Dada Masilo, à couper le souffle

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Agée d’à peine 29 ans, elle est actuellement considérée comme la nouvelle étoile de la danse en Afrique. La danseuse et chorégraphe Dada Masilo a présenté en première à Genève une création bouleversante, The Bitter end of Rosemary, sur une invitation du Flux Laboratory.

 

 

Dada Masilo

Née à Soweto en 1985, la talentueuse Sud-africaine a fait ses classes à la Dance Factory et la National School of the Arts de Johannesburg, avant de travailler deux ans aux Performing Arts Research and Training Studios (PARTS), la mythique école de danse contemporaine fondée par Anne Teresa De Keersmaeker à Bruxelles. Enseignante à la Dance Factory Youth, Dada Massilo a acquis une réputation mondiale avec Romeo and Juliet, Unravelling Carmen et  son Swan Lake, une version totalement revisitée du ballet classique mêlant les tutus blancs aux danses tribales. Sur une initiative du Flux Laboratory et de sa Fondation Fluxum, engagée dans le développement culturel à travers la danse, elle a présenté The Bitter end of Rosemary cet été dans la salle des Eaux-Vives de l’Association pour la Danse Contemporaine (ADC). Un solo engagé, en faveur de toutes les femmes opprimées.

Dada Masilo

Une héroïne mise à nu

Ce qui fait la singularité de Dada Masilo ? La fusion des techniques, cette exploration sans limites du langage du corps au-delà des genres. Avec The Bitter end of Rosemary, elle pousse encore plus avant les frontières de la danse. « Le personnage de Rosemary nous parle de toutes ces grandes héroïnes tragiques, avec leurs cortèges de fleurs, leurs folies et leurs morts. J’avais envie de savoir jusqu’où je pouvais aller dans cette démence, montrer ce que ressentent ces héroïnes avant de s’ôter la vie », témoigne Dada Masilo, avec cette énergie que l’on retrouve dans ses interprétations. Inspirée par l’Ophélie d’Hamlet, figure incontournable de Shakespeare, elle a travaillé pour cette création sans l’aide d’un miroir pour préserver la liberté de son expression. Dans l’obscurité de la salle, la chorégraphe nous plonge dans l’intimité d’une femme. Elle est dénudée, sa respiration est haletante et ses rires éclatent avec frénésie. Entre deux chemins de lumière, elle porte déjà sa croix autour du cou.


Dada Masilo

 

Au sol dans un bain de fleurs

« Je ne suis pas nue pour le montrer mais précisément parce que la folie empêche ici cette prise de conscience », ajoute Dada Masilo. Sur scène, la danseuse se laisse emporter dans un incroyable tourbillon d’émotions. Elle enrage, elle charme, elle rit, elle pleure, glissant avec virtuosité d’un état à un autre dans ce moment de démence. Révoltée contre son sort, Rosemary mène un combat intérieur. Son corps se tord, ses gestes se brisent et elle échoue au sol dans un bain de fleurs, donnant à voir toute la vulnérabilité de son personnage. Et la performance de Dada Masilo ne se résume pas au mouvement. Baignant dans un environnement sonore inquiétant, sa voix se laisse entendre, elle marque la détresse de cette femme avec des mots. « J’ai le sentiment qu’il y a un point où le corps a assez exprimé », commente la danseuse. A travers ses prestations, Dada Masilo ramène sur le devant de la scène des sujets qui interpellent le spectateur. Elle sera présente à la rentrée à la Biennale de danse de Lyon.

Dada Masilo

 

Tanja Stojanov



Flux laboratory

10 rue Jacques Dalphin

CH-1227 Carouge

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