Nice, quatre expositions : Villa Arson, Galerie des Ponchettes et Galerie de La Marine

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En enchaînant à Nice les visites de quatre expositions de jeunes artistes, le constat est évident : si la notion d’installation et le désir de conjonction de différents langages persistent, les productions des jeunes artistes tendent à s’enraciner dans la plasticité, bien qu’elles s’orientent principalement vers la scénographie.

Matières et objets reviennent au premier plan. Sans doute dans la pratique le fait têtu s’impose-t-il qu’existe pour chaque langage une spécificité : Le langage dominant exige un dosage des mélanges. L’huile et le vinaigre, l’eau et le feu ne fusionnent qu’un instant, comme le texte et la matière, la matière et le son… etc. Ainsi va la création, s’imposant en passant de conflits en conjonctions, de fuites en confusions.


Villa Arson

Il semblerait que comme beaucoup de lieu d’exposition la Villa Arson, à croire les titres donnés par les artistes, soit devenue une annexe britannique. From & to pour l’une (issue de workshops nous dit-on, puisqu’en français les mots « atelier », ou « chantier » si l’on tient à insister sur une durée limitée, paraissent ne pas exister) pour l’autre ACME : A Company that Makes Everything, « Une compagnie qui fait n’importe quoi »: Mienne traduction pernicieuse, puisque je ne l’ai pas trouvée dans l’imprimé explicatif. titre qu’aurait peut-être aimé Robert Filliou, qui aurait nuancé que le n’importe quoi du tout possible reste votre n’importe quoi. Commentaire ironique de traducteur que, je l’avoue, ne méritent pas tout à fait ces expositions remarquables de jeunes artistes.

Exposition

ACME : A Company that Makes Everything

Fragment ou étape d’une vaste installation que les artistes, Sébastien Remy et Cyril Verde, ont voulue évolutive (ici un peu, principalement les dessins sur les murs, ou les arts de produire une bonne tasse de différents cafés Malongo !) l’exposition occupe l’espace et le sol de la Galerie Carrée. Un écran concave de 2,75 m x 5,70, monté sur un châssis original construit par la section ébénisterie du Lycée Pasteur à Nice sectionne l’espace. Il est constitué d’un impressionnant patchwork de rectangles tous différents tricotés avec la laine des moutons de l’île Tristan de Cunha (le bout du bout du monde). L’ensemble possède la complexité d’un voyage, dont il est impossible de rendre compte des rencontres et des détours. Les artistes, en quatre pages A3, commentent les 31 stations de l’itinéraire dans la Galerie Carrée. À vous de lire et de voir, de regarder, de scruter, de décrypter peut-être. La présence d’un médiateur, parfois l’un des artistes, humanisera au mieux votre visite.

Exposition

 

FROM & TO : Diane Blondeau, Lorraine Châteaux, Quentin Derouet, Tony Fiorentino, Julia Frank, Sonia Leimer, Roberto Pugliese, Vivien Roubaud, Leander Schwazer et Thomas Teurlai

9 novembre 2014 – 19 janvier 2015 Vernissage le samedi 8 novembre à 18h

Le projet FROM & TO (que je traduirais par ICI & LÀ–BAS ou QUI & LAGGIÙ) a déjà connu deux étapes, en 2007 et en 2011, au Kunst Meran Merano Arte. Des artistes italiens invitaient des artistes étrangers dont ils appréciaient le travail pour produire ensemble des œuvres. L’expérience propose cette année que cinq artistes italiens et cinq artistes français réalisent en concertation une exposition. Le Conté de Nice, pays de marche, lieu de circulation privilégiée entre France et Italie, se devrait de cultiver davantage l’échange avec ses voisins. Remarquons que la Galerie Depardieu vient d’exposer coup sur coup deux artistes italiens : Claudio Rotta Loria qui travaille à Ivrea et Turin, et William Xerra de Plaisance, qui enseigna à l’école d’art de Brera à Milan. D’autre part, une exposition de sept artistes français (dont cinq azuréens) avec sept artistes italiens, (travaux des années soixante / soixante-dix) est en cours d’organisation pour mai 2015, et sera accueillie par l’Université de Pavie.

Exposition

Il faut donc se féliciter que la Villa Arson favorise aussi, avec de jeunes artistes cette fois, la collaboration franco-italienne. Tout au long de 2013 et de 2014 ont eu lieu des ateliers et des échanges à la Villa Arson ou au Kunst Meran Merano. Les artistes ont travaillé seuls ou en groupes. Les directeurs artistiques des deux structures Valerio Deho et Éric Mangion ont laissé libre cours à la créativité et aux travaux spécifiques des artistes pour produire les oeuvres de l’exposition. La Villa Arson s’est ainsi transformée durant le mois d’octobre et début novembre 2014 en « atelier de production in vivo ». « Il s’agit d’un pari pris avec dix jeunes artistes sur les valeurs d’échanges, de croisements et de liberté. » La deuxième étape de l’exposition se déroulera entre le 7 février et le 12 avril 2015 au Kunst Meran Merano Arte (Italie).

Exposition

Galerie des PONCHETTES

Nicolas Floc’h : Structures productives, jusqu’au 4 janvier.

Sont montrées des maquettes au 1/10ème, architectures modulaires de récifs artificiels, qui devraient favoriser le développement de la flore et de la faune sous-marine, accompagnées de quelques vues de réalisations antérieures. Et la maquette pour une utopique construction de trente mètres de long : elle reproduirait dans la mer, face au Cabanon de Le Corbusier à Roquebrune, l’élévation de La Cité Radieuse. Cette maquette remplace l’effet de l’eau par des contrepoids, fils et plombs de pêche, donnant une sorte de gracieuse sculpture d’abstraction géométrique, fragile objet qui semble flotter dans l’espace.

Exposition

Galerie de LA MARINE

Au Pays des Enchantements par Alice Guittard & Quentin Spohn

Jusqu’au 8 février

Les auteurs de ce « grand décor caverneux », Prix 2013 de la jeune création contemporaine de la ville de Nice, et de la Fondation Bernar Venet, ont été invités à présenter une réalisation en commun.

Exposition

Hasard ou connivence, il s’agit encore d’une installation, utopique ou rêvée. William Xerra, artiste italien qui m’accompagnait lors de ma visite, parlait lui de cauchemar, de la Terre dévastée allant vers sa fin, paysage dans lequel nous aurions été deux personnes isolés errant pour trouver au bout le peu d’eau encore possible. En effet, cette supposée reconstitution d’une caverne (mais manque l’oppression d’une lourde voûte de roc) est nocturne et tourmentée. Ce « Au Pays des Enchantements » pourrait avoir été conçu par Dante Alighieri comme un prélude à son Enfer. Quel que soit l’interprétation du visiteur de cet ambigu « espace aux limites de la fiction », il est efficace, ce qui est finalement l’essentiel.


M. A.