Mémorables résonnances du texte de Bernard- Henri Levy au TNN avec la performance de Jacques Weber.

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Hier soir, après le passage sur scène d’Irina Brook, directrice du théâtre, avec en mains l’affiche, «  Je suis Charlie » où elle a livré cette réflexion au public : Comment être humain ensemble, le spectacle Hôtel Europe a commencé particulièrement chargé de l’ombre des disparus. Le texte de Bernard-Henri Levy, monologue sur l’union européenne a eu des résonnances particulières ce soir du 7 janvier.

 

 

Spectacle

Jacques Weber apparait seul en scène, silhouette sombre, dos tourné se découpant dans l’encadrement d’une fenêtre grande ouverte, éclairée du dehors. En un bond, il est face à son ordinateur. Le personnage prend corps. Celui d’un écrivain censé préparer en deux heures, un discours commandé sur l’Europe, à la veille de la commémoration de la guerre de 14.

A Sarajevo, dans le même d’hôtel où il était vingt ans plus tôt, au moment des déchirements de ce pays, il pianote sur son ordinateur, lance de belles phrases mais le fil conducteur ne vient pas.

Le discours ne s’écrit pas.

Surgissent des images de la Bosnie que l’Europe a laissé se détruire, puis de la Grèce antique, celle de la princesse Europe enlevée par un taureau ailé, confrontés aux propos de Husserl, Heidegger, Derrida, avec des interventions de l’extérieur et des vagabondages de son esprit.

Le discours ne s’écrit toujours pas.

Jacques Weber aminci et tonique nous entraîne petit à petit dans le texte de Bernard-Henri Lévy avec bonheur. Il réalise une grande performance physique et cérébrale et trouve là un rôle à sa dimension. L’écriture contemporaine, lui convient si bien. C’est un long monologue d’une heure 40 pigmenté de nombreuses digressions, drôles par moment, avec des références à l’actualité, un texte théâtral qui demande beaucoup de force et d’engagement.

Si parfois on ne saisit pas toutes les finesses proposées par les projections rapides d’images, le texte échappe un peu au début, c’est tout en sensations que l’on y adhère : Stress de la page blanche, orage cérébral, orage des idées, tentatives vaines d’expression des valeurs de l’Europe face à un pays qui a souffert de l’absence de réactions de l’Europe. Cette histoire d’un discours qui ne s’écrit pas, s’accompagne d’un véritable dérapage mental du personnage, après une succession d’émotions. La montée tragique est peut être l’aboutissement inévitable d’un discours impossible si des changements n’ont pas lieu.

Comment donner un message de paix, au souvenir de tous ces corps déchiquetés, et s’interroger sur l’entrée de la Bosnie dans cette Europe en déliquescence, où chacun pense à soi, face à Bruxelles sans visage !

La recherche intellectuelle pour l’élaboration de ce discours, accompagnée des dérapages du personnage tailladé par les déboires de l’écriture, devient en final un exercice vertigineux extrêmement physique. Jacques Weber engage toutes ses forces, toute son énergie dans l’explosion de ce conflit intérieur alors qu’il retrouve la scène du théâtre de Nice après une longue absence: l’acteur plonge tout habillé dans une baignoire, se déshabille, ordinateur et téléphone volent, la pression monte, les mots enflent, s’enflamment … Ce précieux texte de réflexion est prémonitoire, ne négligeons pas son message d’ouverture.


Brigitte Chéry

Prendre la plume très vite après ce 7 janvier 2015, c’était pour moi aujourd’hui un devoir, une obligation. Je suis Charlie. Nice 8 janvier 2015

Photo Béatrice Heyligers


Au TNN : du 7 au 11 janvier 2015

Mise en scène Dino Mustafic, scénographie Dragutin Broz, lumière André Diot, son André Serré, vidéo Vojta Janyska, costumes Vanessa Seward, musique Arturo Annecchino, assistant à la mise en scène Damir Zisko

TNN direction Irina Brook

Promenade des Arts Nice

Tel/ 0493139090