • VIAGGIO NEL DOPO-STORIA de Vincent Dieutre

  • VIVANT ! de Vincent Boujon

Toutes les informations concernant la programmation et les nombreux évènements du festival sont disponibles sur le site officiel http://www.inoutfestival.fr/.

 


 


 

 

Interview de Benoît Arnulf, directeur artistique du festival In&out :

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Deuxième partie de l'interview :

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Dernière partie de l'interview :

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Of girls and horses
Allemagne, 2014
Réalisation : Monika Treut
Caméra : Birgit Möller
Avec : Ceci Chuh, Alissa Wilms, Vanida Karun et Ellen Grell

Site internet : http://www.hyenafilms.com/en/films/of-girls-and-horses/

 


Alex, adolescente rebelle de 16 ans qui se drogue, se scarifie et a quitté l'école a été envoyée par sa mère adoptive dans un haras au nord de l'Allemagne. Dernière tentative pour la remettre dans le droit chemin. Après un début difficile l'adolescente, sous la tutelle de Nina qui s'occupe du dressage des chevaux, s'adapte à cette nouvelle vie et crée du lien avec les animaux et la jeune femme. Arrive alors Kathy, une adolescente issue d'un milieu aisé qui vient passer les vacances au haras avec son cheval. Alex se montre réticente à l'égard de Kathy au premier abord. Mais graduellement les deux jeunes femmes se rapprochent.

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Monika Treut donne un grand coup de pied à sa réputation d'artiste féministe radicale et underground avec "Of girls and horses". En effet, la réalisatrice allemande livre un film naturaliste, qui se découvre plan après plan, loin de tout bruit et toute fureur mais au contraire avec simplicité et lenteur. Dès le début du film la caméra de Birgit Möller s'attarde longuement sur les chevaux du haras, indiquant tacitement aux spectateurs que l'histoire va évoluer lentement, en se concentrant sur les détails pour la faire avancer. C'est en effet petit à petit qu'Alex se livre, que son histoire se dessine à coups de révélations. Le film est rythmé par la vie au haras, sa routine, l'adaptation d'Alex, citadine rebelle, à un environnement rural et provincial. Ses défenses lâchant chaque jour un peu plus au contact de Nina, des chevaux et plus tard de Kathy avec qui elle va créer une belle relation, une de celles qui change une vie. A l'écran il ne se passe rien ou presque, juste la vie qui s'écoule, pour une fois de manière lente et non spectaculaire, loin de l'agitation de la vie des adolescents actuels, des smartphones, d'internet. Les plans des chevaux se succèdent, la nature environnante emplit l'espace, le temps s'écoule paisiblement. Les joies sont simples et authentiques, les bêtises aussi, celles qui sont assumées et font grandir. Less is more et peut-être que Monika Treud ne s'éloigne pas tant que ça d'une certaine radicalité avec cet ode à la simplicité.

En compétition pour l'Esperluette du meilleur long métrage des 7ème rencontres cinématographiques In&Out, du 30 avril au 9 mai 2015 - http://www.inoutfestival.fr/


 


 

Le chanteur
France, 2015
Réalisation, caméra, montage : Rémi Lange
Avec : Thomas Polly, Ivan Mitifiot, Sophie Blondy et Thérèse Lanfranca


Thomas, jeune auto-compositeur-interprète bien décidé à réussir dans la chanson, quitte sa province pour Paris suite au décès de sa mère. De déboire en galère, il finira par rencontrer sa chance en la personne de Lola, une chanteuse qui va non seulement lui offrir un toit mais surtout lui présenter Ivan, son producteur. Celui-ci tombe immédiatement sous le charme du jeune artiste.

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Rémi Lange est à l'image du héros de son long-métrage, passionné par son art et prêt à tout pour l'exercer. L'idée de la comédie musicale lui est venue à l'occasion d'un film de commande pour Canal+*, il était une fois. Confronté aux contraintes techniques et financières liées au genre, il range son projet dans un tiroir. Il l'en sortira en 2009 à l'occasion d'une rencontre avec Thomas Polly orchestrée par Ivan Mitifiot qui lui avait alors confié la réalisation de la bande-annonce du festival Ecrans Mixtes à Lyon. L'envie est intacte, les chansons de Thomas déjà mixées mais les moyens toujours aussi limités. En effet, Rémi Lange a choisi de faire du cinéma en marge du milieu. Lui qui a bénéficié d'une avance sur recette pour "Les yeux brouillés" son second film sorti en 2000 revendique un cinéma sans compromis difficilement compatible avec les exigences imposées par les producteurs. De plus, au pays des étiquettes, passer du documentaire à la fiction s'est révélé compliqué au moment d'en trouver un. Il décide alors de créer sa société et de sortir ses films en vidéo. Ainsi aux yeux du milieu "Le chanteur" est son troisième long-métrage alors que dans le faits il s'agit du sixième. Synonyme de retour sur le grand écran, car à défaut de producteur il a trouvé un distributeur. Son film est donc auto-financé, il y fait jouer ses connaissances et endosse le rôle d'homme orchestre pour tous les aspects techniques. Une liberté de création qui a un prix et le réalisateur de lâcher qu'un chef opérateur et un preneur son ont manqué, que le tournage a été compliqué avec sa seule caméra, tout comme le montage. Un manque de recul et des limites techniques qui sont visibles à l'écran tout comme l'écriture au jour le jour du scénario. Cela dit, Rémi Lange, invite le spectateur dans un univers généreux et le côté imparfait de son film transgenre, à la fois documentaire, film brut et comédie musicale, développe son propre charme.

* Le cake au sirop de Cordom, petite pépite musicalo-porno-humoristique inspirée par un passage du film Peau d'âne.


En compétition pour l'Esperluette du meilleur long métrage des 7ème rencontres cinématographiques In&Out, du 30 avril au 9 mai 2015 - http://www.inoutfestival.fr/


 


 


Broken Gardenias
Etats-Unis, 2014
Réalisation : Kai Alexander
Scénario : Alma S. Grey
Avec : Alma S. Grey, Jack Morocco, Caroline Heinle.
Site internet : http://www.brokengardenias.com/

Jenny est une jeune femme naïve et inexpérimentée qui vit dans un monde bien à elle. Elle se trouve donc en marge avec son employeur et ses colocataires, qui décident de se débarrasser d'elle. A la rue, seule au monde elle décide d'en finir et est sauvée par Sam, une jeune loubarde bien dans ses baskets. Celle-ci va l'entraîner à la recherche de son père, dont la seule trace est une photo datant des années 70 prise devant une maison à Los Angeles.

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"Broken Gardenias" est un road movie mettant en relation deux jeunes femmes que tout oppose. Jenny, une retardée de la vie et Sam, dynamique et débrouillarde. Leur chemin pour retrouver le père de Jenny sera pavé de rencontres atypiques. Un postulat de base qui à défaut d'être novateur pouvait laisser espérer quelques scènes intéressantes. Malheureusement le scénario d'Alma S. Grey, qui interpète également Jenny, se contente d'effleurer la surface des choses et multiplie les caricatures. Que ce soit la colocataire blonde, superficielle, qui ne mange que de la salade et est obsédée par son look ou encore le conducteur qui les prend en stop, un pervers dont la voiture déborde de pizzas (nourriture exclusive des hommes dans le film) qui fantasme en les imaginant faire l'amour, déteste sa femme et les femmes en général et se drogue à outrance, pour ne citer que ces deux là. Kai Alexandre balade ainsi le spectateur dans une galerie de portraits grossièrement brossés alors qu'il aurait suffi de donner un peu plus d'épaisseur aux différents personnages, aux situations et de moins forcer le trait pour les rendre intéressants. Il en va de même pour le personnage de Jenny, qui est la platitude incarnée et multiplie les mauvaises cartes, maladroite, coincée, orpheline et qui rencontre Sam qui est charismatique, à l'aise dans la vie, dans son corps et vient d'une famille aisée, soit son exact opposée. Etait-il nécessaire d'aller ainsi dans la surenchère ? La légèreté doit-elle nécessairement rimer avec superficiel ? Une alternative de réponse à ces questions se trouve dans "Of girls and horses", également présenté en compétition et qui traite de manière radicalement différente de la quête de soi à travers une rencontre entre deux jeunes femmes très différentes.


En compétition pour l'Esperluette du meilleur long métrage des 7ème rencontres cinématographiques In&Out, du 30 avril au 9 mai 2015 - http://www.inoutfestival.fr/


 


 

Je suis Annemarie Schwarzenbach
France, 2014
Réalisation, écriture : Véronique Aubouy
Avec : Julia Perazzini, Nina Langensand, Mégane Ferrat, Pauline Leprince, Valentin Jean, Marion Ducamp, Stephen Loye


Un casting est organisé pour trouver le premier rôle d'un long métrage sur la vie Annemarie Schwarzenbach, romancière-journaliste-aventurière suisse qui a vécu dans les années 30. Des actrices, un acteur, passent des essais, devant parler d'eux en relation avec la vie de la suissesse, prendre des poses qu'elle affectionnait, devenir Annemarie Schwarzenbach. La réalisatrice cherchant à lui donner vie à travers ces jeunes comédiens. Cinq personnes, des deux sexes, seront retenus pour un séjour en Creuse afin de travailler sur le scénario.

 

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Véronique Aubouy a pensé son film comme un positionnement par rapport au pesonnage Annemarie Schwarzenbach, utilisant pour ce faire une forme exigeante. Ainsi il ne s'agit pas d'un fiilm retraçant concrètement la vie de cette fascinante aventurière. Son destin foudroyé sera évoqué à travers ces jeunes comédiens qui pour certains la découvrent. Sa beauté androgyne, son homosexualité, ses mots. Certains aspects de sa vie ne seront que survolés tels son addiction aux drogues, elle qui a connu cinq cures de désintoxication en 1938, ou encore son combat contre le fascisme et donc la figure de sa mère qui était pro-nazi et fit brûler tous ses écrits au lendemain de sa mort, afin de gommer jusqu'à son existence. La réalisatrice, également artiste, a choisi un autre chemin pour la ramener sur le devant de la scène, celui qui mélange littérature, musique au service d'une performance filmique.

Véronique Aubouy a découvert Annemarie Schwarzenbach il y a dix-neuf ans. Depuis lors elle a envie de réaliser un film sur elle, sur cette jeunesse perdue entre deux guerres. Au départ il devait s'agir d'un biopic et d'années en années le projet est devenu plus hybride pour prendre finalement la forme d'un docu-fiction. Ce qui fascine particulièrement la réalisatrice c'est l'écriture fulgurante, immédiate de l'écrivaine, une liberté qui ne s'accompagnait d'aucun dogme. Il était donc important pour elle de ne pas savoir au départ comment aller se terminer le film mais bien de le construire avec ses comédiens. Ainsi, la première partie du film, le casting, est une entrée en matière dans le monde d'Annemarie Schwarzenbach pour ceux-ci. Des personnalités propres qui par jeu de mimétisme deviennent une autre, construisent les différentes facettes de cette autre, tout en ne s'effaçant pas entièrement. Ils s'approprient son vocabulaire pour pouvoir ensuite improviser librement l'écriture de la second partie. S'installe alors un jeu sur plusieurs réalités, tant et si bien qu'au fil des répétitions le spectateur ne distingue plus ce qui est vrai de ce qui est faux. Est-ce une scène entrec deux Annemarie Schwarzenbach ou bien deux comédiennes qui se racontent leur vie entre deux lectures ? Comment à travers la figure de cet ange maudit, qui a trente ans rédigeait son testament, la jeuness actuelle se raconte ? De scène en scène, les cartes se brouillent, jusqu'à l'onirisme.

En compétition pour l'Esperluette du meilleur long métrage des 7ème rencontres cinématographiques In&Out, du 30 avril au 9 mai 2015 - http://www.inoutfestival.fr/



 

 

Stand
France, 2014
Réalisation, scénario, production : Jonathan Taïeb
Avec : Renat Shuteev, Andrey Kurganov, Ekaterina Rusnak

Anton et Vlad sont en voiture un soir quand ils sont témoins d'une agression. Anton veut intervenir mais Vlad l'en empêche. Cherchant à avoir des nouvelles de cet homme Anton apprend qu'il  s'agissait d'une attaque homophobe et qu'il est décédé des suites de ses blessures. Se sentant coupable il entame une enquête qui va l'emmener sur des chemins dangereux.

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En juin 2013, le Parlement Russe a voté une loi interdisant "la propagande des minorités sexuelles" dans le but notamment de protéger les mineurs. Cette loi a déclenché une véritable chasse aux homosexuel(le)s. Des groupuscules anti-gay organisent des faux rendez-vous afin de passer à tabac et humilier les personnes ciblées, provoquant parfois leur mort. Tout cela au grand au mépris de la loi, la police laissant faire. En septembre 2013 un ami de Jonathan Taïeb lui montre des vidéos en ligne de ces Safary Party et il décide quelques mois plus tard d'en faire un film. Pour des raisons logistiques le tournage ne se déroulera pas en Russie mais en Ukraine, à Kharkov, située seulement à 30 km de la frontière, en pleine zone homophobe. Il durera onze jours, dans la clandestinité la plus totale avec une équipe réduite.

Au centre de l'histoire un couple homosexuel qui vit heureux, derrière les portes fermées, et se retrouve face à la loi du plus fort. Vlad décide de détourner les yeux alors qu'Anton ne peut plus les fermer. "La morale, elle se trouve ou elle s'impose ?" Cette question sera au coeur du film. Anton se rendra compte que la morale est liée à ses actions et qu'il est pris dans une quête obsessionnelle qui ne peut que mal finir. Ainsi le film est empreint d'une tension permanente, chaque personne sur le trottoir devient un danger potentiel, tout ce qui se trouve hors champ, alors que le vrai danger viendra d'ailleurs. Entre enquête policière, thriller et histoire d'amour le film de Jonathan Taïeb est une lente descente dans un gouffre de violence. Un questionnement sur le positionnement de l'individu face à une telle réalité, un combat de tous les jours pour aimer l'autre librement. Si l'exemple de la Russie est particulièrement édifiant, il y a eu 2400 actes homophobes en France l'an dernier. Ainsi Stand est un choc nécessaire qui doit être diffusé et vu par le plus grand nombre. De plus, Jonathan Taïeb possède non seulement un réel talent de réalisateur (bel usage de la voix off), de scénariste, mais aussi le courage de montrer ce qui dérange sans détour et sans fard. Chapeau bas également à Renat Shuteev et Andrey Kurganovaux, les excellents comédiens du film, qui bien qu'hétérosexuels pourraient subir des représailles pour avoir interprété des homosexuels dans un pays où un festival de cinéma gay, dans lequel le film était programmé, a vu plusieurs projections être violemment interrompues. La violence appellant la violence "Stand" frappe comme un uppercut à l'estomac et ses images résonnent encore longtemps après que les lumières se soient rallumées.


Belle option pour l'Esperluette du meilleur long métrage des 7ème rencontres cinématographiques In&Out, du 30 avril au 9 mai 2015.



 

Regarding Susan Sontag
Etats-Unis, 2014
Réalisation : Nancy Kates


Documentaire sur la vie et l’œuvre de l'essayiste, romancière, réalisatrice et activiste américaine Susan Sontag.

 

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"J'aime être en vie." C'est avec cette citation que commence le documentaire de Nancy Kates sur l'inépuisable Susan Sontag. Inépuisable car en une vie, elle donne l'impression d'en avoir vécu plusieurs. Elle a pour sûr commencé tôt. A trois ans elle sait lire, commence à six ans à écrire, elle entre à l'université l'année de ses 15 ans, trouve en Pickwick, une "vraie" librairie - à sa mort sa bibliothèque comptait 25 000 volumes, elle se marie à 17 ans et devient mère à 19. Elle était impatiente de grandir, de découvrir la vie et de s'y frotter, prenant déjà la mesure de son inextinguible soif de savoir, de vivre. A travers des photos, des images d'archives, des extraits de ses livres lus par la comédienne Patricia Clarkson, de nombreux entretiens avec elle, sa soeur, ses anciennes petites amies - dont la chorégraphe Lucinda Childs, l'actrice Nicole Stéphane ou la photographe Annie Leibovitz - son dernier grand amour, des écrivains, amis, la réalisatrice présente les différentes facettes de cette femme qui a marqué l'histoire. Ses livres se sont vendus à des millions d'exemplaires, son essai "Sur la photographie" est une référence en la matière, et pourtant elle est peu connue du grand public. "Mon désir d'écrire est lié à son homosexualité. J'ai besoin de cette identité comme d'une arme pour répondre à celle que la société a contre moi. Je commence juste à réaliser à quel point je me sens coupable d'être queer." Même si elle a toute sa vie été très discrète sur ses choix sexuels, passant des hommes aux femmes au gré de ses désirs. Susan Sontag était une femme magnifique, très photogénique, consciente du pouvoir de son image mais pas au service de sa vie privée. Ses revendications étaient ailleurs. Elle a ainsi entretenu une relation amour-haine avec les Etats-Unis, où les critiques étant aussi nombreux que les admirateurs, surtout après les attentats du 11 septembre où elle a pris position contre la politique extérieure menée par son pays. Elle était notoirement contre la guerre et s'est engagée à l'époque du Vietnam ou encore à Sarajevo où elle a monté une pièce de théâtre, "En attendant Godot" de Samuel Beckett, sous les bombes. En tant qu'écrivain il était de son devoir de se positionner, d'être dans la controverse. Tous les actes étaient politiques pour celle qui n'hésitait pas à dire que "la race blanche est le cancer de l'humanité." Elle a aussi beaucoup écrit sur la maladie, que ce soit le Sida ou le cancer qu'elle a combattu personnellement trois fois. "Je me sens comme la guerre du Vietnam" disait-elle à propos de la lutte de son corps contre cet ennemi invisible bombardé à coup de chimiothérapie. Malheureusement la troisième attaque fut la dernière et "la mort est finalement devenue une réalité." Susan Sontag avait 71 ans et encore beaucoup de choses à dire.

En compétition pour l'Esperluette du meilleur documentaire des 7ème rencontres cinématographiques In&Out, du 30 avril au 9 mai 2015 - http://www.inoutfestival.fr/


 


 

Vivant !
France, 2014
Réalisation: Vincent Boujon
Avec: Vincent, Mateo, Romain, Pascal, Eric


Vincent, Mateo, Romain, Pascal et Eric sont séropositifs. Ils sont réunis pour un stage de cinq jours afin de les préparer à un saut en parachute. Cinq  jours au cours desquels ils vont non seulement apprendre les techniques du saut mais aussi échanger des confidences sur leurs parcours.



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Que se passe-t-il dans le corps d'une personne qui apprend qu'elle est
séropositive ? Un immense vertige ? La sensation d'être aspirée par un
grand vide ? Une chute libre dans un abyme sans fond ? Une grande
paralysie face à la perspective de mourir ? Des sensations que l'on peut  rapprocher de celles ressenties avant un saut en parachute. Vincent
Boujon propose donc à Vincent, Mateo, Romain, Pascal et Eric, cinq hommes séropositifs, de se confronter, de nouveau peut-être, à ces questions mais dans le but de glorifier la vie. La séropositivité n'est plus une sentence de mort, la tri-thérapie permet d'avoir une vie normale et une sexualité sans risque. Qui le sait ? Qui aborde ouvertement ces questions avec les personnes concernées ? Personne. Le réalisateur a donc décider de donner la parole à ces hommes afin qu'ils
nous parlent de leur quotidien. Cinq hommes qui ont accepté de se livrer dans les détails les plus intimes à visage découvert. Ils ont tous un parcours différent, une attitude propre face à la maladie et à la sexualité et ont trouvé au sein de ce groupe une qualité d'écoute qui leur a permis de s'ouvrir pour partager un moment de vie fort et émouvant, dans le désir commun de faire avancer les choses, de faire entendre des voix non formatées sur les slogans de prévention mais bien
vivante, loin de l'image émoussée de la séropositivité au quotidien qui provoque encore de la discrimination au sein même de la communauté homosexuelle.

Le documentaire de Vincent Boujon se déploie entre les séances d'instruction, plus ou moins rapidement assimilées selon les protagonistes ce qui n'est pas sans ajouter une touche d'humour, et les confidences du groupe. Le spectateur sent à quel point celles-ci rapprochent les membres du groupe qui devient pratiquement une identité au moment du saut. Les quatre qui restent au sol ont les yeux rivés au ciel, même si pas toujours dans la bonne direction, tendus dans une double angoisse, celle accompagnant le copain qui saute et celle relative à leur propre saut qui se rapproche. La tension monte, les sourires se crispent dans le coucou qui les approchent du moment du saut, malgré le bras protecteur de l'instructeur sur les épaules.
Vincent Boujon a le bon ton de filmer chaque saut différemment, selon les enjeux propres à chacun, tel le dernier à s'élancer dont le spectateur verra seulement le saut hors de l'avion. C'était celui qui semblait le plus prompt à renoncer à la dernière minute pour redescendre avec l'avion.


En compétition pour l'Esperluette du meilleur documentaire des 7ème rencontres cinématographiques In&Out, du 30 avril au 9 mai 2015.


 



The Punk Singer
Etats-Unis, 2013
Réalisation : Sini Anderson
Avec : Kathleen Hanna, Adam Horowitz, Johanna Fateman, JD Samson, Kim Gordon, Joan Jett, Corin Tucker, Carrie Brownstein, Kathi Wilcox, Tobi Vail, Alison Wolfe, Lynn Breedlove, Tavi Gevinson


 

Kathleen Hanna, chanteuse du groupe punk Bikini Kill et du trio dance-punk Le Tigre s'est rendue célèbre pour son engagement dans le mouvement Riot Grrrl. Elle est devenue l'une des plus célèbres icônes féministes. Ses critiques auraient juste voulu qu'elle se taise alors que ses fans espéraient qu'elle ne le fasse jamais. Ainsi quand en 2005 Hanna a cessé de crier, beaucoup se sont demandés pourquoi. A travers vingt ans d'images et d'interview avec Kathleen Hanna le public est emporté dans une fascinante épopée musicale doublée d'une plongée inédite dans son intimité.


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"It's all about speaking what's unspoken, screaming what's not screamed." Dire haut et fort ce qui ne se disait pas est au cœur de la personnalité de Kathleen Hanna. Depuis un âge tendre elle savait

qu'elle voulait être artiste, elle voulait s'exprimer et non pas se ridiculiser devant un public comme le pensait son père. Elle a fait des études de photographie et a vite commencé les collages féministes, ses œuvres étant censurées à la fac elle a ouvert un local avec une amie, s'est appuyée sur le témoignage d'une autre, agressée chez elle, pour dénoncer les violences faites aux femmes lors d'un défilé de mode très particulier. Voulant propager ses idée féministes par le slam elle participe à un atelier d'écriture où on lui conseille plutôt de monter un groupe de musique. Bikini Kill voit le jour peu de temps après et Kathleen Hanna en devient tout naturellement la front-woman. C'est le début des années 90, la grande époque des fanzines, du rock alternatif, des radio indépendantes et le punk énergique et engagé des Bikini Kill devient vite incontournable. Kathleen a le don de savoir communiquer ce qu'elle pense d'une manière qui inspire et entraîne les autres à sa suite. Après plusieurs albums le groupe se séparera.

Kathleen ne pouvant rester loin de la musique préparera en 1998 un album solo intimiste auto-produit sous le pseudonyme Julie Ruin. Le titre du documentaire, The Punk Singer, est d'ailleurs tiré d'un des titres de l'album.

Elle pensait ne jamais se remettre dans un groupe jusqu'à la rencontre avec Johanna Fateman puis JD Samson. Ils seront Le Tigre jusqu'en 2005, jusqu'à ce qu'Hannah décide d'arrêter, expliquant qu'elle n'avait plus rien à dire. La vérité est tout autre, la chanteuse est malade et n'a plus la force. C'est seulement quelques années plus tard que le diagnostic tombera, stade avancé de la maladie de Lyme. En décembre 2010 un Kathleen Hanna Tribute Show est organisé au cours duquel vingt groupes vont reprendre des chansons de Kathleen, la deuxième partie du show étant consacré au grand retour de Kathleen sur scène avec The Julie Ruin son nouveau groupe. Une énergie intacte et le verbe toujours aussi engagé plus de vingt ans après ses débuts !

Résumer plus de vingt ans dans la musique en 90 minutes ne fut pas une tâche aisée et Sini Anderson a réalisé la prouesse de couvrir à la fois la carrière et la vie intime de Kathleenn Hanna en un mélange harmonieux et complémentaire. Ceci est du en grande partie au fort engagement de la chanteuse qui a été filmée ponctuellement par la réalisatrice pendant un an à partir de juillet 2010 et apporte une touche émouvante sur sa lutte actuelle contre la maladie et un éclairage sur son passé et son engagement féministe. Les nombreuses scènes de concerts sont galvanisantes, l'incroyable charisme d'Hanna crevant l'écran. Les personnalités de la scène rock sont également présentes pour témoigner, que ce soit Adam Horovitz, son mari, leader des Beastie Boys, Kim Gordon (Sonic Youth) ou encore Joan Jett (sa productrice, qui a connu son heure de gloire avec le tube "I love rock'n roll"), ainsi que les membres de ses différents groupes. Le travail de montage donne un écho très pertinent a ces éléments rendant le documentaire absolument passionnant. Punk is definitely not dead!

En compétition pour l'Esperluette du meilleur documentaire des 7ème rencontres cinématographiques In&Out, du 30 avril au 9 mai 2015.




 

Guilda, elle est bien dans ma peau
Canada, 2014
Réalisation : Julien Cadieux
Avec les témoignages de : Jean Guilda, Gaye Guida-Dennis, Christiane Arnaud, Monsieur Michel, Vic Vogel, Yvan Dufresne, Pierre Jean, Michou, Pierrette Souplex, Gilles Latulippe, Rosina Seminaro, Richard Aben, Michel Dorais

L'histoire de Guilda, immortelle beauté de l'âge d'or des cabarets de Montréal, et de Jean Guilda, français d'origine, qui lui a donné son corps et sa vie.

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"Je ne me rappelle pas avoir été heureux." Jean Guilda porte ce terrible constat en 2012, peu de temps avant sa mort, alors qu'il est interviewé par Julien Cadieux pour ce documentaire magnifique et poignant qui rend hommage au premier artiste travesti et dévoile également une tragédie humaine. Né en 1924 à Paris il n'aurait jamais pensé faire carrière déguisé en femme et c'est en prêtant son corps pour le court-métrage "La femme coupée en morceaux" que l'idée lui viendra pour la première fois. Célèbre imitateur de femmes il fera ses débuts chez Mme Arthur à Paris, il abandonne vite le cinéma pour devenir la reine des transformistes sur la place de Paris. Coccinelle est en extase devant Jean Guilda, Mistinguette est emballée et l'engage comme doublure dans sa revue. Ils traverseront l'Europe et l'Afrique ensemble jusqu'à Montréal en 1951. De retour en France, Jean Guilda crée Guilda, son alter ego. En 1955 il traverse l'Atlantique pour aller s'établir au Canada et l'artiste transformiste aux costumes extravagants devient une célébrité des cabarets de Montréal. Une véritable gageure à l'époque car il était défendu pour un homme de s'habiller en robe à moins d'être un curé. Sa carrière deviendra toute sa vie, il gagne des fortunes qu'il investit aussitôt dans la plus fastueuse des garde-robe. Il ouvrira la voie du transformisme, sera un exemple pour beaucoup, même si selon Michel Dorais "On est déjà rendus ailleurs."

Les robes de Guilda prennent désormais place sur un plateau vide. Guilda n'est plus. Jean Guilda a abandonné sa perruque en 2000 après soixante ans de bons et loyaux services. Les images d'archives de ses heures de gloire défilent sur des rangées de siège désormais vides elles-aussi. Seuls les tableaux dans son appartement sont un témoignage terriblement vivant de ce personnage sans âge qui l'a phagocyté de l'intérieur.

Prenant de plus en plus de place au fur et à mesure du fiasco de sa vie sentimentale - trois mariages ratés, remplissant le vide laissé par le kidnapping de sa fille - qu'il retrouvera 39 ans après, par la mort prématurée de son fils Yvan emporté par le sida. Guilda prend les rênes et il devient le manager à son service. Elle est dans sa tête 24h/24, critique tout ce que Jean fait, change les chorégraphies répétées en journée au cours des spectacles. Alors que Jean veut travailler en homme elle refuse de signer les contrats. Il n'a plus qu'un seul choix pour la forcer à s'arrêter, il brûle sa garde-robe. Les contrats ne suivent malheureusement pas, tout le monde veut Guilda. Il refait donc sa garde-robe. Se sent doublement seul et mettra 35 ans à faire la paix avec elle. Une paix relative pour celui qui avoue face caméra attendre la mort qui seule, sera sa délivrance.

"Tu étais bien dans ma peau, mais ta gaine me faisait mourir.... Et toujours dans la solitude je rentre alors pour me changer."


Prix du public des 7ème rencontres cinématographiques In&Out, du 30 avril au 9 mai 2015.



 

 

Palmarès

Les meilleures choses ayant malheureusement une fin, la 7ème édition des rencontres cinématographiques In&Out s'est achevée avec la projection du film brésilien Beira Mar. Les membres du jury ont avant cela décerné les tous premiers prix du festival du film gay et lesbien de Nice :

Meilleur film : Je suis Annemarie Schwarzenbach de Véronique Aubouy

Meilleur documentaire : Vivant ! de Vincent Boujon

Prix du jury : Le chanteur de Rémi Lange

Prix du public : Guilda, elle est bien dans ma peau de Julien Cadieux

Meilleur court-métrage : (Re)Trace de Jonathan Lemieux

Mention spéciale à Iris Moore pour l'ensemble de son travail.

Un festival qui se termine c'est comme sortir d'une bulle, clore un moment de vie intense rythmé par des projections quotidiennes et des rencontres. L'occasion de (re)découvrir des destins qui ont marqué l'histoire, que ce soit Jean Guilda, Susan Sontag ou encore Kathleen Hannah. De donner la parole à un cinéma dénonciateur, sinon militant, tel Vivant ! pour la plongée dans la vie des séropositifs ou encore Stand qui témoigne de l'homophobie en Russsie. Mais aussi d'être une vitrine pour tous les cinémas, la performance filmique de Véronique Aubouy ou encore le jusqu'auboutisme de Rémi Lange, qui a défaut de les avoir se donne les moyens de faire vivre son univers cinématographique.

Merci à Benoît Arnulf, directeur artistique du festival, et à sa fine équipe pour cette bulle de générosité et de découvertes, pour ce cousin germain atypique et essentiel dans une grande famille du cinéma chaque jour un peu plus lisse et formatée.

Carine Filloux