RENAUD ET GAUTIER CAPUCON

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Ce sont deux frères. L’aîné est violoniste, le second violoncelliste. Chaque année, Renaud et Gautier Capuçon reviennent avec fidélité au Festival des Heures Musicales de Biot, certainement conquis par la magie du lieu et par l’accueil chaleureux et convivial de Liliane Valsecchi, la directrice artistique de cette manifestation.

 

Tous deux sont nés à Chambéry, Renaud en 1976, Gautier en 1981, alors que son aîné a déjà commencé à étudier le violon depuis un an au Conservatoire de leur ville natale. Tous deux fréquenteront, par la suite, le Conservatoire de Musique de Paris et en ressortiront avec Prix et louanges, avant d’enchaîner des concours internationaux et d’accompagner les plus prestigieux interprètes de notre temps. Mais, il faut aussi les compter, l’un et l’autre, parmi les plus grands solistes de l’Hexagone.

Spectacle

Ils ont eu le même parcours avec le décalage de leur différence d’âge. La musique a toujours été une tradition familiale, car, dès l’enfance, ils ont assisté à des concerts entraînés par leurs parents qui, sans être eux-mêmes musiciens, n’en étaient pas moins des mélomanes passionnés. Leur soeur aînée a renoncé à poursuivre sa carrière de pianiste pour un autre choix de vie. Ensuite, Renaud et Gautier se sont retrouvés dans l’Orchestre des Jeunes Gustav Mahler, un temple du savoir et de l’apprentissage, alors dirigé par Claudio Abbado. Ce fut une grande expérience pour tous deux afin de parfaire leur éducation musicale.

Ils ne se ressemblent pas et disent n’avoir entre eux aucune rivalité fraternelle. Par des chemins différents, ils parviennent au même but, en apportant à la musique leur jeunesse et leur fougue. Chacun a sa manière de jouer de son instrument. Renaud, plutôt cérébral, a pour lui la rigueur et la connaissance du grand répertoire ; d’ailleurs, il aimerait diriger, et ne cache pas être tenté par la carrière de chef d’orchestre. Il se distingue par une technique ébouriffante qu’il maîtrise sur un Guarnerius, le «Panette » de 1737 qui a appartenu à Isaac Stern. La passion unit le jeune interprète à son vieil instrument. Il y consacre sa vie, quoiqu’il ait eu un autre coup de foudre pour sa femme, la journaliste Laurence Ferrari.

Tandis que son frère met toutes ses tripes dans ses interprétations hypersensibles sur son violoncelle, instrument choisi pour avoir des sons plus doux, plus émouvants, dit-il, que le violon qu’il a d’abord essayé dans les pas de son frère. On a rarement entendu interprétation plus poignante de la Sonate Arpeggione de Schubert, pour laquelle sa vibration émotionnelle restera mémorable. Son interprétation évite le piège du spectaculaire pour privilégier la sensibilité, mais les passages méditatifs transmettent leur potentiel d’émotion sans tirer sur la corde sensible. Avec sa coiffure désordonnée à la frontière du romantique et un sourire mi-affectueux, mi-narquois, on dit de lui qu’il est secret, alors qu’il ne fuit pas le monde et que, avec son jeu très instinctif et viscéral, il est attiré par la spontanéité du jazz. Ce qui ne l’empêche pas de donner aussi une place particulière à Henri Dutilleux dont il a interprété avec succès plusieurs oeuvres.

Spectacle

Comment, sans les trahir, brosser les portraits de ces deux artistes salués, par les mélomanes du monde entier, comme deux des plus brillants instrumentistes français, qu’ils jouent ensemble ou séparément, que ce soit pour des disques ou des concerts ? Ils ont reçu des premiers prix dans plusieurs concours internationaux et, en 2001, Gautier fut nommé Nouveau Talent de l’année aux Victoires de la musique, alors que Renaud l’avait été l’année précédente. Ils se sont produits également en récitals dans les festivals majeurs d’Europe avec des orchestres internationaux de musique de chambre. Leur complicité ne provient pas seulement de leurs liens familiaux, mais aussi de leurs échanges autour de la musique : ils se sont apportés beaucoup l’un à l’autre et cela continue. Ensemble, ils ont gravé deux CD de duos violon-violoncelle admirativement encensés par la critique.

Cette année à Biot, Renaud Capuçon a choisi les effets virtuoses dans l’équilibre de son programme conjuguant cohérence et unité musicale avec des oeuvres de Mozart et d’Haendel, interprétées avec l’alto Gérard Caussé, salué comme l’un de ceux qui savent rendre à l’alto sa liberté d’instrument soliste à part entière. Avec une vigueur égale dans l’affrontement tourmenté des thèmes, Gautier, lui, était accompagné au piano par Frank Braley, un passionné de projets originaux.

Proposant six soirées magiques avec des invités prestigieux dont la soprano Nathalie de Dessay, Liliane Valsecchi a choisi pour clôturer le Festival de programmer les deux concerts de ceux qu’elle appelle ses « chéris », Renaud et Gautier Capuçon. Chaque année, leur venue met Biot en effervescence ! Dans le cadre intimiste de l’église où l’acoustique est parfaite pour écouter des petites formations, un public de mélomanes revient régulièrement pour apprécier ses deux interprètes favoris submergés de salves d’applaudissements mérités et de rappels. Leur fidélité à ce lieu magique a contribué au succès international du Festival des Heures Musicales de Biot et stimulé la présence des plus grands noms du monde de la musique. Espérons que ce désir durera et que nous irons à nouveau les applaudir avec passion !


Caroline Boudet-Lefort