JAZZ A DOMERGUE - DES GRENOUILLES QUI AIMAIENT LE JAZZ

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Dans le cadre enchanteur des jardins de la villa Domergue (1) sur les hauteurs de Cannes, chaque année début août, revient un festival de jazz que nous apprécions particulièrement pour le lieu magique et la sélection des groupes musicaux programmés - plutôt des quartets - en accord avec la sérénité de l’environnement. C’est un jazz en douceur qui ravit les oreilles tout en donnant la chair de poule par les émotions provoquées.

 

Cette année, dans un bassin qui fait partie de l’aménagement du jardin, une ribambelle de grenouilles coassaient « à qui mieux mieux » dès les premières notes de jazz, comme si elles voulaient faire concurrence aux musiciens ou même dominer de leurs coassements les notes qui s’envolaient vers les étoiles. A l’entracte, le public allait les saluer, sinon les applaudir, mais, minuscules, elles se dissimulaient modestement derrière la mousse et les plantes. Sans qu’elles nous le confient, elles semblaient cependant apprécier le jazz, tout autant que le public mis en joie par les guitares du Guitar Family Connection où Romane, l’un des plus reconnus et ardents guitaristes, s’est associé la complicité de ses deux fils, Richard et Pierre Manetti, pour jouer, en trio un jazz aux accents manouches.

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Chaque année Frédéric Ballester, le directeur artistique, programme une formation de la région, telle le New Meeting Quartet. Né à Cannes, Xavier Triviaux est pianiste et compositeur de la plupart des morceaux interprétés par le groupe. Sa musique fraîche et spontanée organise la rencontre percutante entre l’accordéon (Thierry Ravelli) et le piano, accompagnée d’une rythmique contrebasse (Jean-Pierre Barbarit) et batterie (Jean-Christophe Galliano, fils de Richard). A travers des compositions originales dans lesquelles le Jazz et les rythmes brésiliens s’entrecroisent, le groupe exprime son envie d’un jazz doux qui touche en profondeur, comme dans Maria la bella, hommage à la pianiste Tania Maria pour un public à l’enthousiasme chaleureux,

Née en Albanie et vivant en Suisse depuis l’âge de 10 ans, la chanteuse Elina Duni a choisi un répertoire d’une grande variété  mêlant des standards de chansons anglo-saxonnes et françaises au folklore des Balkans, tel ce chant traditionnel de mariage du Kosovo et cet autre où l’éphémère d’une fleur est comparée à la durée de la vie. Mélodieuse et sensuelle dans la douceur, sa voix ensorcelle et elle ne perd rien de son joli timbre limpide quand elle la pousse jusqu’à des feulements de fauve. Femme-sorcière-artiste charismatique, Elina Duni a envoûté le public (et les grenouilles !), accompagnée par Colin Vallon au piano, Björn Meyer à la contrebasse et Norbert Pfemmatter à la batterie, qui ont ajouté leurs rythmes jazzy en sachant marier toutes les influences.

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Le Philippe Petit Quartet a offert un jazz qui apaise, un jazz aux accents bluesy. Venant d’horizons différents, trois Français et un Américain (installé à Paris) jouaient pour la première fois ensemble des standards revisités et des compositions originales du guitariste Philippe Petit qui enseigne au Conservatoire de Nice. Ainsi ont dialogué ou monologué sur un swing léger, le piano d’Alain Jean-Marie, la contrebasse de Louis, Petrucciani – il vit pour le jazz comme ses frères, Michel (pianiste) et Philippe (guitariste) - et la batterie de l’Américain Sangoma Everett

Le Randy Ingram Quartet vient des Etats-Unis où il est déjà reconnu comme l’un des groupes les plus novateurs et les plus modernes. C’est un jazz très contemporain et très cérébral que nous offre Randy Ingram qui a su s’imposer comme brillant pianiste sur la scène américaine. Sans influence brésilienne ou autre, il a composé tous les morceaux devenus légendaires, sauf un arrangement de Time Remembered de Bill Evans. Le public a écouté très sagement le jeu magnétique de Lage Lund (guitare), de Phil Donkin (basse) et de Jonchen Rueckert (batterie), sans danser, mais en regardant les étoiles s’allumer dans le ciel.

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Dans leur bassin, avec vue panoramique sur la mer et la ville de Cannes, les grenouilles devront attendre l’an prochain pour découvrir de nouveaux talents et elles expriment déjà leur impatience. Comme nous !

Caroline Boudet-Lefort


(1) La villa Domergue propose l’exposition « De l’expressivité primitive au regard inspiré » jusqu’au 28 septembre, en complément de celle à la Malmaison jusqu’au 26 octobre.