Le Festival international du film d'Aubagne : Un événement qui prend de l'ampleur au fil des ans.

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Cette quinzième édition, qui a réuni des invités de marque, a permis de visionner plus de 180 films, du court au long métrage, le tout ponctué de concerts dont une première mondiale avec Jazz For Dogs. Deux grands prix et cinq mentions spéciales ont été décernés parmi les concurrents en lice.

 

Dédié à la jeune création et à la relation musique et image, le festival international du film d'Aubagne (FIFA) est un lieu de découvertes, de rencontres et de formations, le tout dans une ambiance festive. Cette année, il s’est enorgueilli d'une programmation et d'invités prestigieux comme le sont les talentueux compositeurs de musique de film Jean-Michel Bernard (Hugo Cabret), Bruno Coulais (Océan, Microscosmos, Les choristes, Les adieux de la reine), Ludovic Bource (The Artist) et l’actrice Clémentine Célarié.

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Du côté des concerts, le public a eu la joie de découvrir en première mondiale le nouvel album cinématographique Jazz For Dogs, concocté par Kimiko Ono, auteur et interprète, Jean-Michel Bernard et Charles Papasoff, compositeurs de talent. Lors de cette performance live, ces trois artistes en présence des prestigieux musiciens Claude Salmieri, Philippe Chayeb, Eric Giausserand, Basile Leroux, Marc Chantereau, Laurent Korcia et Jean Philippe Audin nous ont offert un vrai moment de partage. « Cet album réalisé avec mes amis musiciens, des personnalités incroyables sortira en mai » déclare Jean Michel Bernard. Les textes, en anglais, de ces chansons présentent beaucoup d'humour et, comme le nom de l'album l'indique, concernent l'espèce canine. Les sujets sont variés : un chien désire devenir humain, est-ce dangereux de changer de vie ?, N'euthanasiez aucun chien noir, adoptez-nous ! La musique est variée : du croisement du funk et des Beatles au jazz rock en passant par le slam... Et pour finir ce concert, un clin d’œil avec my dog (rappelez vous my girl et my boy !). Une soirée endiablée, saluée par une salle comble. « Les musiciens et la composition étaient exceptionnels » a déclaré Bruno Coulais lors de son interview.

Jean-Michel Bernard , qui a collaboré au cours de sa carrière avec Ennio Morricone, Ray Charles et tant d'autres, a signé récemment la musique du premier film de Fanny Ardant Cadences obstinées sorti en janvier 2014 ainsi que The Love Punch de Joel Hopkins dont la sortie est prévue en Juin.

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Pour cette quinzième édition où 83 films (10 longs et 73 courts) de 26 pays concouraient, le jury a décerné 14 prix, dont 2 Grands Prix consacrés à la création musicale et sonore, et 5 mentions spéciales. Pour les longs métrages, le Grand Prix de la meilleure musique originale est attribué au compositeur islandais David Thor Jonsson pour Of Horses and Men de Benedikt Erlingsson. Le jury salue «une musique magnifique et variée au service d’une Œuvre Nouvelle, Vive et inspiré, un OVNI donc !». Pour les courts métrages, le Grand Prix de la meilleure création sonore est attribué au compositeur Jens Fischer Rodrian pour Stiller Löwe de Sven Philipp Pohl. Pour le jury, « Stiller Löwe est un film qui vous aspire. Une expérience sensorielle à la fois sonore et visuelle. Noir, poétique et percutant ! Un cri qui ramène à la vie. ».

 

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Interview de Philippe Carrese

Après Cassos en 2012 de Philippe Carrese, la tribu Carrese a présenté, en avant première lors du FIFA, Comme un Rat de Pëdrø vaskebjørn. Au sous-sol d'un laboratoire pharmaceutique, Pedro, rattus norvegicus, (rat espagnol ou norvégien ?), enfermé dans sa cage observe les déambulations et les déboires de ses visiteurs hétéroclites. Les plus bêtes ne sont pas ce que l'on croit. Ce film drôle et original est porté par des comédiens dont une grosse partie déboule de la série télévisée Plus Belle la Vie. Cette vision subjective d'un rat de laboratoire sur le monde qui l'entoure est agencée en séquences. Le public rit beaucoup. Un peu long dans cette configuration, Comme un Rat gagnerait à être segmenté, il serait alors un rendez-vous de choix quotidien pour les spectateurs de la télévision par exemple.

Jocelyne Silvy : Comment avez-vous conçu ce film ?

Bruno Carrese : C'est parti d'une blague de potache et nous sommes arrivés à ce film, le plus long plan fixe du cinéma, dans lequel vous êtes dans la peau d'un rat de laboratoire. Le film est réalisé sans production. Les comédiens sont assez libres de leur interprétation.

Quelle sera la suite pour ce film ?

Il va faire quelques festival avant d'arriver en salle. Ce film est modulable, il peut être coupé en plusieurs séquences de cinq minutes. Et pour la suite, une multitude de nouveaux personnages sont déjà en réserve.

 

 

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Interview avec Clementine Célarié

Après deux courts métrages La Tombe avec un Lambert Wilson saisissant et Toutes les Nuits avec le danseur Jason Rodger, Clementine Célarié a présenté son premier long métrage Debout, sur son ami comédien Thierry Monfray atteint de la maladie de Charcot. Ce documentaire dépeint le combat mené pour continuer à créer malgré l'évolution inéluctable de cette maladie neurodégénérative. Il a été projeté lors du téléthon sur FR2 à 7h du matin.

Votre premier court métrage est en N&B, le second en doré et le dernier en couleur. Pourquoi avez vous donné un éclairage différent à ces films ?

Clémentine Célarié : J'adore le N&B, et j'ai eu la chance d'être invitée par le chef opérateur Jean-Marie Dreujou pour visionner La fille sur le pont dans sa salle de projection personnelle. Après, j'ai su que je voulais réaliser La Tombe en N&B.

Pour le second, je voulais que ce soit une transcription du N&B en couleur. Thierry Arbogast, spécialiste du doré et de l'argenté, a accepté de le faire, c’était magique.

Pour Debout, il n'y a aucun parti pris dans le tournage mais j'ai voulu refroidir en bleuté les images de la réalité et éclairer en doré les prises sur scène pour symboliser le rêve.

Pourquoi avoir choisi de réaliser un documentaire plutôt qu'un film ?

La maladie avance tellement rapidement, elle s'est déclarée il y a quatre ans, et j'ai voulu raconter le déclin du corps et l'ascension de l'esprit car il est toujours possible de créer. Je voulais montrer le corps qui s'en va mais qui décuple la projection de la vie.

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Quels sont vos projets ?

Je suis en train d'écrire un roman qui parle de l'humanité. Il sortira à la rentrée scolaire et deviendra ensuite un scénario.

J'amorce aussi le montage du prochain documentaire sur Thierry Le danseur immobile, la suite de Debout.

Je termine également l’écriture d'un moyen métrage, une fiction qui sera l'adaptation du spectacle La danse immobile, créé avec Thierry, que nous jouerons en Avignon cet été au théâtre Le chien qui fume. Thierry y incarne le roi de l’immobilité et de la sagesse, ses costumes sont féeriques car nous sommes dans le royaume des roulants (ils glissent), les marchants sont gris car ils ont perdus la joie, analogie au monde matérialiste. Spectacle avec deux roulants et trois marchants.

Mêmes si nos corps nous lâchent, nos rêves, nos idées seront toujours vivants. Le métier que je fais est souvent conventionnel et grâce à Thierry, à ce partage qu'il fait avec moi, cela donne une autre dimension à la vie. Il m'apporte beaucoup d'humour.

Je veux aussi aujourd’hui que la musique occupe une plus grande place dans ma vie, comme à mes débuts, je prends d'ailleurs des cours de chants et je me remets aux concerts


Interview avec Bruno Coulais

Dés le milieu des années 80, Bruno Coulais s'impose comme l'un des compositeurs les plus innovants du cinéma français comme en témoigne ses trois césars de la meilleure musique de films obtenus pour Microcosmos en 97, Himalaya, l'enfance d'un chef en 2000 et Les Choristes en 2005.

Vous êtes à la recherche de sonorités originales, d'instruments extra-muros, de mélange de culture musicale de tous les continents.

Bruno Coulais : En effet j'aime les mélanger avec les instruments occidentaux et aussi avec un orchestre.

Vous avez fait côtoyer la musique tibétaine avec les chants du groupe corse A Fileta .

J'aime beaucoup le timbre de leur voix et leur façon de chanter ensemble. J'ai beaucoup appris des chanteurs traditionnels.

Dans vos créations, vous privilégiez la notion d'ambiance plutôt que narrative.

Pour moi, refaire le film en musique n'apporte rien. La musique doit être plus secrète, plus liée à l'ambiance, au climat général du film, à la lumière et au décor.

Que pensez vous de la tradition symphonique et narrative hollywoodienne ?

Il y a eu des choses merveilleuses avec de grands compositeurs. John William en est le dernier. J'ai déjà fait de telles compositions mais l'âge hollywoodien est passé. J'ai envie aujourd'hui d’expérimenter de nouvelles choses plutôt que de me fondre dans un moule déjà existant.

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Vous ne semblez pas privilégier un style de film ?

En effet, c'est le cinéaste qui m’intéresse. Dans toutes les catégories de films, il y a des cinéastes que j'admire et ce qui compte, c'est la qualité du film. Le cinéma français est très riche et divers : comédie, drame, polar, film étrange ou réaliste, il y a vraiment une palette merveilleuse de films.

Vous venez de terminer la comédie « Gemma Bovery » d’Anne Fontaine qui sort pour la rentrée scolaire. Avez vous d'autres projets ?

J'ai terminé la musique d'un film d'animation irlandais Song of the sea, un conte celte très poignant. J’ai travaillé en collaboration avec un groupe irlandais près de Dublin et le cinéaste Tomm Moore.

Je viens également de finir un film de Benoît Jacot Trois Cœurs avec Benoît Poelvoorde, Charlotte Gainsbourg, Catherine Deneuve et Chiara Mastroianni. Il sortira à la rentrée.

Actuellement, je débute un film d'animation française Mune de Benoît Philippon et Alexandre Heboyan.


Jocelyne SILVY


Bande-annonce du festival

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