RIGOLETTO à ANTHEA

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Une production de l’Opéra de Monte-Carlo s’est rendue à Antibes pour deux exceptionnelles représentations de Rigoletto, mélodrame en trois actes de Verdi d’après « Le Roi s’amuse », drame historique de Victor Hugo.

De Triboulet, le bouffon imaginé par Victor Hugo, Verdi a fait Rigoletto, le héros éponyme de son opéra à succès, qui fut d’abord interdit pour offense au Roi. Après divers remaniements qui paraissaient indispensables dans le livret (ainsi le roi devint un simple duc), il fut reconnu que Verdi exprimait pour la première fois une conception musicale et dramatique qui lui était propre, en soulignant l’ambiguïté de Rigoletto, à la fois odieux et pitoyable.

 

Spectacle

Léger et libertin, le duc de Mantoue est un jouisseur cynique qui s’éprend d’une oie blanche nommée Gilda, la fille secrète du bouffon Rigoletto qui sera pris au piège de ses propres insolences et railleries. En effet, au cours d’une fête chez le duc, après avoir couvert de sarcasmes le comte Ceprano alors que le duc courtise sa femme, Rigoletto se moque de Monterone dont la fille a été abusée par le duc. Monterone, le père bafoué, lance sur Rigoletto une redoutable malédiction qui, lorsqu’elle le frappera, par le meurtre de sa Gilda adorée, fera de l’infortuné bossu, un des personnages les plus poignants de Verdi. Quand il implore « pitié », deux notes douloureuses cheminent encore dans la tête de chaque spectateur, après le tombé de rideau final.

Le duc est tellement superficiel qu’il n’a même pas de nom : il est le duc. Entre son pouvoir et sa suffisance, il ne pense pas aux conséquences de ses actes, en restant juste préoccupé par ses multiples conquêtes féminines. Le choeur chante sur une rythmique qui se moule à une sorte de claudication pour mieux se moquer de celle du pauvre Rigoletto boiteux. Quoique habillés en frac, ces courtisans, ont des airs de conspirateurs de BD lors de l’enlèvement de Gilda,, tandis qu’ils trottent sur la pointe des pieds en chantant de furtifs « zitti, zitti » et que Rigoletto, les yeux bandés, leur tient naïvement l’échelle nécessaire au rapt.

Le drame se noue en une suite de duos dans cet opéra construit tambour battant sur une succession de grands airs, tout en allitérations sonores où priment le beau chant et la ligne mélodique.

Spectacle

Les décors de Rudy Sabounghi sont très sobres, très judicieux. Ainsi, ce qui devait être une auberge louche devient un genre de cabane de plage, qui, en jouant de transparence entre des bambous, permet de voir les personnages à l’intérieur malgré l’atmosphère crépusculaire. Ou encore, la vision d’une stupéfiante beauté du salon du duc, alors que le rideau se lève sur la fête où chacun trouve sa place devant un paravent libertin et sous un lustre splendide. Aussi créés par Rudy Sabounghi, les costumes sont astucieusement hors de toute époque définie, ni du XIXe – lors de la composition de Verdi – ni d’aujourd’hui. Les femmes portent des boas et autres fanfreluches, qui leur donnent un air coquin et même licencieux. Ainsi, le duc pourra clamer à son aise « la donna é mobile » (la femme est volage), l’air fameux qui revient le long de cet opéra comme un fil conducteur de l’action.

La mise en scène de Jean-Louis Grinda met parfaitement en évidence le déroulement dramatique de l’intrigue qui semble confuse et embrouillée. Les voix, toutes excellentes, participent de cette précision lumineuse. George Petean se montre un impeccable Rigoletto, Jean-François Borras est très convaincant en manipulateur présomptueux. Julia Novikova vocalise avec une solidité n’offrant aucune fêlure à son emploi de sincère jeune fille naïve. Enfin, Andrea Mastroni, le tueur à gages, ajoute sa voix de basse profonde dans un quatuor qui reste une des meilleures scènes de cet opéra que le public a largement applaudi.


Caroline Boudet-Lefort