Un zapateado fascinant, entre frénésie et émotion

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Dans La Mar de Flamenco, le danseur soliste Joaquin Grilo a subjugué les spectateurs du théâtre Toursky par sa fusion totale dans cet art. Entouré d'artistes de talents, il a offert une palette des influences diverses qui ont façonné le flamenco.

 

Le rideau s'ouvre sur cinq ombres chinoises figées sous un éclairage bleu, symbole de la mer. Le cri de mouettes et le son du ressac de la grande bleue envahissent le théâtre. Soudain, un zapateado, sans autre musique que celle des pieds, rythme le silence avec une énergie captivante et communicative. Plusieurs tableaux vont se succéder, alternant exaltation et intermèdes musicaux plus calmes (parties instrumentales, chants a cappella...). Le spectacle est sans fioriture, la beauté de la simplicité, seuls les jeux de lumières et la musique ponctuent son déroulement. Divers styles appartenant à la famille du flamenco sont mis à l'honneur comme la farruca par exemple. Ils témoignent de la diversité et de la richesse de cet art. Le flamenco revendique un ancrage dans l'histoire mais regarde aussi vers le large. En effet, de ces rives sont arrivées les différentes influences qui ont modelé le flamenco d'aujourd'hui. La Mar de Flamenco souligne le rôle joué par la mer et notamment à Cadiz dans le sud de l'Espagne. Joaquin Grilo partage la scène avec Juan Requena à la guitare, José Valencia et Anable Valencia au chant et Vago Vega aux percussions.


L'essence pure du Flamenco

Joaquin Grilo débute sa trajectoire de danseur dès son plus jeune âge, à Jerez de la Frontera (Andalousie), et dès quinze ans, il part en tournée internationale. De 1994 à 1998, il danse pour le célèbre Paco de Lucia Sextet. Ce bailarin a aussi collaboré avec Vicente Amigo, Duquende, José Merce, Miguel Poveda... En 1994, il apparaît dans le film Flamenco de Carlos Saura. Il devient le chorégraphe du ballet national d’Espagne et depuis 1999, dirige sa propre compagnie. Ses spectacles De Noche, Grilo, A Solas, Leyenda Personal, La Mar de Flamenco, ont été présentés lors des événements majeurs du Flamenco en Espagne et dans le monde (dont : Biennale de Séville, festival de Jerez, festival de Mont de Marsan, de Chaillot...). Titulaire de nombreux prix dont plusieurs fois le Premio Flamenco de Hoy et le Premio National de la Critica, il allie précision technique et artistique.

« Il me touche au cœur, il est exceptionnel » déclare une jeune spectatrice.

« Il y a une communication entre les musiciens et le danseur qui semble fusionnelle. Joaquin Grilo possède une énergie folle. Il est extrêmement rapide tout en montrant une décontraction extraordinaire avec une concentration très précise. Il y a une fierté étonnante qui se manifeste par ce corps qui se grandit et en même temps une légèreté extraordinaire. » renchérit une nouvelle aficionada de ce danseur.

Joaquin Grilo, à l'apogée de son art délivre à travers ses postures, ses mouvements précis jusqu'au bout des doigts, de l'émotion pure, des sentiments comme la joie, la peine... Sa prodigieuse technique lui permet de se fondre dans le flamenco, il incarne l'essence pure de cet art, il est La Mar du Flamenco.

Grilo

Interview après le spectacle

Jocelyne Silvy : Comment le Flamenco est-il perçu dans les pays non hispaniques ou loin des frontières espagnoles comme les États Unis , l'Allemagne ou Taïwan par exemple, pays qui vous ont accueilli lors de vos différentes tournées ?

Joaquin Grilo : Toujours avec un très grand respect, le flamenco a une stature universelle.

JS : Pourquoi avoir voulu mettre en avant la mer ?

JG : Tout commence à Cadix, ville portuaire car c'est de ce port que sont arrivés les diverses influences. Au travers de la mer est venu d'autres cultures qui ont transformé le flamenco. La Mar du Flamenco est aussi un jeu de mot, il y a une analogie entre la mer et le flamenco : Ils sont tous les deux salés et pimentés avec de la grâce.

JS : Comment avez vous rencontré les musiciens et les chanteurs qui vous accompagnent sur scène ?

JG : Cela fait plus de dix ans que nous nous côtoyons et travaillons ensemble. Je suis entouré d'amis très compétents et professionnels.

JS : Quels sont les thèmes de vos chansons ?

JG : Elles portent sur la mer, le sel... Une succession de tableaux expose les genres qui ont façonné le flamenco : le palo qui vient d'Amérique latine, d'autres passages sont orientaux... témoignant ainsi des influences entrées par la mer. Certaines paroles sont traditionnelles et d'autres ont été créees.

JS : Pourquoi ne pas faire intervenir une femme sur scène ?

JG : Dans le spectacle original , une femme, vêtue d'une robe immense symbolisant la mer, dansait sur scène mais le spectacle a dû être réduit pour ce théâtre.

JS : Pourquoi avoir terminé le spectacle sur la lumière rouge ?

JG : Le rouge représente la force et le cœur du feu.

JS : Quels sont vos projets actuels ?

JG : Je vais partir en tournée avec le dernier spectacle que j'ai écrit Cositas mias que j'ai présenté pour la première fois en mars dernier lors du dernier festival de Jerez.

JS : Vous avez travaillé pendant de nombreuses années avec Paco di lucia

JG : En effet, j'ai eu la chance de travailler et de faire des tournées pendant sept ans avec ce maître. J'ai beaucoup appris et vécu. Je n'ai pas de mot pour exprimer tous mes sentiments. C'est le père du flamenco et j'ai eu la chance de le compter parmi mes amis.


Le Flamenco en images

Le flamenco est également mis à l'honneur par l'exposition A compas del tiempo (au rythme du temps) de Miguel Angel Gonzalez, photographe du journal Diario de Jerez. « Cela fait plus de vingt cinq ans que je travaille sur le flamenco. Cette exposition, à travers une quarantaine de photos, résume les maîtres de la danse et les jeunes promesses. Les mouvements des danseurs sont immortalisés. Sont également représentés le chant et la guitare. » déclare Miguel Angel Gonzalez.

Cette exposition durera jusqu’au 19 juin au théâtre Toursky.

La partie Noir et Blanc de l'exposition (chant et guitare) se déplacera à Mont de Marsan du 30 juin, jour de l'inauguration, au 28 juillet 2014.

Ces photos ont déjà orné les rues de Jerez de la Frontera pour la promotion du prestigieux festival de Jerez. En 2012, son travail artistique sur le flamenco est récompensé : il reçoit le premier prix national de la Catedra de Flamencologia.


Jocelyne Silvy


www.myangelflamenco.com