Fondation Maeght : « Ceci n’est pas un musée »

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« Ceci n’est pas un musée » disait André Malraux qui connaissait les institutions muséales aux accrochages pérennes sortant péniblement du dix-neuvième siècle.

L’idée de musée a depuis évolué, les accrochages « permanents » sont devenus plus variables. En quoi l’exposition intitulée « Ceci n’est pas un musée » entre dans le climat muséal, ne serait-ce que par la présence de grands anciens (Picasso, Joan Miro) et de quelques artistes déjà devenus « historiques » pour la seconde moitié du vingtième siècle.

 

Exposition

On y trouve, que je donne dans le beau désordre alphabétique : Marco Del Re, Claudine Drai, Jean-Charles Blais, Christian Bonnefoi, Pascal Broccolichi, Damien Deroubaix, Lars Fredrickson, Gérard Fromanger, Jorg Immendorff, Ladislas Kijno, Alain Lestié, Joan Miro, Pablo Picasso, François Rouan, Hélène Vanel.

Le sous titre de l’exposition est : « Quand les arts visuels dialoguent avec la danse, la poésie, la musique ». Ce rapport circonstanciel ou anecdotique des œuvres à d’autres langages artistiques n’est guère apparent. Ce qui pourrait donner à l’ensemble un manque d’unité, n’était un certain regard du (ou des) commissaire(s) : tendance manifeste à privilégier les artistes figuratifs qui se voient offrir le principal des cimaises.

Exposition

Damien Roubaix occupe ainsi un bon tiers de l’espace, ce qui, bien que contribuant au déséquilibre de l’exposition, lui permet de bien expliciter sa pratique picturale en déployant une quasi exposition personnelle, dans l’ensemble intéressante. Mais « Picasso et moi » dit-il, et il rapproche ses réalisations gravées à celles de Picasso, pari imprudent qui ne me paraît guère tourner à son avantage. Plus distanciée, l’œuvre « Homo Bulla » confrontée à la picassienne « Tanagra à l’amphore » réussit à exister en autonomie. Le travail de Marco Del Re joue dans les mêmes zones et se raccorde assez bien à l’ambiance de la salle. Fromanger actualise la « Salle rouge » de la Jeune Peinture 68 (Une grande toile, bien rouge, datée 1968-2014 !). Les grands Kijno affirmeraient seulement l’image que nous avons de son travail si deux panneaux d’écriture sur papier froissé ne venaient pigmenter la présentation. Alain Lestié donne, toujours en noir et gris, austères et nuancées, cinq grandes images aux crayons. Conformes au thème de l’exposition, les travaux ici montrés de Jean-Charles Blais et de François Rouan, trop circonstanciels ne réfèrent que de façon anecdotique à leurs démarches, et ainsi coupés de leurs contextes ne font guère sens. On passe donc d’un monde à un autre avec parfois des ruptures formelles abruptes. Sans doute souvent, devant des présentations limitées par les espaces impartis, l’envie du visiteur d’en (sa)voir davantage que les fragments ici proposés. C’est le handicap d’une exposition collective, mais propos réussi si elle nous incite à compléter la collection de notre musée imaginaire par d’autres futures visites.


Marcel Alocco


Fondation Maeght : « Ceci n’est pas un musée »

« Quand les arts visuels dialoguent avec la danse, la poésie, la musique »

Saint-Paul, du 20 novembre 2014 – 15 mars 2015