Les Temps modernes - entretien avec Stéphane Couturier

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La nouvelle Photo Gallery à Monaco, dirigée par Marie-France Bouhours a inauguré son espace avec une exposition de l’artiste Stéphane Couturier *.

 

Entretien

Silvia Valensi : Votre œuvre antérieure fait référence à la ville, à la cité et révèle une perception que l'on qualifierait d'organique. Sur quoi la fondez-vous ?

S.C. : On peut parler d'un rapport temps/espace. Pour moi, l'architecture en mouvement, en transformation est une perpétuelle question de temps, une sédimentation des espaces urbains. Les bâtiments sont comme des sédiments. Il en résulte une archéologie urbaine, construite par l'histoire. Ceci étant, même pour la périphérie, la monumentalité des façades est tout aussi révélatrice. Tout me parle et le traitement de la couleur est le facteur de vie d’une ville. Quant à l'espace, mon voyage à San Diego en Californie m'a révélé la question du site à venir, de ces lieux naturels vides de la ville à naître. Une horizontalité qui va se poser sur ces sites par rapport à la verticalité des pays asiatiques. Le résultat s'en ressent dans le traitement du format de la photo que je désire comme absorbant.

SV: On devine une nouvelle définition du "donner à voir". Comment le faites-vous transparaître ?

S.C. : Je veux fonder une réalité sur de l'imaginaire. Pour cela, j'utilise des moyens techniques, qui vont être au service du "Sensible". Cette réalité, je la désire non réorganisée et la qualifie de baroque. J'utilise la technique de glissement d’une photo sur l'autre. Ainsi, je me situe plus du coté de la conception de l'image par un système combinatoire. Il en résulte un équilibre presque magique et pourtant sans continuité.

SV: Parlez moi de la complexité visuelle de vos photos. Voulez-vous faire transparaître une certaine dangerosité ?J’entends par la un message visuel, industriel fort, comme dans Les temps modernes de Chaplin.

S.C. : Je ne la recherche pas directement mais elle apparaît forcément. Ce sont mes sentiments profonds qui doivent les faire surgir. J'ai une fascination particulière pour les entrailles, les tissus, le cerveau urbain et en même temps, j’ai peur de la multitude. Et là, je ressens que l'homme n'a vraiment plus de prise directe sur tous ces éléments.

Entretien

SV: Voulez-vous donc appréhender le chaos par l'image ?

S.C. : Non, pas du tout ! Nous ne sommes plus dans la provocation de l'image reçue. Je me sens en harmonie avec ce que Walter Benjamin appelait la "mutation" des sens. Comme lui, je pense qu'il faut ouvrir la brèche pour regarder. En quelque sorte, j'atomise l'image pour mieux l'appréhender et je pense très souvent à ce parcours d'atomisation qu'on pu faire Pollock, Warhol, Bacon : « montrer le cri ».

SV : Que voulez vous faire des yeux de vos spectateurs ?

S.C. : Je voudrais que chaque spectateur ait conscience, au delà de ce qu'il regarde, de la propre indépendance de la photo, de sa propre éternité, au-delà même de sa propre mémoire.

Propos recueillis à Monaco en octobre 2006 par Silvia Valensi



Né en 1957 à Neuilly sur Seine, Stéphane Couturier vit et travaille à Paris. Depuis 1990, grâce notamment au travail de Bernard Uditjan (galerie Polaris Paris), il bénéficie d'une reconnaissance internationale et son travail est présent dans de nombreuses institutions et collections en France et à l'étranger : FIAC, Lille 3000, Biennale des arts plastiques, centre Pompidou, Printemps de Calais 1996, musée d'art contemporain 1999, rencontres internationales de la photographie d'Arles en 2001, la Bibliothèque Nationale de France en 2004. A l'étranger, exposition universelle d'Aichi au Japon 2005, Photo Biennale de Moscou 2006, Art Basel Miami USA, Arco à Madrid, Chicago, Cologne, Bruxelles, et futures expositions aux Pays Bas.



Photo Gallery, Monaco www.incamera.mc