Au Ciac, Château de Carros

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Jean-Jacques LAURENT présente au Ciac Château de Carros, un ensemble d’œuvres qui ponctuent les temps marquant de sa démarche. À cette occasion, le catalogue publié aux éditions de L’Ormaie donne des textes de Rodolphe Cosimi, Alain Freixe, et Jacques Simonelli, introduits par un commentaire de Frédérik Brandi qui en partitions intercalées orchestre le tout. Ici, le premier fragment… à suivre.

 

 

Ciac

VIVI FELICE !

par Frédérik Brandi

Directeur du CIAC de Carros

Visiteur, que tu sois dilettante ou savant, ne t'attends pas à trouver dans ces œuvres une intention prétentieuse, mais le jeu ingénieux de l'Art, sa simple nécessité. Il n’a été recherché dans leur réalisation ni l’intérêt personnel ni l’ambition mais l’utilité, afin d'exercer nos sensibilités à la pratique du regard. Peut-être te seront-elles agréables, dans ce cas la rencontre s’accomplira, tu sauras que j’en ai réalisé beaucoup d’autres : montre-toi plus humain que critique, et tes plaisirs n’en seront que plus grands. Sois heureux !

Ainsi pourrait parler Jean-Jacques Laurent au seuil de son exposition au CIAC de Carros, sur le mode baroque d’un Domenico Scarlatti invitant le lecteur à parcourir ses Essercizi pour clavier. Dans son approche multiple de la peinture la conversation intime prend en effet volontiers le pas sur le récit héroïque. Pour lui - c’est presque un manifeste - il n’y a pas que les grandes œuvres qui sont importantes. Sa manière de prendre à rebours les outils de sa discipline et, au-delà de la récupération aujourd’hui convenue, son talent pour la résurrection de supports humbles, donnés à voir dans la noblesse de leur histoire accomplie ou manquée, traduisent une aspiration vers la simplicité, l’engagement dans un art porté par la nécessité de créer et de partager. On peut ajouter que, d’une certaine façon, le peintre avait déjà dû lutter contre le céramiste, ou plutôt contre son milieu, et que ses dispositions à détourner les usages, les matières et les codes sont en partie issues de cette évasion fondatrice.

Raphaël Monticelli, qui décèle chez Jean-Jacques Laurent plus de violence que de douceur dans ses rapports avec l'art, observe que cette lutte, parfois brutale, est aussi l’expression d’une recherche, d’un désir d’exploration qui mène à la rencontre. Dès lors, si notre homme peut mettre en avant ce qu’il appelle ses contradictions, celles-ci s’inscrivent dans une continuité, une cohérence qui se révèle clairement au fil de l'exposition dans ces salles sans chronologie. L’omniprésence de la figure humaine dans tous ses états et toutes ses relations, d’individus confrontés à leur solitude ou à la foule, est une première et forte constante. Lorsque les thèmes changent ou évoluent, ils ne manquent pas de se recouper, et les préoccupations une fois exprimées reviennent encore, sous des formes différentes.

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Mais d’où cela vient-il ? De son propre aveu, le mouvement et le bruit, un bruit difficile à définir, sont à la source de son processus de création. Si l’on accepte d’identifier dans ce trouble originel « le son, premier mouvement de l’immobile » selon l’intuition poétique de Giacinto Scelsi, cela permet de mieux percevoir la présence d’une certaine musique - de Bach à Stockhausen, de Barraqué au free jazz…- qui infuse dans le travail ou du moins accompagne le parcours. Un parcours et un travail qui sont menés pour obtenir une réponse à sa question sur la nature de ce bruit et de ce mouvement, question qui n’est posée, comme toute question, que pour essayer d’un peu mieux se connaître soi-même…

De précieuses rencontres avec Jean-Jacques Laurent, dans l’intimité de son atelier, ont fourni la matière des quelques réflexions livrées pages suivantes sous la forme d’une promenade commentée. Pour cet accrochage dénué d'ambition rétrospective, priorité a été donnée aux travaux nouveaux, réalisés spécialement en fonction des caractéristiques du lieu. Ils sont mis en relation avec des œuvres plus anciennes, dont la plupart en première présentation, le tout dressant le portrait inédit mais juste d'une création vivante, dont la maturité et la maîtrise n'occultent pas le renouvellement permanent. S'échelonnant de 1992 à 2014, huit séquences ont été choisies : Le pouvoir des muses, Variations pourpres, Têtes, Traversée programmée, Un bruit étrange, Échappatoire, Diptyque - Triptyque - Diptyque, Encres.

F.B. (à suivre…)