Rencontres d'Arles 2014, la fin d'un cycle

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Avec le numérique, les smartphones et autres tablettes et avec les réseaux sociaux, la photographie connaît un développement exponentiel. Tout le monde au sens propre ou presque prend des photos.

La mode actuelle des selfies montre bien l'importance d'un phénomène devenu planétaire.

Arles 2014

Dans ce vaste mouvement international, les rencontres d'Arles, rendez-vous des amateurs de photos d'art du monde entier, doivent après 45 ans, s'adapter tout en gardant une ligne artistique claire et au meilleur niveau.

C'est effectivement le cas, bien que plusieurs facteurs se conjuguent pour donner aux rencontres d'Arles 2014 un parfum de fin de règne, celui de François Hebel qui, après 13 années de direction, signe cette année sa dernière édition.

Il faut dire que 2012 et 2013 avaient été particulièrement dynamique et foisonnante. En plus, le jumelage avec Marseille Capitale Européenne de la Culture 2013 donnait une impulsion supplémentaire à l'événement.

2014 est donc une année de transition intitulée Parade.

Arles 2014

Un hommage particulier est rendu à Lucien Clergue, l'un des fondateurs des rencontres d'Arles. Dans le IN, un immense mur récapitule son parcours à travers des centaines de ses différents travaux, la plupart connus, avec une interview vidéo témoignage de ce grand photographe.

Le musée Réattu lui consacre par ailleurs une importante exposition.

Christian Lacroix déconstruit le thème de l'arlésienne qui ne vient jamais en la rendant présente à travers nombre de photographies.

Arles 2014

Denis Rouvre donne la parole à des dizaines de personnes auxquelles il demande ce que cela signifie pour eux d'être français. Finalement aussi motivé par ces interviews sonores que par les portraits de ces inconnus auxquels il donne ainsi un statut de héros, il dessine une identité française pleine de dignité qui s'inscrit dans le mouvement de mondialisation.

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Vik Muniz présente ses collages composés de centaines de bribes de photos de toutes tailles qu'il fixe ensuite sur de spectaculaires photos grand formats.

Arles 2014

La France des monuments aux morts de Raymond Depardon met en exergue ces étranges hommages aux « morts pour la France » que nous ne remarquons même plus, pourtant omniprésents partout. De factures très diverses, kitsch ou sobres, ils sont figés pour la plupart dans les paysages urbains. Ils nous plongent dans un passé qui nous paraît à la fois lointain et tristement familier, rappelant l'immense boucherie de la guerre de 14-18.

A coté, la guerre des gosses de Léon Gimpel est un étonnant petit théâtre dans lequel les enfants jouent pour le photographe les différentes séquences du conflit dans les rues de Paris.

Une présentation d'œuvres magistrales d'August Sanders met le classicisme photographique à l'honneur.

Arles 2014

La collection de Martin Paar et Wassinglundgren est exposées dans un bâtiment dont les fenêtres ont été occultées, plongés dans une faible lumière rouge. Il s'agit d'un interminable et fastidieux parcours de salles emplies de photographies de groupes réalisées en Chine à diverses époques. Une lampe LED est remise à chaque visiteur, rendant encore plus pénible la visite. S'il s'agit incontestablement d'un très important travail d'archives, le visiteur reste perplexe devant la répétition jusqu'à l'infini de ces photos et la difficulté à les contempler...

Plus contemporain, le prix Pictet récompense onze artistes pour leurs travaux sur le thème de la consommation.

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De même pour les lauréats du concours SFR jeunes talents.

Plus revigorant, le photographe espagnol Chema Madoz détourne et transforme les objets avec beaucoup d'imagination pour créer un monde malicieux bien dans la tradition du surréalisme.

Arles  2014

Finalement, nos coups de cœurs se situent plutôt en dehors du parcours officiel. Les éditions Actes Sud présentent notamment une belle exposition de Michelangelo Pistoletto intitulée le troisième paradis.

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La galerie « Le magasin de jouets » présente le jeune photographe chinois Ren Hang qui présente un travail sur le corps et le sexe...

La galerie Anne Clergue, (fille de Lucien Clergue) ouverte depuis peu présente une intéressante exposition de l'artiste Martial Lorcet

la Galerie Omnius présente des photographies réalisées a l'aide de procédés anciens tels que ambrotypes au collodion humide (Matthias Olmeta), gomme bichromatée (Stéphane Noél).

Nul doute que la nouvelle direction confiée à Sam Stourdzé, du musée de l'Elysée à Lausanne qui prend le relais dès 2015, donnera aux rencontres d'Arles un souffle nouveau.

La Fondation Luma a ouvert cette année la Fondation Van Gogh et commence à réaliser ses ambitieux projets dans les ateliers. Elle constitue un pilier financier essentiel pour l'avenir d'une association qui malgré ses succès, a toujours été fragile.

Christian Depardieu