Un été classique avec Music Fest Perugia… un supplément d’âme

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Le Music Fest Perugiai est un vrai bouillon de culture comme dirait notre Pivot national. Imaginez 200 élèves et leurs illustres professeurs prêts à livrer le meilleur d’eux-mêmes pendant 15 jours, à l’occasion de master classes et de marathons musicaux suivis de concerts avec orchestre dans l’une des cités médiévales italiennes les plus préservées…

 

Oui, ce rêve est bien une réalité qui – comme chaque année depuis maintenant 10 ans – prend ses quartiers en Ombrie, dans la sublime Pérouse. Cette année, le pari était encore plus audacieux car il se déroulait durant tout le mois d’août... avec le Barbier de Séville version Opéra en fermeture. Du jamais vu ! Le succès croissant de cette manifestation ? Un jeune élève le résumait tout simplement. « C’est plus qu’un summer camp, c’est une grande famille que l’on retrouve chaque été et avec laquelle on partage la même passion de jouer, presque non-stop, dans des lieux de rêve ». Et oui, il suffisait de se promener dans les ruelles pour s’en convaincre. On pouvait entendre des notes égrainées à travers les murs de la ville, au gré de salles de répétition éphémères, un Chopin par-ci, un Mozart par-là,… Autre prodige de 12 ans, Nathan Leeii - présent pour la 4e année ! - rappelait, quant à lui, deux opportunités formidables. D’une part, profiter des cours intensifs de son professeur bien aimé, le pianiste Sacha Starcevichiii (par ailleurs co-directeur du festival) et d’autre part, jouer avec une formation au grand complet. Cette année, l’orchestre philarmonique de l’Université d’Alicante assurait la résidence. Conduits par le talentueux chef d’origine roumaine Minhea Ignativ, les jeunes musiciens assuraient avec ferveur l’accompagnement des solistes pour les concerts du soir, autour d’un répertoire que Minhea affectionne particulièrement, les Romantiques. De grands chefs invités ont également dirigé l’orchestre, tels Uri Segal, Yuan Sheng et Dan Wenwei. Une expérience enrichissante pour les musiciens d’Alicante devant s’adapter à d’autres phrasés et gestuelles. Une belle leçon d’ouverture.

Parlant de leçons, il en est certaines que d’aucuns n’auraient voulu manquer : les master classes d’Ilana Vered. Un must du festival ! Il faut dire qu’Ilana a son fan club. Professeur émérite aux USA et en Israël, elle possède une carrière qui marque les esprits. Elle a joué sous la direction des plus grands (G. Solti, Z. Mehta, M. Tilson Thomas,…), pas moins de 45 concertos – de Bach à Berg – et reste l’une des plus lumineuses interprètes de Rachmaninov de son temps. C’est l’âme du festival. Elle est au cœur de cet incroyable vivier de jeunes talents prêts à en découdre pour vivre de leur passion. Son cheval de bataille : faire comprendre à ses élèves qu’ils ne sont pas de banales courroies de transmission mécanique mais bien des passeurs de leur propre histoire. Donner une intention aux notes et aller chercher leur résonnance particulière, celle qui fait écho à leur propre émotion pour toucher le public auquel le musicien doit pouvoir communiquer son art, sa vision poétique.

Cet esprit visionnaire, ce sens poétique et cette grande musicalité ont été merveilleusement incarnés par le quatre mains formé par Ilana Vered et Sacha Starcevich lors de leur récital Mozart et Beethoven donné dans la merveilleuse basilique San Pietro. En d’autres temps, La Callas y était venue tester l’acoustique admirable tandis que Karajan en appréciait la clarté de son au point de venir y enregistrer une série de disques. Autre prestation remarquée en cette église, le pianiste Joseph Kalichsteinv, reconnu pour la virtuosité de son jeu et son extrême sensibilité, a enthousiasmé la salle. Dans un autre genre, le Consiglia, un petit salon intime à l’italienne, fut le théâtre de quelques moments suspendus. Ursula Smith a hypnotisé l’auditoire avec la Sonate en La mineur pour violon et piano de Schubert.

Parmi les élèves, des performances mémorables ont reçu les faveurs du public : Adi Neuhausvi nous a émus avec son allegro moderato du Concerto pour piano n°4 de Beethoven, Maxim Lando nous a gratifiés d’un moment magique avec son interprétation de la Dumka de Tchaikovski, Umi Garretvii, une pianiste américaine de 14 ans déjà célèbre dans son pays, a confirmé sa maturité d’un jeu inspiré, clair et élégant et bien sûr, la vedette très attendue du festival, Nathan Leeviii, a joué avec une vivacité reconnaissable entre toutes le Concerto pour piano n°1 de Mendelssohn. Ces prodiges se reconnaîtraient probablement dans l’ouvrage que recommande chaleureusement Barry Snyderix, un des piliers de l’équipe professorale du festival : Talent Is Overrated: What Really Separates World-Class Performers from Everybody Else - by Geoffrey Colvin (Le talent est surfait. Ce qui sépare réellement les interprètes prodiges des autres).

Si le festival représente l’opportunité unique pour les participants de se produire dans un environnement stimulant, il en est de même pour les auditeurs fidèles à la manifestation et les touristes de passage qui peuvent profiter des concerts gratuits données en plein air ou à prix doux dans les différentes salles de la cité médiévale On attend l’année prochaine avec impatience. Et pour aller dans le sens de Mozart qui finissait toujours sur une note d’espoir (dixit Ilana Vered), gageons qu’elle sera encore des plus amazing au regard de la programmation en cours (voir site).


Aurèle M.

i Ce Festival de musique classique est dirigé par Ilana Vered (directrice artistique), Peter Hermes (directeur) et Sacha Starcevich (directeur délégué). Sa mission : promouvoir le talent artistique à travers une manifestation qui réunit des jeunes solistes, en leur donnant la possibilité de se produire sur scène et de suivre des master classes et des cours privés avec les meilleurs professeurs venus du monde entier, dans un cadre prestigieux.

ii Nathan Lee est un pianiste virtuose qui vit à Washington. La politesse, le ton mesuré et le sourire radieux le quittent rarement. Un vrai p’tit homme qui s’adonne avec plaisir à la lecture et aux sports en dehors de sa pratique qu’il a débutée à l’âge de 6 ans.

iii Sasha Starcevich est un pianiste américain installé à Washington, diplômé de l’université de Yale et professeur de grande renommée.

iv Minhea Ignat a étudié le piano jusqu’à 18 ans avant de se tourner vers l’orchestration et la composition à Bucarest. Il dirige aujourd’hui l’Orchestre philarmonique de l’Université d’Alicante qu’il a créé en 2005.

v Joseph Kalichstein, d’origine israélienne, vit aux USA. Chacune de ses apparitions en concert, récital ou de musique de chambre est un évènement, en ayant joué notamment sous la direction de L. Bernstein et D. Barenboim. Il est professeur à la Juilliard School de New York.

vi Adi Neuhaus est issu d’une illustre famille de pianistes russes. La saga commence avec son arrière-grand-père, le grand pianiste Heinrich Neuhaus et se poursuit avec son grand-père, pédagogue plébiscité au-delà des frontières. Adi a, dit-on, de l’or au bout des doigts !

vii Umi Garret est une élève prodige du célèbre pianiste John Perry. Elle a débuté sa carrière médiatique à l’âge de 8 ans et gagné de nombreuses compétitions de piano.

ix Barry Snyder. Ce pianiste américain et fin pédagogue s’est fait connaître de la scène musicale après avoir gagné trois grands prix au concours international de Piano Van Cliburn. Il alterne récitals, concertos et master classes et a joué sous les directions de Leopold Stokowski et Charles Dutoit.