CHARVOLEN À VALLAURIS, LA VILLE-MODÈLE

PDFImprimerEnvoyer

Max Charvolen entreprend d’œuvrer à Vallauris en 1997 grâce à un collectif d’artistes qui obtient l’autorisation de la ville de travailler sur une maison, puis sur d’autres lieux, à plusieurs reprises, jusqu’en 2014.

 

Organisée, avec le soutien de la ville de Vallauris Golfe-Juan, par l’ « Atelier 49 » qui publie un catalogue, l’exposition Charvolen à Vallauris, la ville-modèle, 1997-2003 / 2014-2015 retrace l’histoire des relations entre l’artiste et des espaces bâtis de la ville, ainsi devenue « ville-modèle ». Les larges extraits des textes ici donnés proposent deux lectures complémentaires, à propos d’applications différentes de la démarche de Max Charvolen. Nicole Biagioli aborde l’œuvre en sémioticienne, (« qu’est-ce que cela dit ? ») tandis que Bertrand Meyer Himhoff, artiste, explore davantage le rapport de la matière à une autre « représentation » de l’espace. (M.A.)

Exposition

MU(ES)TATIONS, sur l'œuvre de Max Charvolen

(par Nicole Biagioli in "Max Charvolen sur le trésor des Marseillais, Delphes", musées de Marseille 2007)

Charvolen se bat contre trois tragédies de notre quotidien: celle du passage, celle de l’image et celle du langage. A la relance sempiternelle de ces trois problématiques il oppose trois réponses en acte: le décollage, le métissage et le redécoupage. Ces réponses peuvent être qualifiées de thérapeutiques parce qu'elles font évoluer les représentations en respectant les besoins et les désirs des personnes. Elles acclimatent dans les arts plastiques le paradigme qui s'est révélé depuis cinquante ans comme le plus susceptible de fédérer et de dynamiser les sciences humaines et les sciences dures: celui du changement.

(…)

Posons la question rituelle du message de l'œuvre Si ça parle, qu'est-ce que cela dit ? A nous, en tant que locuteurs, pas grand-chose, du moins directement. Indirectement, cela nous fait reparcourir certaines allées de l'histoire de l'art. Mais ça parle surtout à notre corps, à nos pieds, à nos mains, à nos yeux, et donc à notre imaginaire. Parce qu’en même temps que nous repérons la trace de ce qui a été enveloppé, nous ne pouvons nous empêcher de réagir à la nouvelle forme, et d'inventer de nouvelles significations : les escaliers deviennent visages, oiseaux, les outils sexes, coquillages.

De quoi ça parle ? De l'artiste d’abord, des centaines de gestes quotidiens qu'il a dû additionner pour transmuter un lieu en un autre, avec le matériau qui depuis des siècles ne servait qu’à représenter un lieu sur un autre.

Et de nous, à des profondeurs que nous avons peu l’occasion de visiter. L’art de Charvolen nous invite à mobiliser nos ressources psychiques en puisant dans notre animalité. On a évoqué les mues à propos de ses enveloppes. Le dictionnaire permet d’affiner la comparaison. Il nous apprend que les insectes passent par trois stades de transformation avant de trouver leur forme : la chrysalide dans laquelle la chenille s'enferme pour muer, la nymphe, stade intermédiaire où elle perd sa forme initiale et devient larve, et l'imago qui est la forme définitive de l'être sexué, juste avant l'éclosion.

L'enveloppe est donc bien dans le monde animal facteur à la fois de changement et d'identité. En l'appliquant aux lieux et aux objets de notre environnement quotidien Charvolen nous incite à changer pour mieux nous (re)trouver.

Nicole Biagioli

Exposition

Dé(s)tours

(par Bertrand Meyer Himhoff, In catalogue exposition Max Charvolen, Université Toulouse Le Mirail, Déc.2006)

(...)

Tout l'intérêt de la démarche de Max Charvolen est dans cette relation de la peinture avec un lieu comme matrice. La toile se modèle en "dépouille " d'une architecture ; en fonction d'une perte, celle d'une origine de la peinture comme épopée de l'architecture (sans aucune nostalgie pour un âge d'or du décoratif) où la fonction de la peinture était naturellement attachée à un lieu mais également où toute l'architecture monumentale était polychrome. Elle se modèle comme une peinture défaite, une figure impossible de la représentation, une "fin de la représentation - si représenter c'est présenter en son absence quelque chose - mais représentation encore, si représenter c'est présenter quand même, présenter l'imprésentable "

. L'allégorie architecturale et picturale de cette figure pourrait être un détail de la grande fresque du Jugement dernier à la Chapelle Sixtine où Michel-Ange a représenté un saint Barthélemy brandisssant une peau humaine avec l'autoportrait grimaçant du peintre... Cette dépouille portraiturée avec la main qui tient la peau comme un voile est aussi une Véronique tragique dont l'empreinte de la Sainte Face est celle de l'artiste lui-même. Ce détour par la fresque a une double signification concernant Max Charvolen, celle matérielle de la déposition de l'œuvre, son décollage et celle d'un suaire, réceptacle pour le corps.

De la lente élaboration du travail du support dans son lieu, qui ne fait plus qu'un avec la peinture, à la métamorphose de son passage de la troisième à la deuxième dimension. Cette dimension en moins est restituée en quelque sorte non plus par l'illusion représentative d'un espace mais par la transformation qui travaille le format en expansion; par l'étalement de la toile peinte qui excède la surface plane arrachée, exposée et qui la découpe comme un trophée chargé de scories. Son enveloppe dépliée fonctionne alors comme un grand corps pictural disséqué ou comme une forme plastique au graphisme proliférant dans tous les sens aux contours anthropomorphes . (...)

Bertrand Meyer Himhoff


Charvolen à Vallauris, la ville-modèle

1997-2003 / 2014-2015

Salle Eden, place de la Libération à Vallauris

Exposition du 11 avril au 14 juin 2015

10h-12h et 14h-17h, fermé le mardi