Rencontre publique avec Peter Brook, pendant le festival Shake Nice !

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Au cours du premier festival Shakespeare à Nice d’Irina Brook au TNN, une journée spéciale a été programmée le 7 février 2015, avec l’invitation d’un grand spécialiste de Shakespeare… devinez ! son père Peter Brook.

Irina Brook arrive sur scène, entourée de Peter Brook, de Nathasha Parry, sa mère et de Kristin Linklater. Ovationné à son arrivée, Peter Brook simule malicieusement de partir … c’est quand on a parlé que l’on est applaudi…. Simplement et visiblement émue, Irina Brook présente son père et sa mère, sa vraie famille, au public et à sa famille de travail, les comédiens de la troupe … elle enchaîne avec douceur, Peter Brook va parler de Shakespeare qu’il côtoie depuis soixante dix ans !

Ce même soir ensuite les comédiens joueront Tempête ! mise en scène d’Irina Brook, d’après Shakespeare qui a peuplé de rêves, son enfance… peut être une histoire génétique !

 

Rencontre

Quelques extraits, quelques pistes de réflexion…

Peter Brook parle alors très simplement de Shakespeare dont les œuvres ont très vite traversé le monde, de ce don profond d’aborder les aspects les plus complexes de la vie avec simplicité. To be or not to be, tout enfant ou adulte comprend dans le monde entier.

Shakespeare qui a su faire côtoyer les mots les plus vulgaires avec les mots intellectuels, ou écrire une pièce quasiment du jour au lendemain, pour justifier la présence de la troupe au théâtre. Ce qui coule alors n’est pas banal tant il a de choses en lui emmagasinées, il a l’impulsion, l’écriture rapide avec l’expression la plus parfaite.


Différence entre le français et l’anglais ;

Peter Brook enchaîne très simplement sur la différence d’expression entre le français qui commence une phrase et sait où il va, phrase rapide et nerveuse, et l’anglais qui ne cherche pas à exprimer des pensées mais à faire vibrer un mot, qui évoque toutes sortes de résonnances. Ainsi le Roi Lear, et les répétitions never, never never, never, never, 5 fois. Cela a un côté musical, une musique qui vient du vécu à ce moment là ! C’est la vérité au moment même, avec le mot le plus ordinaire.


L’impression de surprise

Ce qui guide l’acteur vient de la préparation d’être surpris. Si l’acteur sait cela il détient l’impulsion.


Les images de film chez Shakespeare.

Toute personne qui veut faire des films a intérêt à lire et à étudier Shakespeare, ce qui permet le montage des images concrètes.

Il cite le Roi Jean, quelqu’un le menace, il est en danger, Scène V

Milord on dit que cinq lunes ont été vues, cette nuit, quatre fixes et la cinquième tourbillonnant autour des quatre autres dans un merveilleux mouvement… la mort du jeune Arthur est dans toutes les bouches, ….( l’histoire a circulé, tous sont figés )… j’ai vu un forgeron s’arrêter ainsi avec son marteau, tandis que son fer rougissait sur l’enclume… le marteau …le son, l’image, l’imagination ...


Le langage, la traduction de Shakespeare,

Peter Brook insiste sur le côté naturel de la traduction de Jean Claude Carrière, dans La qualité du Pardon, sur sa recherche de clarté, de la phrase la plus simple. Cette perte est compensée ensuite par l’acteur qui donne ce qui est perdu.

La résonnance est dans les organes de l’artiste dans le cœur, il évoque l’énergie des mots magiques, des mots anciens.

Shakespeare et la compassion

Shakespeare a le même amour pour un assassin que pour un autre personnage. C’est un être humain, pour lequel il a de la compassion, et une telle compréhension… mais il n’est pas moraliste.

Les Sonnets de Shakespeare,

J’aime la manière dont Peter Brook en parle : Une gamme entre les amoureux… des lettres à envoyer à un bien aimé, sur l’intensité des sentiments, de l’amour à la jalousie…

Nathasha Parry lit ensuite quelques sonnets en anglais. Ma mère pourrait en lire toute la nuit, dit Irina Brook en souriant, une heure est passée sans qu’on s’en rende compte, il faut arrêter la rencontre. Place au spectacle dans quelques heures ! Les comédiens vont se préparer.

Suivra pour un soir Tempête ! Mise en scène et adaptation Irina Brook.

Rencontre

Nous nous étions divertis de l’écriture scénique d’Irina Brook il y a trois ans à Nice, du jeu des comédiens tour à tour danseurs, prestidigitateurs et nous voyons avec plaisir ce spectacle empreint d’humour et de fantaisie, au fort goût burlesque. En quelques mots…Dans un décor chargé comme un dépôt Emmaüs, une cuisine champêtre. Prospero, ex- star de la pizza et magicien, exilé sur une île avec sa fille Miranda, entouré de ses deux esclaves Ariel et Caliban, va tester les qualités de Fernando, fils de son pire ennemi. Echoué sur l’île par l’effet de la magie, amoureux de Miranda, Fernando devra confectionner, ultime épreuve, un plat de spaghettis aux moules en trois minutes ! Mais évidemment il ne s’agit pas que de cette performance comique. Les comédiens miment, dansent, chantent, ensorcellent les objets les plus hétéroclites et entraînent le public dans leurs extravagances. Il y a forcément beaucoup de quiproquos. Acrobates ou prestidigitateurs, ils créent un univers magique très divertissant à résonnance-cinéma italien. Beaucoup de poésie au royaume du rêve, tout finit bien. Le rêve devient réalité, réalité empreinte à la fois de nostalgie et d’espoir.
D’après William Shakespeare.Adaptation et mise en scène Irina Brook, avec Hovnatan Avédikian, Renato Giuliani, Scott Koehler, Jérémias Nussbaum, Ysmahane Yaqini. Décors Noelle Ginefri, costumes Sylvie Martin-Hyszka, Nathalie Saulnier. Lumière Arnaud Jung, Son Thomas Boizet ; Production Théâtre National de Nice.


Souvenirs, souvenirs…

Une exposition de photographies de la mise en scène de Peter Brook La tempête, réalisées en 1968 à la Round House de Londres par Béatrice Heyligers est visible au bar et à l’entrée du Théâtre de Nice. Certaines de ses photos sont extraites de son livre « théâtre, mémoires vives » en vente à l’accueil.


Brigitte Chéry le 12 février 2015