Festival In & Out par Carine Filloux - Guilda, elle est bien dans ma peau

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Festival In & Out par Carine Filloux
Interview Benoît Arnulf partie I
Interview Benoît Arnulf partie II
Interview Benoît Arnulf partie III
Of girls and horses
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Broken Gardenias
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The Punk Singer
Guilda, elle est bien dans ma peau
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Guilda, elle est bien dans ma peau
Canada, 2014
Réalisation : Julien Cadieux
Avec les témoignages de : Jean Guilda, Gaye Guida-Dennis, Christiane Arnaud, Monsieur Michel, Vic Vogel, Yvan Dufresne, Pierre Jean, Michou, Pierrette Souplex, Gilles Latulippe, Rosina Seminaro, Richard Aben, Michel Dorais

L'histoire de Guilda, immortelle beauté de l'âge d'or des cabarets de Montréal, et de Jean Guilda, français d'origine, qui lui a donné son corps et sa vie.

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"Je ne me rappelle pas avoir été heureux." Jean Guilda porte ce terrible constat en 2012, peu de temps avant sa mort, alors qu'il est interviewé par Julien Cadieux pour ce documentaire magnifique et poignant qui rend hommage au premier artiste travesti et dévoile également une tragédie humaine. Né en 1924 à Paris il n'aurait jamais pensé faire carrière déguisé en femme et c'est en prêtant son corps pour le court-métrage "La femme coupée en morceaux" que l'idée lui viendra pour la première fois. Célèbre imitateur de femmes il fera ses débuts chez Mme Arthur à Paris, il abandonne vite le cinéma pour devenir la reine des transformistes sur la place de Paris. Coccinelle est en extase devant Jean Guilda, Mistinguette est emballée et l'engage comme doublure dans sa revue. Ils traverseront l'Europe et l'Afrique ensemble jusqu'à Montréal en 1951. De retour en France, Jean Guilda crée Guilda, son alter ego. En 1955 il traverse l'Atlantique pour aller s'établir au Canada et l'artiste transformiste aux costumes extravagants devient une célébrité des cabarets de Montréal. Une véritable gageure à l'époque car il était défendu pour un homme de s'habiller en robe à moins d'être un curé. Sa carrière deviendra toute sa vie, il gagne des fortunes qu'il investit aussitôt dans la plus fastueuse des garde-robe. Il ouvrira la voie du transformisme, sera un exemple pour beaucoup, même si selon Michel Dorais "On est déjà rendus ailleurs."

Les robes de Guilda prennent désormais place sur un plateau vide. Guilda n'est plus. Jean Guilda a abandonné sa perruque en 2000 après soixante ans de bons et loyaux services. Les images d'archives de ses heures de gloire défilent sur des rangées de siège désormais vides elles-aussi. Seuls les tableaux dans son appartement sont un témoignage terriblement vivant de ce personnage sans âge qui l'a phagocyté de l'intérieur.

Prenant de plus en plus de place au fur et à mesure du fiasco de sa vie sentimentale - trois mariages ratés, remplissant le vide laissé par le kidnapping de sa fille - qu'il retrouvera 39 ans après, par la mort prématurée de son fils Yvan emporté par le sida. Guilda prend les rênes et il devient le manager à son service. Elle est dans sa tête 24h/24, critique tout ce que Jean fait, change les chorégraphies répétées en journée au cours des spectacles. Alors que Jean veut travailler en homme elle refuse de signer les contrats. Il n'a plus qu'un seul choix pour la forcer à s'arrêter, il brûle sa garde-robe. Les contrats ne suivent malheureusement pas, tout le monde veut Guilda. Il refait donc sa garde-robe. Se sent doublement seul et mettra 35 ans à faire la paix avec elle. Une paix relative pour celui qui avoue face caméra attendre la mort qui seule, sera sa délivrance.

"Tu étais bien dans ma peau, mais ta gaine me faisait mourir.... Et toujours dans la solitude je rentre alors pour me changer."


Prix du public des 7ème rencontres cinématographiques In&Out, du 30 avril au 9 mai 2015.