Sur Anny Pelouze : "Silences"

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 Pelouze

 

La galerie Septentrion à Lille offre son espace au travail d’Anny Pelouze, tandis qu’à Paris, la Galerie Pierre Michel D. prépare une exposition personnelle dédiée aux peintures de cette artiste. Elle travaille sur les énergies qui s’incarnent à la matière du tableau, sur le mystère du symbolique et du mythe. Nous nous consacrons ici à la découverte de cette série des "silences" qui exemplifie et résume les instances principales de sa démarche.

 

 



Nous faisons la rencontre d'un paysage sonore disparu. Face à ces peintures quelque chose de lointain est évoquée. Les vibrations de l'air soufflent des sons oubliés ou que nous n’avons jamais perçus. Un travail sur "l'ancestral" est présenté dans la simplicité de ces tableaux d'une fragilité extrême. Les couches de papier qui constituent l'ouvrage restent en mouvement : leur légèreté est la cause d'une vibration possible lors de notre passage devant le tableau. La vibration des couleurs se transfère dans la vibration de la matière par ces ondes qui traversent "silences".

La perception et la représentation artistique de l'espace sont interrogées par l'œuvre de Pelouze et le spectateur est entraîné dans ce même questionnement. L'espace du tableau est ouverture et transformation et le silence" devient immédiatement le lieu des sons et des sens possibles. Le silence est le cri d'une impuissance de l'art face à l’indicible. Dans diverses interviews l'artiste avoue la nécessité intérieure de sa production, la quête d'un sens : ce sens se manifeste ici seulement lorsqu’il garde un visage voilé, seulement si nous gardons une part du non-dit.

 

 PelouzeVisible et invisible font alliance dans cette expression du symbolique déjà cher à l'artiste. Nous retrouvons la verticalité qui caractérisait son travail dans une série précédente dénommée "Veilleurs". Elle avait décrit cette verticalité comme un enracinement terrestre, une déclinaison de l'arbre cosmique, qui était également une image symbolique de l’humanité debout.
Cette verticalité se répète dans les "silences", soulignée par les traits et les dimensions de l’œuvre, mais surtout par ses blancs lumineux et rectilignes.
Une lumière qui est ouverture, et qui se confond avec la matière du papier asiatique, déjà d'un blanc porteur de lumière, diffusant une clarté intrinsèque.
Le chemin descendant de la lumière est, peut-être, une illusion : la lumière que l'œuvre laisse résonner est plutôt celle de la matière elle-même.
Le thème des "Lisières", déjà utilisé d’un d’autres séries, revient ainsi dans ces travaux où chaque limite est revisitée : les frontières entre l’encre et le papier, la verticalité et le rayonnement de la matière sont explorées dans un délicat équilibre. Les formes ne doivent pas se prononcer, elles ne peuvent pas dire : elles suggèrent. Chaque définition reste précaire ou incertaine, le sens et la forme demandent toujours à être réinventés.
La fragilité est l'expression de la condition humaine. L'homme reste protagoniste de cette nouvelle perception et représentation de l'espace, de son ouverture aux vides qui est également l'expression de ses possibilités.



 PelouzeL'homme se reconnaît dans la même verticalité et dans la force qui émane de la substance de l'œuvre. Cette dimension du possible, du toujours là, préexistant, d’un signifié qui précède le langage et sollicite l’imaginaire individuel et collectif, est la dimension même du symbolique pour Pelouze. Elle nous apporte, à travers cette ouverture du sens, la dimension d'un temps mythique où l'homme cherche à retrouver la mémoire de l’essentiel. Ce qui précède le langage dans le silence n’est pas d’une antériorité dans le passé car il échappe à toute temporalité.

La dimension de cette aphasie est celle d’un passé jamais advenu et toujours là, présent, comme la dimension du temps mythique dont la symbolique nourrit la réflexion de l'artiste. La symbolique du mythe précède l’existence et, dans le même temps, est une interprétation de l’existence toujours en train de se faire.

La perception et la représentation de l’espace dénommé "silence" est la recherche de cette condition essentielle pour retrouver l’homme dans son enivrement, pour pouvoir interpréter sa présence dans le monde. La réponse à ce questionnement est la mémoire du "silence origine", le "moment de l’écoute", où l’espace est "lieu d'accueil", où le sens de l'œuvre est la demande d’une écoute attentive, toujours à renouveler. Nous sommes avec l’œuvre un lieu d’accueil : nous ne pouvons pas nous emparer d'une vérité dans l’interprétation du tableau, mais nous pouvons accueillir les significations possibles que le tableau nous livre avec son mystère.

Le dessin se mélange aux plis du papier, les traces du geste de l'artiste surgissent comme des événements en même temps que les mouvements de la matière.
L'espace du tableau réclame notre écoute et notre attention pour saisir "l’à-paraître" du fond de la forme et de son devenir… qui est le notre.

par Chiara Palermo

Exposition, Anny Pelouze et Sadko du 4 mars au 4 avril à la Galerie Septentrion, Marcq en Baroeul Lille

« Silences » Atelier Anny Pelouze
207 rue des Tanneurs
83670 Barjols
Vernissage le mercredi 27 octobre 2010, à partir de 18h.
Exposition jusqu’au 12 novembre 2010,
ouverte du mercredi au samedi, de 15h30 à 19h
et sur rendez-vous.
09 51 77 50 04
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anny.pelouze.free.fr