GILBERT DUPUIS , COLLECTION(S)

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… Pierre Alechinsky, Marcel Alocco, Pierrette Bloch, Jean-Pierre Bolmer, Yves Bougeard, Pierre Buraglio, Michel Butor, Max Charvolen, François Dilasser, Gérard Duchêne, James Guitet, Bernard Lallemand, Jean-Philippe Lemée, Gilbert Mao, Maya Mémin, Aurélie Nemours, Bernard Peschet, Revue Ecbolade, Jacques Py, Pierre Soulages, Claude Viallat ...

Exposition

Ancien maître de conférence en arts plastiques à l’Université Rennes 2, commissaire d’exposition et artiste, Gilbert Dupuis s’est constitué au fil du temps une collection d’œuvres d’artistes régionaux et internationaux qui regroupe gravures, peintures, livres d’artistes et sérigraphies. Elle s’est construite au hasard de ses rencontres avec les œuvres et les artistes et non d’une volonté à collectionner : “Je ne suis pas collectionneur mais j’aurais pu le devenir ». Parmi cette singulière collection, le public est amené à découvrir des pièces inédites d’artistes internationaux tels que Pierre Soulages et Aurélie Nemours.

Je ne suis pas collectionneur mais j’aurais pu le devenir.

(Gilbert Dupuis)

L’échange

En général, on sait que les artistes échangent entre eux des pièces et constituent ainsi une sorte de communauté. C’est ainsi qu’un certain nombre d’œuvres de Gérard Duchêne par exemple sont dans mes cartons. Membre fondateur de « Textruction » (avec Jean Mazeaufroid, Georges Badin, Gervais Jassaud et Michel Vachey), il m’a invité à faire partie du groupe, ce que je n’ai pas souhaité malgré la sympathie que j’avais pour lui ainsi que pour Mazeaufroid. La proximité était l’utilisation de l’écriture dans la peinture et pour moi, il s’agissait de la série « à Bouvard & Pécuchet » débutée en 1976. Ce n’était donc pas tant de l’envie de passer par une « destruction » du texte mais celle de retrouver la « piction » dans la « scription » pour reprendre les termes de Roland Barthes. Les membres du groupe étaient surtout d’origine littéraire mais influencés sans doute comme moi-même par l’idée de « déconstruction ».

Actuellement, on penserait plus facilement aux grandes collections privées, images (démonstration) de grandes réussites financières.

Il y aurait donc de grandes et de petites collections mais qu’en est-il des grandes œuvres ? Sont-elles plus grandes grâce à la taille ? Beaucoup conviendront, j’espère, que de grandes symphonies ne sont pas plus émouvantes que des trios ou des quatuors – je pense à Beethoven ou à Schubert par exemple. Il faudrait Bach pour réconcilier la taille et la grandeur. Je me suis surpris devant une collection de portraits peints par Rembrandt de regretter des gravures telles « les trois croix ». On m’a proposé un jour d’acheter à un prix accessible une estampe de Rembrandt, ce n’était pas une de mes préférées, j’ai renoncé. La taille des œuvres, leur quantité, leur cote ne sont pas mes critères, beaucoup s’en faut. J’ai d’ailleurs plusieurs fois refusé de grandes pièces au profit de petites afin de pouvoir les accrocher chez moi et donc les montrer…quand elles me plaisaient.

Le fonds

Beaucoup d’artistes célèbres aussi bien que de plus modestes, ont été des conseillers pour de grandes collections : Matisse pour Sergueï Chtoukine dont la collection a été confisquée au profit du musée de l’Ermitage de St Petersbourg. On oppose souvent Matisse et Picasso et on leur prête même une rivalité de leadership mais c’est bien Matisse le responsable d’un ensemble des plus significatifs de Picasso dans cette collection. Plus contradictoire encore du point de vue « histoire de l’art », Il faut imaginer aussi Marcel Duchamp comme organisateur de la collection américaine de Mary Reynolds ou comme cofondateur de la collection « Société anonyme » comprenant d’ailleurs Matisse dont il écrit la fiche.

Certains le savent : maintenant pour un artiste ayant pris la posture « iconoclaste » d’accepter des rôles de médiation de l’art, de commissaire d’expositions, de créateur d’espace d’exposition (la galerie « art & essai » de Rennes 2), de membre de la commission technique du Frac de Bretagne, voire simplement d’enseignant à l’Université,… j’ai pu être approché autrement que comme un « collègue-artiste ». Mais par ailleurs et de l’autre bord, ce n’est pas aussi sans quelques reproches directs et pour n’en citer qu’un : « …et bien moi je n’ai jamais pris un crayon en main ».

Exposition

La récompense

Au départ Aurélie Nemours me voyait exposer à proximité d’elle au salon « Réalités nouvelles » en particulier et nous avions fait superficiellement connaissance. Plus tard dans l’ennui d’un « dîner parisien » suivant la formule consacrée, la peinture accrochée en face de moi m’a attiré et retenu mon intérêt jusqu’à mon départ. C’était une « Structure du silence » telle celle qui allait intégrer le Frac de Bretagne.

C’est sans doute le rôle de passeur qui produit le plus de dons. L’ensemble complet « Axel », 9 sérigraphies de 1979 m’a été donné par Aurélie Nemours pour ce rôle. Elle était alors une inconnue en Bretagne.

Certaines œuvres de A. Nemours m’intéressaient plus par leur qualité de présence que par leur géométrie même issue des chiffres ; je n’ai pas un intérêt particulier pour l’art dit « construit » et préfère penser la structure des œuvres.

L’exemple « Pierre Soulages » est différent. Je voulais le rencontrer pour lui montrer un début de texte et lui poser les questions nécessaires à sa précision. Le corps du texte était théorique et universitaire – une thèse - mais devait trouver une modalité d’application avec son œuvre gravée. Le titre était « L’invention en gravure ». Fin 1979, la rencontre a pu se faire en deux temps grâce à l’entremise de Pierrette Bloch, mais la première fois que je l’ai rencontré j’ai oublié de lui parler de ce texte en cours pour lui proposer ce que je proposais à tout autre : de me fournir des pages manuscrites pour les utiliser comme matière première à une transformation aboutissant à un livre relié. A partir d’une page de près de deux mètres de haut, ceci donna plusieurs réalisations, à inclure dans ma série « à Bouvard & Pécuchet » (cf. : « Scénario » et « PS par GD » ). C’est avec une deuxième entrevue, début 1980, que je pus aborder la question gravure. Je me sentais son débiteur pour cette séance de travail (et de rattrapage) et à mon grand étonnement, il me donna une eau-forte dédicacée pour conclure.

Le texte en question s’appelait « Pierre Soulages peintre, Pierre Soulages graveur » qui est aussi le titre de l’exposition éponyme que j’ai organisée à la galerie Art & Essai en 1986.

Pour préparer le terrain auprès de l’Université de Rennes 2, j’avais demandé à Pierre Soulages de prêter deux eaux-fortes qui furent exposées plusieurs années dans le bureau du président. Nous connaissons des artistes moins généreux. Un autre geste de sa part fut de transformer ce prêt en don envers moi quelque temps après. Pourtant autant pouvons être satisfait « d’avoir » chez soi des œuvres que nous aimons, autant pouvons nous être inquiets du sens de « posséder » une œuvre d’art. J’ai donc imaginé pour ces deux œuvres remarquables un destin conditionnel. Imaginons que la communauté rennaise se décide enfin à ouvrir ce que nous appelons une « artothèque », c’est à dire un espace de prêt, je mettrais alors à sa disposition ces deux estampes qui ne sont là que pour être mis sous des regards attentionnés ou curieux.


Gilbert DUPUIS


GILBERT DUPUIS , COLLECTION(S)

Galerie Rapinel, Bazouges-la-Pérouse (Ille-et-Vilaine)

Du 12 octobre au 14 décembre 2014