Festival In & Out par Carine Filloux - Stand

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Index de l'article
Festival In & Out par Carine Filloux
Interview Benoît Arnulf partie I
Interview Benoît Arnulf partie II
Interview Benoît Arnulf partie III
Of girls and horses
Le chanteur
Broken Gardenias
Je suis Annemarie Schwarzenbach
Stand
Regarding Susan Sontag
Vivant !
The Punk Singer
Guilda, elle est bien dans ma peau
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Stand
France, 2014
Réalisation, scénario, production : Jonathan Taïeb
Avec : Renat Shuteev, Andrey Kurganov, Ekaterina Rusnak

Anton et Vlad sont en voiture un soir quand ils sont témoins d'une agression. Anton veut intervenir mais Vlad l'en empêche. Cherchant à avoir des nouvelles de cet homme Anton apprend qu'il  s'agissait d'une attaque homophobe et qu'il est décédé des suites de ses blessures. Se sentant coupable il entame une enquête qui va l'emmener sur des chemins dangereux.

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En juin 2013, le Parlement Russe a voté une loi interdisant "la propagande des minorités sexuelles" dans le but notamment de protéger les mineurs. Cette loi a déclenché une véritable chasse aux homosexuel(le)s. Des groupuscules anti-gay organisent des faux rendez-vous afin de passer à tabac et humilier les personnes ciblées, provoquant parfois leur mort. Tout cela au grand au mépris de la loi, la police laissant faire. En septembre 2013 un ami de Jonathan Taïeb lui montre des vidéos en ligne de ces Safary Party et il décide quelques mois plus tard d'en faire un film. Pour des raisons logistiques le tournage ne se déroulera pas en Russie mais en Ukraine, à Kharkov, située seulement à 30 km de la frontière, en pleine zone homophobe. Il durera onze jours, dans la clandestinité la plus totale avec une équipe réduite.

Au centre de l'histoire un couple homosexuel qui vit heureux, derrière les portes fermées, et se retrouve face à la loi du plus fort. Vlad décide de détourner les yeux alors qu'Anton ne peut plus les fermer. "La morale, elle se trouve ou elle s'impose ?" Cette question sera au coeur du film. Anton se rendra compte que la morale est liée à ses actions et qu'il est pris dans une quête obsessionnelle qui ne peut que mal finir. Ainsi le film est empreint d'une tension permanente, chaque personne sur le trottoir devient un danger potentiel, tout ce qui se trouve hors champ, alors que le vrai danger viendra d'ailleurs. Entre enquête policière, thriller et histoire d'amour le film de Jonathan Taïeb est une lente descente dans un gouffre de violence. Un questionnement sur le positionnement de l'individu face à une telle réalité, un combat de tous les jours pour aimer l'autre librement. Si l'exemple de la Russie est particulièrement édifiant, il y a eu 2400 actes homophobes en France l'an dernier. Ainsi Stand est un choc nécessaire qui doit être diffusé et vu par le plus grand nombre. De plus, Jonathan Taïeb possède non seulement un réel talent de réalisateur (bel usage de la voix off), de scénariste, mais aussi le courage de montrer ce qui dérange sans détour et sans fard. Chapeau bas également à Renat Shuteev et Andrey Kurganovaux, les excellents comédiens du film, qui bien qu'hétérosexuels pourraient subir des représailles pour avoir interprété des homosexuels dans un pays où un festival de cinéma gay, dans lequel le film était programmé, a vu plusieurs projections être violemment interrompues. La violence appellant la violence "Stand" frappe comme un uppercut à l'estomac et ses images résonnent encore longtemps après que les lumières se soient rallumées.


Belle option pour l'Esperluette du meilleur long métrage des 7ème rencontres cinématographiques In&Out, du 30 avril au 9 mai 2015.