Oriental speculum1 : images de la femme au Moyen-Orient

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En dépit d’avancées prometteuses dans certains domaines, la discrimination envers les femmes persiste à travers le monde. Ainsi, à l’heure actuelle, au Moyen-Orient, les femmes sont bien trop souvent absentes des milieux judiciaires, du parlement et des hautes sphères de l’administration. Diverses formes de ségrégation - dans l’éducation et l’emploi - et de violences - abus, humiliation, agressions, viol, exploitation, meurtre… - à leur encontre sont encore admises.

 

Dans le cadre de l’exposition Oriental speculum : images de la femme au Moyen-Orient, des photographies du 19e siècle ainsi que les œuvres d’artistes tels que Ghada Amer, Parastou Forouhar, Reto Albertalli, Sabrina Teggar et Sandrine Pelletier proposent différents regards sur la femme au Moyen-Orient, de l’Egypte à l’Afghanistan en passant par l’Algérie ou l’Iran, à travers une vaste palette de médiums (dessin, gravure, sculpture, photographie, installation…)

Exposition

Images jaillies du passé, les photographies issues des archives d’Olivier de Beaumont, collectionneur passionné par l’Egypte (18e, 19e siècles) révèlent notamment combien, au 19e siècle, les « clichés » de femmes orientales voilées suscitent un intérêt ambivalent alternant entre attirance et interdit ; la bourgeoisie européenne se délecte de ces archétypes sur lesquels elle peut librement projeter ses fantasmes.

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Loin de la passivité suggérée par ces représentations figées, les artistes natives de ces pays ont pris leur destin en mains et livrent une vision toujours pertinente, parfois douloureuse, de leurs sœurs orientales. Elles n’hésitent pas à recourir aux techniques ancestrales pour revisiter le présent, telle Ghada Amer, née au Caire, qui s’est spécialisée dans l’usage de la broderie, médium traditionnel conçu comme un symbole du conformisme féminin. En réorientant le sens et la portée de cette activité domestique envisagée chez elle comme une forme d’écriture, elle mène une réflexion audacieuse sur le rôle des femmes dans l’art et l’organisation sociale.

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Dans un registre plus engagé, l’Iranienne Parastou Forouhar exprime à travers ses œuvres sa critique de la situation en Iran et du fondamentalisme iranien. Elle évoque notamment un traumatisme survenu à la fin des années 90, lorsque ses parents, activistes politiques, ont été sauvagement assassinés. Depuis, dans toutes ses créations, l’horreur vient se mêler sans complexe à la beauté.

Exposition

Mus par un besoin de découverte débarrassé des a priori, des artistes occidentaux sont allés à la rencontre des femmes arabes dans la diversité de leur quotidien. Au-delà de la seule dimension esthétique, les travaux qu’ils ont rapportés ont valeur de témoignage, à l’exemple du photographe Reto Albertalli. Particulièrement sensible aux problèmes sociaux qui touchent les femmes dans les pays en difficulté, il n’hésite pas à braver les tabous en réalisant le portrait de jeunes filles de Kaboul posant à visage découvert.

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A la croisée de deux cultures, Sabrina Teggar présente quant à elle les magnifiques portraits féminins issus de sa série photographique Mnémosyne et boîte de Pandore. Née d’une mère suisse et d’un père algérien, la photographe choisit de mener une quête sur ses origines à travers ce travail, tout en questionnant la condition féminine en Algérie.

Enfin, suite à sa résidence de six mois au Caire, en 2012, Sandrine Pelletier revient notamment avec des bustes en céramique de personnages momifiés ou de femmes voilées, interrogeant l’ambivalence de cet attribut religieux, tantôt perçu comme un symbole d’oppression, tantôt comme un support de fantasmes.

Exposition

S’ils dépeignent avec sincérité une réalité souvent âpre, ces artistes n’omettent pas le souffle d’espoir qui se fait jour ici et là. Ainsi, considérant que la violence à l’égard des femmes n’est pas inéluctable, ils scrutent, chacun à sa manière, la place de celles-ci dans notre société.


Julia Hountou2, curatrice de l’exposition


Oriental speculum : images de la femme au Moyen-orient

Curatrice : Julia Hountou, avec la collaboration de V. Ribordy

Caves de Courten, Sierre

Vernissage : mardi 03 juin, 18h

Exposition : 04 - 29 juin 2014

Dans le cadre des Rencontres Orient-Occident (31 mai – 7 juin 2014, Château Mercier, Sierre)


1. Ce terme vient du latin speculum, « miroir », car il permet de voir (ainsi, ce qui se rapporte au miroir est dit « spéculaire »).

Un spéculum est un instrument médical (notamment gynécologique) - généralement en métal ou à usage unique en plastique - permettant d’explorer une cavité corporelle par écartement des parois. Il peut ici suggérer la notion d’exploration, voire d’intrusion ou d’agression, assimilables aux violences - physiques et psychiques - faites aux femmes.

2 Critique d’art, enseignante et commissaire d’exposition, Julia Hountou est responsable de la Galerie du Théâtre du Crochetan à Monthey (www.crochetan.ch). Docteure en histoire de l’art contemporain, pensionnaire à l’Académie de France à Rome - Villa Médicis (2009 - 10), elle a enseigné dans diverses universités et écoles d’art. Commissaire indépendante d’expositions de photographie et d’art contemporains, elle organise, depuis 2010, des expositions collectives et personnelles en Suisse : Extravaganza - Le corps mis en scène dans la photographie contemporaine (2013 -14), Vincent Jendly & Dulce Pinzon - New York et La véritable histoire des super-héros (2013), François Schaer - Toreros mayas (2013), Christian Lutz - Aux dépens du réel (2012), Nuances. Enquête photographique valaisanne (2012), Reto Albertalli & Julien Gregorio (2012), etc. Elle est également l’auteur de nombreux articles sur la création contemporaine. Depuis 2000, elle publie dans des ouvrages collectifs, des catalogues d’exposition et des revues d’art.

Son blog : http://juliahountou.blogspot.com/