­“When Cattitudes Become From” : une exposition pour chats

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Interdite aux humains ? Démarche originale, résultat surprenant, pour l’exposition “When cattitudes come from” initiée par l’artiste Eric Maillet, où l’art n’est pas censé être dans l’oeil du public, mais dans la pupille - si fascinante - du chat.

 

 

Exposition

“Quand les Chattitudes deviennent Forme”, peut-on traduire le nom de cette exposition collective qui s’est tenue à la galerie de l’Angle (Paris 3e) du 30 octobre au 4 novembre dernier. Le public, un chat ? Gageure pour les artistes participants : proposer un projet à destination du divin félin. Ici, nul minou joliment affiché, savamment représenté ou provo(cat)oirement esquissé, non, ici l’artiste montre le plan d’une oeuvre, réalisée ou non, réalisable ou non, qu’aimerait un chat (le chat qui trottine dans l’imagination de l’artiste).
On pourrait décrire, commenter, situer chaque oeuvre, tant les propos sont multiples, drôles, fous, insensés, décalés, érudits, pertinents (souvent impertinents). Croquis, texte, photo, plan de construction, détournement, la forme n’est pas homogène et la seule autre ligne directrice de ce catalogue d’oeuvres est la mise en avant du concept. Pour Eric Maillet, le sujet est sérieux, et ce ne sont pas les milliards de recherches web avec les mots-clés “chat” “vidéo” “drôle” qui ôteront la moindre vibrisse de sens à cette exposition qui s’est construite, des premières lueurs d’idée à cette exposition parisienne, pendant presque dix ans.

 

Exposition

 

Au départ, le projet se monte avec des étudiants (Eric Maillet est également enseignant à l’ENSAPC de Cergy), dans le cadre d’une monstration publique de l’atelier de Recherche et de Création Kiss Me Deadly ; les délais de création sont serrés. Les étapes se succèdent au gré des rencontres et du mûrissement, jusqu’à l’exposition à 3/Some, lieu indépendant géré par Jessica Guez et Théo Robine-Langlois, à Cergy. On se situe clairement dans cette nouvelle approche de l’art contemporain centrée autour des pratiques curatoriales. Curateur, ce nouveau métier de “super-commissaire-mais-pas-que”, qui prend tout son sens avec un concept comme celui qu’Eric Maillet défend ici.
Bien sûr, la référence à Harald Szeemann saute aux oreilles, lui qui, curateur avant l’heure, avait lancé la désormais culte “When attitudes Become Form”, exposition conçue en 1969 à la Kunsthalle de Berne. L’attitude qui prend forme, le processus au-dessus de la finition, l’idée supérieure à sa réalisation : ce mouvement qui réfute les socles (de sculptures !) est un terreau pourtant solide à l’émergence d’une autre vision de l’art, et qui explore d’autres moyens de le montrer. En évitant l’injonction du matériel, de l’objet comme aboutissement de l’idée, l’idée est plus libre de circuler, de se greffer à d’autres, et simplement plus libre de naître. N’est-ce pas la meilleure chose qu’on puisse leur souhaiter ?

 

 

Exposition

Même si vous n’êtes pas un chat (et surtout, en fait), tous les projets d’oeuvres exposés à la galerie de l’Angle en novembre dernier sont également à découvrir sur le site d’Eric Maillet. De nombreux artistes ont répondu à cet appel ; parmi eux, Marc de Verneuil, Claude Closky, Elisabeth Kepler (directrice de la galerie de l’Angle), Anne Horel, Muzo... On remarquera également les propositions de Cédric Fenet, Thierry Théolier, Laurent Lacotte, Lise Romel, Gilles Ribadeau-Dumas ou Lovy Bumma.

AR

Exposition “When Cattitudes Become Form”
Galerie de l’Angle, 45 rue des Tournelles, 75003 Paris (30 octobre au 4 novembre 2014).
Site de l’artiste : http://e.maillet.free.fr/