Jazz contemporain à la galerie Depardieu, le cas Bacca

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En dehors de la période estivale ou à l'occasion de tournées, les chances d'écouter du jazz contemporain dans notre région sont plutôt rares. En fait, les restaurants, clubs et autres bars qui accueillent les jazzmens locaux se vouent pour la plupart à un style main stream de bon aloi mais sans grande originalité.

 

Si l'on souhaite offrir à ses oreilles un peu de nouveauté, on peut, par exemple, se rendre à la Galerie Depardieu ou dans une des salles plus ou moins accessibles de la périphérie niçoise. En ces lieux on pourra rencontrer un des rares musiciens qui défend ici un jazz vivant perpétuellement en recherche de territoires à explorer, à l'écoute aussi bien de sa propre tradition que des formes nouvelles issues de la musique contemporaine, du rock et des musique traditionnelles. Ce défricheur à un nom : Jean Marc Baccarini, et beaucoup de casquettes. « Bacca », comme l'appellent ses familiers est d'abord un pédagogue passionné et reconnu. Il est responsable au CNRR de Nice de la classe de saxophone. Il enseigne également au Conservatoire de Saint Laurent du Var où il anime des stages de musique improvisée. En qualité de premier saxophoniste, il collabore à l'ultra classique « Nice Jazz Orchestra » de Pierre Bertrand.

Concert

C'est comme expérimentateur multidirectionnel qu'il a attiré notre attention. A l'égal de Lionel Belmondo ou Brandford Marsalis pour « A Love Supreme », on lui doit, en compagnie de ses complices du groupe « Tu danses ? » (1), une réinterprétation d'un album classique du quartet de de Coltrane, « Crescent ». S'agissant de ses productions personnelles, il est leader dans diverses autres formations : « Le quatuor de saxophones », « Bac à Saxs », etc. Tous ces avatars ont pour but de promouvoir une musique improvisée à partir de compositions originales.

C'est principalement avec « Tu danses ? » qu'on a pu l'écouter ces derniers temps. Il était à la galerie Depardieu le 31 octobre dernier où le trio, composé également de Philippe Canovas (guitares et autres instruments) et de Christian Maritto (batterie et autres percussions), a donné un petit échantillon de leurs compositions.

Ce concert a été pour les spectateurs une initiation à une approche renouvelée du jazz. Afin de débarrasser l'auditeur de ses habitudes, le schéma classique, (exposé du thème, suite d'improvisations et à nouveau exposé du thème) est cassé. La variation de tempo est fréquente, la beauté du son du saxo ou de la guitare est fracturée par des dissonances, des stridences aux limites du perceptible par l'oreille. L'humour et la distanciation des interprètes qui paraissent s'étonner des résultats de leur création commune installent une complicité entre eux et leur public. Au final, pour autant qu'il ait accepté de se se débarrasser de ses repères, le spectateur devient un voyageur d'un train fantôme où les traditionnels grigris et autres squelettes sont remplacés par une suite d'émotions et de sensations fruits d'un imaginaire partagé qui se passe de toute explication.

Dans une des prestations les plus réussies que donna Jean Marc Baccarani à la galerie Depardieu, le 18 avril, il dressa entre lui et deux musiciens venus d'horizons différents, le contrebassiste Eric Chapelle et le poète et performeur Gilbert Trem, le fil d'une communication aussi tendue que fragile dans un langage improvisé intense qui laissa le public pantois.


Bernard Boyer


(1) CD disponibles » : « Tu danses ? » (2008) et « Autres directions (2011) »