Le bruissement de l’Art

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Dans le petit village de Malaucène, se niche la galerie Martagon. Dirigée par Michel Barjol, elle abrite, depuis le 18 octobre, l’exposition « Murs…Murmure ».

 

Cette exposition collective regroupe huit artistes : Claudie Dadu, Claire Dantzer, Patrick Sirot, Gilles Miquelis, Silvia Cabezas Pizarro, Bertrand Gadenne. Le galeriste a également accordé deux cartes blanches : l’une à « Château de Servières » pour l’artiste Sylvie Pic et l’autre à « Hydrib » pour l’artiste Julie Perin. « Le thème de cette exposition était d’offrir à chaque artiste un mur et de laisser libre cours à sa création. Chaque artiste connaissait son mur sans savoir ce que les autres allaient créer de leur côté » confie Michel Barjol. Un pari osé mais brillamment relevé !

Qu’elle soit accrochée, posée ou directement peinte sur lui, l’œuvre devient indissociable de son mur. Il est alors l’expression parfaite de l’artiste et le prolongement même de son art.

Entrez  dans un monde d’Art poétique et délicat où les confidences se font à voix basse.

Dès l’entrée, c’est d’abord le dessin de Patrick Sirot qui vous saute aux yeux. Il fait face. Impressionnant par sa profondeur et son volume, on reste sans voix. Et puis le regard s’égare et se pose sur ces cadres en verre, accrochés le long du mur de droite.

Exposition

De prime abord, l’œil ne perçoit pas le dessin tant il est fin. L’artiste de Sète, Claudie Dadu, nous oblige à nous approcher, délicatement. Et là, l’œuvre apparaît, la forme se dessine. Fascinée par le vivant, la chair, cette plasticienne met son corps à l’honneur dans son travail graphique. Elle réalise ainsi des œuvres subtiles et ingénieuses à l’aide de ses propres cheveux. Des cheveux récoltés chaque jour et qui retrouvent ici une seconde vie. Déposés sur le papier blanc, ils forment des portraits et des scènes érotiques. Claudie Dadu offre ici une véritable expérience créatrice, corporelle où le trait du crayon s’est vu remplacé par les lignes fines et délicates de ses cheveux.  On se prend à chercher le début et la fin du cheveu. On avance, on se déplace, on recule. Et ces dessins apparaissent et disparaissent au fil de nos déplacements. Un travail impressionnant, loin d’être capillotracté !

L’œuvre qui lui fait face est celle de l’artiste marseillaise, Claire Dantzer. Sa matière est ses propres photos et son support des plaques de contres plaqués. Repeintes, ces photos, séquencées, dessinent des nuages qui se forment et se déforment. Les plaques sont simplement posées contre le mur et créent alors un effet de reflet. Les nuages semblent alors bouger au gré de nos mouvements. L’œuvre de Claire Dantzer invite au calme, à la rêverie, la contemplation.

Sur sa droite, l’œuvre de Patrick Sirot trône. Cet artiste, professeur à l’Ecole d’Art de Toulon, a ancré directement ses deux chiens dans le mur. L’oeuvre « Cette époque est désaxée » vous happe, vous aspire directement en elle, directement dans son mur. L’artiste a choisi de dessiner à même le mur par petites touches, insistant, fonçant par certains endroits pour donner du volume et de l’ampleur à son œuvre. Ces traces de crayon, répétitives, font sortir de ces murs des scènes insolites, deux chiens face à la mer, qui donneraient presque l’impression de se tourner vers vous lorsque vous entrez dans la galerie. Une œuvre unique et… éphémère[i].

Au premier étage, c’est une odeur subtile et délicate qui embaume la pièce. L’œil est attiré par la multitude d’esquisses, croquis crayonnés, ébauches de Gilles Miquelis, artiste niçois. Il recrée ici un mur de son propre atelier, retraçant ainsi l’évolution de sa réflexion et de son travail. Le visiteur est alors le témoin et le confident de l’artiste dans sa progression créatrice qui lui permet d’affirmer l’œuvre définitive. Ces esquisses sont fixées sur du papier calque comme le rhodoïd qui apporte de la brillance et relief. L’atmosphère qui se dégage de ces esquisses est tout à fait particulière, un mélange de réel et d’imaginaire, d’images composites, comme des souvenirs lointains fixés à jamais dans l’éternité.

Exposition

Le mur d’en face présente l’oeuvre de Silvia Cabezas Pizarro, artiste d’Avignon, née à Madrid.  Elle présente une suite de dessins, à l’encre, non encadrés, fixés légèrement, détachés du mur. Réhaussés par des couleurs vives et des petits points blancs qui apportent relief et clarté, Silvia Cabezas Pizarro nous fait entrer dans une forêt. Une forêt qui s’échappe de la toile pour s’étendre sur son mur. Sur sa gauche, une accumulation de petits nuages roses pales. Chacun porte sur lui, une petite maison délicate qui vous plonge dans un monde romantique et poétique. L’artiste a travaillé ses nuages sur des savons parfumés à la rose, créant ainsi des formes uniques. Silvia Cabezas Pizarro nous fait littéralement voir la vie en rose !

Dans la pièce à côté, un chuchotement, un murmure. L’installation de Bertrand Gadenne, professeur aux Beaux Arts de Dunkerque, est une vidéo dans laquelle sa propre fille intervient. Les cheveux ramenés sur son visage, elle murmure inlassablement aux visiteurs «  je te vois ». Si au premier coup d’œil, cette vidéo peut vous mettre mal à l’aise, le murmure de la jeune fille apaisera vos craintes. Une autre vidéo de Bertrand Gadenne est visible mais cette fois à la nuit tombée. Au 83 Grand’Rue, cette vidéo est projetée directement depuis la fenêtre d’une maison. Vous y verrez un hibou majestueux, qui se déplace, vous accompagnant ainsi dans votre promenade nocturne.

Enfin, le dernier étage, normalement destiné aux artistes permanents, accueille les deux cartes blanches.

L’œuvre de Sylvie Pic est marquée par une influence scientifique significative. Ce travail sur négatif, retravaillé en blanc, décline la même forme géométrique sous différents angles. Un travail précis, rigoureux sur les espaces et les formes. Elles semblent presque se mouvoir sous nos yeux. Son travail mixe à la perfection l’art et les mathématiques.

Exposition

Sur le mur d’à côté, l’oeuvre de Julie Perin. Dans la même veine que Comme une échographie de nos basses pensées, ses dessins, d’une extrême finesse et délicatesse, vous entraînent dans un univers onirique. Tous représentent ces créatures bien connues, ces formes « polymorphes (Humain/Animal, Eros/Thanatos, Cacher/Voir) » explique Julie Perin. Un univers à part dans lequel la réalité et l’imaginaire, le rêve et le cauchemar s’épousent à la perfection. Tout en douceur, Julie Perin appose des couleurs primaires. Le rose et le rouge comme rappels de la chair. Le blanc du papier est comme une seconde peau et le noir, l’encre de chine, comme trace indélébile. Un travail aérien, «  un travail d’encre et de plume ». Ces êtres « ne sont ni beaux ni laids. Comme nous, ils sont juste là pour proposer une vision d'un corps en perpétuel mutation, altération ».

Confidence pour confidence, « Murs…Murmure » porte à merveille son nom. L’exposition offre des œuvres hétéroclites qui se répondent par leur douceur et leur poésie. Elles communiquent entre elles et avec vous. Elles vous obligent à vous approcher, vous éloigner, bouger pour mieux les contempler. Le temps se trouve comme suspendu et « Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté ».


France Bruey


Galerie Martagon

Assoc Loi 1901

47 Grand’Rue, 84340 Malaucène, France.

Exposition visible jusqu’au 23 novembre 2014.

Du mercredi au dimanche de 11h à 12h et de 16h à 19h.

04 90 65 28 05

http://galeriemartagon.com/


[i] La galerie Martagon édite l’œuvre « Cette époque est désaxée » de Patrick Sirot, sur papier Somerset fine art velvet, réhaussés à l’encre, format 30x40cm, signés et numérotés au dos de 1 à 7 + 1 E.A.