André Rouillé ou Chronique sur des Chroniques

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Dans la préface d’un ouvrage publié en 1986, réunissant le principal de mes articles écrits entre 1965 et 1985, je soulignai l’absence de liens directs dans l’art contemporain, à courts ou moyens termes au moins, entre la qualité de la création et la valeur marchande. Thème que je traitais plusieurs fois par la suite, en particulier au sujet de la Foire niçoise Art Jonction (1986-2001). Comme le fait lui-même, ce constat n’avait rien de nouveau, bien que j’aie entendu jadis un artiste au parcours devenu très institutionnel affirmer « qu'un grand artiste est un artiste qui se vend très cher ». Certes, chacun a les critères qu’il mérite.

Dans le dernier PerformArts, je titrais Contestations un papier ironique sur la marchandisation des graffitis, tandis que, dans les pages des Brèves de lectures (pas si brèves…) il était question, en passant, du marché…

Dans ParisART.com, André Rouillé publie successivement Les Foires, ou l’invisibilité de l’art (29 oct. 09), Le graffiti, une pratique de soi (05 nov.09) et C’est la faute aux artistes ? (13 nov.09).
Oui, c’est bien normal, même lorsqu’on partage beaucoup de points de vue, il est possible d’exprimer quelques divergences sur les dires d’un critique. Ce fut le cas, sur des appréciations d’artistes, lorsque je lisais certains papiers d’André Rouillé. (Papier, le mot, pour désigner la chose ici en question, est à la fois significatif et inexact : je le lisais sur le net).

Si je me livre aujourd’hui ici à cet acte de délation peu déontologique en désignant André Rouillé au tribunal des lecteurs de « PerformArts », (mais j’espère que beaucoup d’entre eux ne m’ont pas attendu pour le lire et juger !) c’est sans doute parce que moins liés à l’urgence de l’actualité que ne le réclame d’ordinaire sa périodicité, les trois derniers articles publiés au moment où j’écris (15 novembre 2009) traitent les problèmes abordés de façon plus sérieuse et plus fouillée que je pourrais le faire. Il s’agit d’analyses assez courtes mais qui posent avec clarté les problèmes et engagent une réflexion sur le fond. S’il indique son appréciation pour les qualités intellectuelles de quelques rares adversaires, il met en lumière la confusion entretenue par de nombreux autres, plus superficiels, qui mélangent allègrement les notions de création et de production, tiennent le succès pour un critère pertinent de l’œuvre et le marché pour mesure de sa valeur culturelle… Comme si euro ou dollar figuraient dans le vocabulaire de l’esthétique. L’entretien de cette confusion mentale n’est bien sûr pas innocent.

Donc, si ce n’est fait, lisez André Rouillé sur l’écran de « ParisART ». Contestez, si vous le jugez nécessaire, mais le plus souvent (nul n’est parfait !) vous aurez engagé une réflexion sur les bases réelles des problèmes de l’art contemporain.

par Marcel Alocco