THÉATRE DANSÉ DU KERALA , LE SACRIFICE DE DAKSHA

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Le Théâtre de Grasse a programmé, pour une seule soirée, un spectacle d’une éblouissante forme visuelle propre au kathakali, mêlant danse, musique et jeu dramatique. Un moment de magie envoûtante !

 

« Le Sacrifice de Daksha » est une pièce écrite par Irayimman Tampi au XVIIe siècle, pour mettre en scène les épisodes les plus spectaculaires de la mythologie de textes sacrés. Le Kathakali est l’aboutissement d’anciennes traditions. Enraciné dans les codes rigoureux du théâtre sanscrit, il est imprégné du réalisme des spectacles rituels qui associent l’art de la précision aux excès irrationnels de la transe.

Spectacle

Originaire du Kerala, état du sud-ouest de l’Inde, le Kathakali est un art extrêmement populaire dont la mythologie compose l’histoire et structure l’action dramatique, alliant le chant, le jeu et la danse. Imprégnés de toutes les couleurs de l’Inde, les costumes, le maquillage et les gestes en sont très codifiés pour des personnages inspirés du Ramayana ou du Mahâbharata. Chaque acteur habite son personnage à la perfection avec un jeu très expressif pour compléter le langage des mains. C’est l’aboutissement d’une formation intensive et d’années d’expérience.

Dans les temps anciens, c’était essentiellement un art masculin afin de mettre en valeur les qualités conquérantes de l’homme. Les femmes y étaient montrées dans un double aspect, soit séduisantes mais trompeuses, soit démoniaques. Les rôles féminins étaient traditionnellement tenus par des hommes qui consacraient leur vie à interpréter des rôles de la mythologie hindoue. Leur influence était majeure et apparemment non objective.

Récit labyrinthique mixant des péripéties à la limite du fantastique, « Le Sacrifice de Daksha » est l’une des pièces les plus jouées au Kerala. Elle raconte le conflit qui oppose le roi Daksha à sa fille Sati, pour avoir épousé le dieu Shiva. Le père, vexé par le départ précipité des mariés au cours de la cérémonie du mariage, organise un sacrifice vengeur. Sa colère est fondatrice d’une créature édifiante : sa tête ayant roulé dans le feu, la vie lui est rendue avec une tête de chèvre.

Spectacle

Le spectacle montre un théâtre dans le théâtre. Aussi, deux acolytes ont pour fonction de soutenir épisodiquement un rideau de satin en patchwork de couleurs scintillantes. Quatre musiciens percussionnistes ne quittent pas la scène, deux d’entre eux se relaient pour psalmodier un chant lancinant et répétitif qui raconte l’histoire mimée par les acteurs. Parfois le rythme musical s’intensifie pour souligner l’accélération de l’action ou les sentiments exacerbés. Les personnages, hommes ou femmes, portent de volumineuses robes à crinolines et ont leurs visages masqués d’un épais maquillage qui laisse toute la mobilité possible aux yeux qui bougent au maximum et en disent long. Ce sont les yeux et les mains qui font le plus de mouvements, plus précisément les doigts prolongés d’immenses ongles argentés qui scintillent dans la lumière des éclairages. Avec leurs déplacements incommodés par leurs robes opulentes, comment ne pas penser à de gigantesques marionnettes de taille humaine ?

Chaque type de personnages se différencie par son costume et son maquillage. Les codes sont d’une subtilité qui nous échappe, mais, tel qu’on le regarde et le reçoit, le spectacle nous ravit.

Bien sûr, nous ne pouvons suivre avec précision la trame de l’histoire – malgré les surtitres – ni la forme de danse d’origine rituelle aux enjeux mystérieux, mais qu’importe ! Quelle que soit sa dimension énigmatique, il s’agit, pour nous, d’une surprenante et magnifique « curiosité » qui nous émerveille.

Spectacle

Fondée par Brigitte Chataignier et Michel Lestréhan, danseur et chorégraphe, la Compagnie Prana a sélectionné neuf artistes, indiens et français - danseurs, musiciens et maquilleur - pour une tournée de spectacles traditionnels, en France et au-delà de nos frontières... Elle nous invite à un extraordinaire voyage, hors de l’espace et du temps, dans l’univers fascinant des héros et des démons hindous.

Caroline Boudet-Lefort