« Déambulations Urbaines » à l’Appartement

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L’Appartement, situé à Marseille, offre toute l’année des œuvres d’artistes reconnus ou émergents. Initié par l’artiste et gérante des lieux, Marion Hermitte, ce lieu hybride se situe quelque part entre la galerie d’Art et la location d’un pied-à-terre haut de gamme. L’Appartement est le parfait hébergement 4 étoiles pour passer un séjour chic et rencontrer l’art d’une manière intimiste.

 

Depuis le 13 novembre, l’Appartement présente sa nouvelle exposition d’art contemporain et de street-art : « Déambulations Urbaines ». Trois artistes aux univers bien particuliers exposent pour l’occasion : Pierre Fava, JM Robert – qui ont créé exceptionnellement leurs œuvres pour l’occasion - et Goddog.

Cette exposition vous entraîne vers un retour au fondamental, au support premier de l’expression humaine et artistique : le MUR.

Exposition

L’artiste toulonnais, Pierre Fava est connu à l’international pour ses « noirs ». Souvent comparé au peintre, Pierre Soulages, Pierre Fava présente ici ses « trash wall ». L’artiste s’est intéressé à la matière et au processus de fabrication et de détérioration d’un mur à travers le temps. Pour cela, l’artiste utilise les techniques de la maçonnerie. Il bétonne, maçonne, maroufle, peint, colle du papier et appose ses matières sur le bois pour une meilleure tenue. Un travail de couches successives pour s’approcher au plus près de la réalité, au plus près du mur… Certaines de ces œuvres pèsent jusqu’à plus d’une vingtaine de kilos ! Chacun de ses murs est à part, possède sa propre identité et histoire. Certains sont d’un naturel incroyable, comme si le temps, les saisons avaient laissé leurs empreintes. Les fissures sont figées dans le mur grâce à la résine, à la laque, le vernis. Les cicatrices sont alors à jamais fixées dans le béton. D’autres murs laissent transparaître derrière cette masse de couche bétonnée, un peu de peinture. Elle transcende l’œuvre de l’artiste et donne une dimension toute particulière. La toile semble vivre sous nos yeux et devenir quasi minérale. Et puis d’autres ont subi la foudre de l’artiste, de l’Homme… Le mur est violenté, il devient le réceptacle des émotions, l’exécutoire pour passer ses nerfs. La toile est tailladée par endroits, des petits dessins sont dissimulés çà et là et puis, très discrètement, des cœurs gravés… Le mur nous livre alors son histoire et celle d’un tout un chacun. Le mur, ses fissures, ses imperfections presque parfaites deviennent nos cicatrices, notre propre miroir, nos souvenirs et notre mémoire collective. L’œuvre de Pierre Fava est d’une force bouleversante qui nous ramène inéluctablement à notre propre histoire, à nos propres blessures…

Exposition

JM Robert se place dans la même veine que Pierre Fava. Passionné par les matières murales, l’artiste s’inspire de l’art urbain et des peintres de la fin du 20ème siècle. Il recrée ici une matière murale, son propre mur sur lequel il vient apposer des couleurs vives et percutantes. Un mur esquinté par le temps, par le passage de l’Homme. Un mur tagué et re-tagué et qui retrouve ici une certaine poésie. JM Robert juxtapose les couleurs et les matières – de la dentelle se distingue en s’approchant de certains tableaux. Et puis, au travers de ces tags, de ces graffs empreints de vivacité voire de violence, l’artiste dessine façon pochoir des visages de femmes inconnues. Chacune d’entre elles est différente et pourtant une chose les caractérise : leur regard. Des regards profonds, mystérieux, sensuels, charmeurs qui vous captent immédiatement... Le travail de JM Robert est un pur mélange de violence et de douceur, d’éclat et de noirceur, de chaos et de poésie. Du « glamour trash » comme le définit si bien Marion Hermitte. L’ambivalence de son travail est tout à fait saisissante. Une dose d’éternité dans le graff et d’éphémère avec ces femmes presque irréelles et prêtes à s’évanouir dès que l’on détourne le regard. Par son travail de graff et de collage, JM Robert donne une double dimension à son œuvre, aussi bien graffiste que portraitiste. JM Robert nous dresse ici un portrait réaliste et délicat de ces âmes sensibles perdues dans le chaos de nos sociétés.

Exposition

Goddog, artiste avignonnais, a été marqué, dès son enfance, par les peintures qui ornent les maisons d’Orgosolo, en Sardaigne. Il s’intéresse alors très rapidement au graffiti pour raconter sa propre histoire. Pour autant, aucun tag, aucune lettre ne sont visibles dans ses œuvres. Ce sont plutôt des formes géométriques, voire primitives, un travail de plusieurs matières, toutes inspirées de ses divers voyages, des civilisations tribales, incas, aztèques. Son voyage en Malaisie, sous une chaleur écrasante, lui inspira ses gourmandes aquarelles que l’on se plait à dévorer des yeux. Ces glaces délicieuses aux couleurs délicates caractérisent bien le travail de Goddog. On y retrouve toujours ces formes géométriques, la finesse et la minutie de l’artiste. Dans le salon, deux toiles, noires et blanches, en forme d’empreintes digitales nous ramènent au temps des premiers dessins sur les parois des cavernes. Le fond est travaillé à la bombe, et l’empreinte est faite de formes primitives, voire même naïves.

Goddog nous livre ici un univers complexe, mystique, fantastique et poétique. Un vrai travail minutieux et graphique que l’on se plait à découvrir, à décortiquer.

Exposition

Cette exposition ne nous offre pas seulement des œuvres incroyables, elle nous livre, nous conte des histoires, nous fait voyager grâce à des artistes aux univers bien personnels. JM Robert est dans l’esthétique avec ces graffs, ces couleurs percutantes et ces femmes sensuelles. Pierre Fava est dans le viscéral avec ces jeux de matières, de bétons, de fissures. Goddog est plus dans la recherche de nouvelles inspirations, avec toujours beaucoup de délicatesse et de finesse. Et pourtant, leurs travaux se répondent et résonnent en nous. Et c’est avec beaucoup de naturel et de plaisir que l’on se laisse aller à ces « Déambulations Urbaines »…

Voilà une exposition vivante, vibrante, à ne pas manquer !


France Bruey


Visite de l’exposition sur rendez-vous jusqu’au 31 janvier 2015.

Fermeture exceptionnelle du 21 décembre au 5 janvier.

L'Appartement - Chambre d'Art****

68 rue Montgrand

13006 Marseille

http://www.lappartement-marseille.com