Film Documentaire - Le temps de quelques jours de Nicolas Gayraud

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A la recherche du graal

Avec pour bâton de pèlerin un caméscope et comme ticket d’entrée un « sentiment d’évidence », le jeune réalisateur Nicolas Gayraudi a franchi les portes de l’un des ordres religieux les plus discrets de France : l’Ordre cistercien de la stricte Observance.

Autrement dit, il est allé à la rencontre de sœurs trappistes de la sacro-sainte Abbaye de Bonneval, établie depuis le moyen-âge dans l’Aveyron. Durant quelques minutes d’éternité, il pose - l’air de ne pas y toucher - ses questions existentielles aux moniales, vouées à la contemplation selon la règle de Saint Benoît. Et le miracle opère là où on ne l’attend pas. Si leurs réflexions dégagent sincérité, pudeur, humilité et bonté, elles surprennent par leur liberté de parole et de ton. Leurs propos passent au crible la société « du dehors » caractérisée par des comportements « esclaves » : soumission aveugle à la consommation, esprit grégaire, rapport dénaturé au temps… Pourtant, lucides et sans langue de bois, Sœur Anne-Claire nous avoue, à travers un rire nerveux, ses « envies de tout » quand la novice Aleksandra admet l’incontournable expérience de la souffrance et Sœur Michèle, celle du retrait au monde comme solution extrême à son penchant révolutionnaire. Le chemin vers Dieu n’est pas un long fleuve tranquille…

 

Film

Un certain regard, sans prosélytisme

Plutôt que l’attendu discours sur l’amour du prochain, la question tranchée de la foi ou le traitement de la vie communautaire des religieuses, le cinéaste a choisi de s’intéresser aux personnes, à leur état d’esprit. Filmés en temps réel, cinq portraits fugaces se dessinent ainsi au fil de plans, serrés sur les visages, tandis que d’autres s’ouvrent partiellement sur l’austère abbaye, lovée dans un écrin de collines verdoyantes. Nous découvrons un pan d’une chambre monacale, l’imposant réfectoire, l’antre du maître chocolatier, seul homme de l’institution, et l’on suit la doyenne dans sa promenade au cimetière, qui tombe sur un escargot… tout chaud... que notre religieuse mangerait bien ! En cette seule prise, nous voilà face à l’impermanence des choses ou à l’éloge de la lenteur, selon notre ressenti. Dans les deux cas, c’est la tendresse qui prend le dessus. Une ultime vision sur les traces de la cadette sortie prendre un bol d’air ouvre vers un horizon au ciel dégagé, propices à la méditation… Le temps d’un hors champ(s) et le mystère de la vocation reste intact tandis qu’un sentiment indéfinissable prend le reflet de nos âmes en quête de vérité, la nôtre.

Aurèle M.

Le temps de quelques jours de Nicolas Gayraud - Produit par La 25e Heure – 2014. 1h1

i Le réalisateur a tourné l’essentiel des séquences de ce film en 2007, dont il existe une première version plus courte, sortie en 2010. Il avait alors 31 ans.