EXCHANGE

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Dans le cadre de la programmation de Made In Cannes, la Delattre Dance Compagny a présenté un sublime spectacle chorégraphique de six pièces de longueurs différentes, réunissant danse classique et danse contemporaine sous le titre eXchange.

 

 

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Après des études de danse à Cannes et une expérience de danseur soliste dans différents Ballets nationaux, c’est en Allemagne, où il s’est exporté, que Stéphen Dellattre a fondé sa propre compagnie en tant que directeur artistique et chorégraphe. Il fait partie de cette jeune génération curieuse de l’époque actuelle, avide de créer son propre langage chorégraphique, grâce à sa grande passion pour ce travail et à sa recherche de nouvelles formes axées sur la souplesse de mouvements ondulatoires. Avec des danseurs motivés et inspirés, la compagnie acquiert rapidement une renommée sans égale, en s’ouvrant à de nouvelles frontières avec des thèmes autour des préoccupations d’aujourd’hui.

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Dans ses chorégraphies, le masque revient souvent comme pour signifier qu’aucune identité n’est certaine ni définitivement fixée. Dans une obscurité de rigueur, Le Secret du Silence conserve ainsi le mystère suggéré dans le titre. Tout se dévoile de façon parcimonieuse entre des danseurs qui, quoique libérés par l’anonymat de leurs masques, sont tenus de brider leur désir. Chaque identité complexe, double, devient une énigme pour l’autre.

Dans une brume rouge, des corps semblent nus, pudiquement revêtus de collants couleur chair. La confusion identitaire, sexuelle cette fois-ci, se prolonge dans Confrontation avec l’habilité de substitution où les danseurs se déhanchent en mouvements déliés et souples avec des roulades au sol millimétrées et complexes dans leurs asymétrie.

La brève chorégraphie (6 minutes), Rain, in the dark eyes, fut créée pour une danseuse du Bolchoï qui venait de perdre sa grand-mère et désirait une oeuvre très intime exprimant la tristesse du deuil. Danse très courte aussi, Traces invisibles demande une énorme énergie aux deux danseurs confrontés l’un à l’autre dans un combat autour d’une machine robotique.

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En mouvements suaves et langoureux, Un moment suspendu de vulnérabilité est une prise de risque merveilleusement chorégraphiée qui brille par son rythme dynamique malgré sa fluidité, notamment dans le travail des bras fait de multiples pliés d’une souplesse étonnante. Tandis que les corps voluptueux et sensuels interrogent la pulsion primitive de la danse.

Pour régler son compte au monde de la critique, L’ART d’exPRESSion montre que seule la moitié des journalistes est apte à comprendre les intentions du chorégraphe. Les danseurs ont, grâce à leur tenue vestimentaire, leurs corps divisés en deux à la verticale : la moitié est revêtue de costumes de ville et l’autre est ligotée par des sangles - est-ce pour exprimer la censure ? - Durant cette création, après la lecture du journal, huit danseurs le transforment en boulettes qu’ils balancent avec un mépris évident. La danse s’exprime avec des gestes et la critique avec des mots. D’un langage à l’autre la traduction pourrait-elle être juste ? La falsification n’est-elle pas inévitable ?

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Moi-même, saurais-je vous convaincre de l’admirable compétence de cette Compagnie et du talent insolite de ce jeune chorégraphe qui, espérons-le, se produira à nouveau très prochainement en France et à Cannes ?


Caroline Boudet-Lefort