"Vivre Ensemble !" - entretien avec Valérie Hoffenberg

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Née à Marseille, diplômée en Droit, Sciences Politiques et Communication, Valérie Hoffenberg évolue depuis de nombreuses années auprès des institutions politiques et géopolitiques, après une expérience significative dans la sphère privée et associative. Femme d’action, engagée sur plusieurs sujets d’intérêts, elle est à l’origine de rencontres, de débats sur des sujets internationaux. Elle privilégie un dialogue politique et humanitaire sur des sujets tels que l’Union Pour la Méditerranée, l’Europe, ou la Paix au Moyen-Orient.


Grâce à ses origines, à son sentiment d’appartenir à un monde multiculturel, Valérie Hoffenberg s’est forgée une volonté politique hors du commun. Personnalité exemplaire, défendant des valeurs telles que le respect de la diversité culturelle, le rapprochement entre les peuples, elle nous propose la vision d’une identité européenne et méditerranéenne qui s’attache à une grande conscience de responsabilité et de solidarité.

Silvia Valensi : En tant que représentante en France de L’American Jewish Committee, vous avez invité à New York en 2007, M. Renaud Donnedieu de Vabre, alors Ministre de la Culture, afin qu’il présente l'exposition française sur les « Justes ». Quelle sens aviez-vous voulu donner à cette exposition visitée par les représentants des musées, les grandes galeries et les collectionneurs ?

Entretien

Valérie Hoffenberg : Cette démarche était liée à une volonté première de renforcer le dialogue France / États-Unis. Il s’agissait de faire découvrir à un public américain averti, les Justes Français, qui, par leurs actions durant la seconde guerre mondiale, ont défendu et sauvegardé nos valeurs fondamentales. Cette exposition était un acte d’honneur autant qu'historique pour l’image de la France aux États-Unis. La présenter devant des acteurs majeurs du monde de l’art allait de soi car pour les Américains, le message artistique véhicule toujours un message politique, social, historique et humaniste.

SV : Dans le cadre de l’AJC, vous avez organisé, depuis 2004, plusieurs rencontres avec des personnalités politiques française de tous bords(2) aux États-Unis et au Moyen-Orient. Quels sujets d’intérêts communs ont-ils été abordés lors de ces entretiens ?

VH : L'AJC est l'une des plus ancienne organisation juives américaine, de plus de 102 ans. Cette organisation non gouvernementale vise à défendre les droits de l’homme, les valeurs démocratiques, le pluralisme, la lutte contre l’antisémitisme et contre toutes les formes de racisme. Les thèmes abordés sont les grandes causes de société : la discrimination positive, le renforcement des liens entre les communautés, les relations transatlantiques et la politique au Moyen Orient. On se souvient que l’AJC, s’était engagée au coté de Martin Luther King pour l’obtention des droits civiques des Noirs américains. Devant de tels enjeux, des personnalités politiques viennent souvent s’exprimer et y débattre.

SV : Vous avez affirmé « l’ Europe est protectrice, porteuse d’espoir tant désirée par tous les autres peuples du monde ». Comment exprimez- vous votre identité européenne et quelles sont vos actions concrètes en faveur de l’Europe des idées ?

VH : J’ai toujours exprimé mon identité européenne aux plans national, européen et international. J’ai toujours eu une notion très précise sur ce que l’Europe peut apporter au monde, car la construction européenne est, je pense, la plus importante réalisation du XXème siècle. Je dirige, d’ailleurs, dans cet esprit, l’atelier relations internationale du Think Tank crée par Jean-François Coppé. (voir lien ci dessous). L’Europe est également mon terrain de combat privilégié sur l’inégalité hommes/femmes et le dialogue inter culturel.

SV : On retrouve vos combats, vos préoccupations majeures à travers vos engagements d’ordre public ou privé. Ils concernent la lutte contre les discriminations, la diversité, l’éducation, le développement durable et particulièrement l’engagement des femmes pour la paix et le dialogue. Comment les articulez-vous autour de l’Union Pour la Méditerranée et de votre association Terrafemina ?

VH : Je pars de l’idée que les femmes savent plus facilement dépasser leurs différences pour se concentrer sur leurs ressemblances. J’ai donc souhaité construire des ponts entre les femmes des deux rives de la Méditerranée à travers l’Association Terrafemina, pour créer un réseau de femmes de l’Union Pour la Méditerranée. Le thème du premier colloque fut : Femmes, trait d’ union de la Méditerranée. Je considère que l’Europe a tout à gagner à un rapprochement avec la méditerranée. Cela doit passer par l’éducation, l'enseignement de l’histoire et de la culture des pays de l’UPM aux élèves français. C'est pourquoi j’ai accepté de co-présider le projet des cahiers de la méditerranée, conçus avec le Ministère de l’éducation nationale. Ce livret qui sera disponible dans toutes les écoles Françaises en juin 2009, permettra aux jeunes français de découvrir toutes les cultures des peuples de la méditerranée et lutter pour déconstruire les stéréotypes. La connaissance et la reconnaissance de l’autre étant les premiers piliers du dialogue.

SV : Vos critères politiques reposent sur la cohésion nationale, le dialogue interculturel, la culture urbaine européenne. Devant un réel danger de fracture entre communautés religieuses, quel est votre message de paix pour vivre ensemble nos diversités ?

VH : Le slogan, ensemble tout devient possible, qui avait marqué la campagne de Nicolas Sarkozy avait une grande signification pour moi car il contenait le principe du rapprochement entre les peuples et les communautés. C’est donc en ce sens que je me suis engagée à mener à bien toutes les actions nécessaires. Je pense que l’on doit s’inspirer du modèle américain où les communautés ne s’opposent pas les unes aux autres mais tout au contraire s’entre-aident et construisent des coalitions face à des problématiques communes. Par exemple, les questions du rôle de la religion dans la cité, de la place des femmes sont des thèmes auxquels toutes les communautés sont attachées. Pour la construction d’un avenir meilleur, nous devons nous concentrer sur nos valeurs communes. Nous devons travailler ensemble pour partager nos expériences, nos mémoires, nos histoires pour dépasser nos différences. Il me paraît essentiel de ne jamais cesser de dialoguer pour éviter toutes fractures .Il ne faut éviter plus que tout,de céder à la facilité de la haine de l’autre.


* Directrice en France de l’American Jewish Committee, représentante du Transatlantic Institute pour la France. Directrice de l’atelier relations internationales du Think Tank de Jean-François Copé, www.generationfrance.fr ; Vice-Présidente et co-fondatrice de l’Association Terrafemina ; Membre du bureau de Paroles de femmes ; Co-fondatrice du collectif Urgence dialogue/au cours du conflit à Gaza, et créatrice du Collectif Urgence Dialogue (avec Bernard Abouaf de Radio Shalom et Nacer Kettane de Beur FM) pour organiser un colloque à l’Assemblée Nationale le 5 février 09 sur le Vivre –ensemble./ www.ajc.France.over-blog.com - www.safeworldpeace.com

Représentante du Président de la République pour la création du parc industriel franco-palestinien en coopération avec les Israéliens.

Conseiller du 16ème arrondissement de Paris et déléguée auprès du Maire du 16ème, Chargée de l’enseignement supérieur et de la vie étudiante.

En décembre 2008,elle organise le premier voyage de leaders de la communauté musulmane et issue de la diversité en Israel et Palestine leur permettant de rencontrer en autre le Président Mahmoud Abbas et le Président Shimon Péres.

(2)- Nicolas Sarkozy alors ministre de l’intérieur, (venu s’exprimer en 04 à Washington) Jean-François Copé alors porte parole du gouvernement en 07, mais aussi François Fillon et Dominique Strauss Khan.



copyright Silvia Valensi 15/02/2009