Dreyfus : Un spectacle musical populaire pour clôturer la saison de l’opéra de Nice.

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Belle réussite pour la fin de la saison lyrique 2013/ 2014 de Nice avec en création mondiale, un remarquable Dreyfus, en coproduction entre le Théâtre National de Nice et l’Opéra. Sur une idée de Jean-Louis Grinda alors directeur de l’opéra de Liège, Michel Legrand et son univers musical, Didier van Cauwelaert à l’écriture du livret et Daniel Benoin pour la mise scène, signent ce spectacle historique et musical très réussi.

 

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Pour donner un ton plus léger, tout en restant fidèle à l’histoire, à cette affaire brûlante qui a ébranlé la société française pendant 20 ans, Didier van Cauwelaert a choisi de donner la parole à Esterhazy, un traitre historique, un faussaire en quête d’argent et tenancier de maison close. Un agent double crapuleux dont les manigances vont retomber sur le capitaine Dreyfus, victime toute trouvée, dans les rangs de l’armée antisémite de l’époque, qui se dit saturée de juifs.

Pierre Cassignard*, interprète ce voyou dépravé et réalise l’exploit pour un comédien de chanter seul en scène.

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Il incarne avec une énergie époustouflante toutes les facettes de cette crapule cynique qui négocie avec l’ambassade allemande ou le ministère français de la guerre, s’amuse et lutte pour garder sa maison close. Sa voix parfois râpeuse alimente l’interprétation scénique de son personnage sans scrupule, elle se mêle aussi à celles des chanteurs lyriques et de comédie musicale, dans une ambiance très particulière, peu commune au répertoire de l’opéra.

 

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En opposition à cette rudesse, les voix légères et harmonieuses de Vincent Heden et Rachel Pignot, qui interprètent Alfred et Lucie Dreyfus, n’en sont que plus appréciées. Tous deux issus de la comédie musicales, leurs arias, en solo, ou leur duo, aux réminiscences de tonalités chères à Michel Legrand, offrent de jolis moments rehaussés par les vidéos de Paulo Correia. Reflet de leur sensibilité, ils transmettent leur émotion aux spectateurs. Beaucoup de poésie se dégage de ce couple abandonné et renié de tous, autour de la solitude de ce héros qui sacrifie son honneur et sa liberté à son pays.

 

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Entre comédie musicale, opérette ou opéra populaire, peu importe, le texte écrit en écho avec la musique permet d’apprécier le large éventail de l’univers musical de Michel Legrand, la légèreté, le romanesque, les accents dramatiques de la seconde partie. La direction musicale est assurée par Jérôme Pillement sensible aux nombreuses connotations de Bernstein dans cette œuvre.

On apprécie, les mots qui cinglent et secouent notre mémoire, les rappels de l’influence de la presse, l’historique de la lutte entre Dreyfusards et Antidreyfusards, on se perd aussi parfois dans ces querelles, alors qu’en parallèle la fête bat son plein.

La mise en scène de Daniel Benoin, ancien directeur du théâtre de Nice, est spectaculaire. Déjà il mettait en scène en 2010, Le Rattachement, de Didier van Cauwelaert, dont on se souvient l’escalier vertigineux joignant la scène et les colonnades du Palais des Sardes, actuelle préfecture de Nice où évoluaient, Napoléon III et Eugénie interprétés par Samuel Labarthe et Alexandra Lamy.

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Pour Dreyfus, Daniel Benoin a imaginé une machine à jouer à neuf scènes, une construction de neuf cellules lumineuses ajoutées à celle de l’opéra où interviennent les interprètes. Elle permet les rapides successions de scènes très visuelles où la lumière et les vidéos rythment l’action et le jeu des intervenants. Avec Pierre Cassignard nous pénétrons dans les ambassades, les ministères, la maison de joie où il côtoie une impressionnante distribution. Sophie Tellier, Bernard Imbert, Clément Althaus, Frédéric Diquero, Jean Marc Salzmann, François Poutaraud, Stéphane Marianetti, Marie Descomps, Thierry Delaunay, Eric Ferri, Florent Chamard, Elio Ferretti, Valérie Deleau ou Sandra Mirkovic et Jonathan Gensburger, ainsi que le chœur de l’opéra Nice Côte d’Azur.

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Maintes fois cette histoire qui passe du journalisme à la vie privée trouve échos dans notre actualité, suscite l’émotion et provoque la colère chez le spectateur. Si ce spectacle plait d’avantage aux habitués du théâtre, et surprend ceux de l’opéra, c’est par le mélange des genres où se côtoient art lyrique, chanson populaire et comédie musicale qui bouscule les règles du genre, par le ton léger, distancié et d’autant plus dramatique apporté au sujet.

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Les décors magnifiques de Jean-Pierre Laporte, les costumes aux couleurs très étudiées de Nathalie Bérard-Benoin et Françoise Pace-Raynaud, les délicates vidéos de Paulo Correia liées à la mise en scène et à la lumière de Daniel Benoin concourent à la réussite de ce spectacle musical engagé qui condamne l’antisémitisme primaire de l’armée.


Brigitte Chéry

Photos Béatrice Heyligers


Coproduction TNN et Opéra de Nice Côte d’Azur

16 Mai 2014 au 6 Juin 2014

TEL 04 92 17 40 79

*(bien connu à la télévision, au cinéma et au théâtre, Molière du meilleur comédien en 1997 dans Les jumeaux Vénitiens de Carlo Goldoni)