Opéra de Monte-Carlo : GUILLAUME TELL De Gioacchino Rossini

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A peu près sorti du répertoire, Guillaume Tell, opéra en quatre actes de Rossini, peut très facilement y être réincorporé grâce à un bon ensemble orchestral. C’est ce qu’ont prouvé les quelques représentations qui furent données avec un grand succès à Monaco, en ce début d’année.

 

 

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La postérité connaît davantage les ouvertures que les opéras de Rossini et nombre d’entre elles figurent en tant qu’oeuvres orchestrales dans les répertoires de concerts. Cependant, Guillaume Tell est le seul opéra composé par un Italien dont on puisse dire que son époustouflante ouverture a acquis une réputation mondiale. Elle est incontestablement la plus célèbre et la plus importante, avec une atmosphère musicale qui anticipe l’action de l’opéra quant aux motifs. Son ingénieuse cavalcade de notes a d’ailleurs été choisie par Kubrick pour « vitaminer » une inoubliable scène d’ « Orange mécanique ».

L’action se déroule en Suisse, dans le canton d’Uri où se célèbre le mariage de trois couples de bergers, mais à l’ambiance festive succède l’appel aux armes pour le soulèvement des conspirateurs contre l’oppresseur autrichien.

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Inspiré de la tragédie de Schiller (1804) - qui fut comprise de manière contradictoire dans son contenu politique - l’opéra reçut, la première fois qu’il fut représenté, un accueil désastreux, par manque de morceaux de bravoure. C’est pourtant ce qui fait la grandeur de cette oeuvre dont le style est très nouveau, pathétique et, par moments, idyllique, avec la nouveauté aussi de l’insertion de chants populaires suisses. Le paysage et l’ambiance sont merveilleusement rendus par la partition dans une oeuvre déjà pleinement romantique. Elle préfigure les développements ultérieurs de l’art lyrique.

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Certains airs, restés célèbres, furent très applaudis à Monaco, tel le duo d’Arnold et Guillaume, au cours du premier acte, ainsi que lorsque Arnold déclare son amour à Mathilde : avec sa voix puissante, le ténor Celso Albelo a pu atteindre des notes particulièrement élevées. Applaudissements enthousiastes aussi pour la soprano Annick Massis dans le rôle de Mathilde, seule sur scène dans la forêt au début du deuxième acte ou encore pour Nicola Alaimo, le baryton ayant la charge du rôle-titre. Toute la distribution est impeccable dans cette oeuvre particulièrement longue où le choeur a une place de choix pour figurer paysans ou conjurés qui clament la liberté retrouvée et le retour du soleil après l’orage dans le magnifique chant final. Dans sa mise en scène, Jean-Louis Grinda a dû faire face à toute cette foule à mettre en place. Seules des projections vidéos servent de décors pour les paisibles paysages de montagnes et du village des Alpes, près de la maison de Guillaume Tell, mais aussi, lors d’une tempête, la révolte de la nature étant représentée tout autant que celle des hommes.

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Cet opéra est un grand moment lyrique au romantisme échevelé dans lequel chacun attend la célèbre scène où Guillaume Tell est obligé par le tyran de tirer une flèche dans la pomme posée sur la tête de son fils, au risque de le tuer.

Les prises de positions univoques contre l’oppression constituent plutôt une exception dans l’oeuvre de Rossini à qui était reprochée sa position apolitique. Mais, dans Guillaume Tell, il montre que, face à toute forme de tyrannie, il y aura toujours des hommes prêts à se dresser qu’ils soient armés d’une arbalète ou d’un simple crayon, qu’ils visent ou qu’ils dessinent. L’histoire de Guillaume Tell nous le rappelle.

Caroline Boudet-Lefort