Des toiles qu’on disait libres

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La galerie Artset, à Limoges, présente dix artistes dont les travaux ont eu quelque parenté dans les années soixante-dix. Le fil conducteur, on pourrait dire le tissu, est en apparence la toile libre ; on la disait libre, mais elle n’était que travaillée détendue, et sans apprêt en général.

 

 

Exposition

Vers la fin des années soixante, les jeunes peintres sont concernés par des démarches comme celle de Jackson Pollock dont le « all-over » du dripping sur la toile au sol permet d’échapper au dur et limité du tableau, ou par les travaux au sol sur la toile froissée de Simon Hantaï et quelques autres exercices de liberté du geste que relatent L’Art Vivant de Jean Clair et puis Art Press de C. Millet. Dans un entretien très Fluxus avec Ben et moi-même pour ma revue « Identités » en juin1965, Georges Brecht évoque certains de ses travaux antérieurs : « sur des draps, je versais de l’encre puis je les étendais ». Un peu partout, à Lille (Duchêne –Textruction), à Nice, Paris (Pincemin), Montpellier, Bourges (Frémiot) Nîmes, Marseille, Limoges (Mazeaufroid –Textruction)…des artistes qui se cherchent ébauchent des œuvres qui se croiseront et s’enrichiront de leurs diversités. Un ensemble d’expositions circulent « dans les Provinces » de 1967 à 1972 principalement, permettant des rencontres et des échanges. Le passage par l’Ecole d’Art de Limoges de Claude Viallat portant la bonne parole a sans doute influencé les quatre ou cinq de ces peintres qui furent ses élèves. Le Centre a été ensuite particulièrement actif, avec les expositions organisées dans la région par Egidio Alvaro et les activités plus tard impulsées par Charles Le Bouil ou Jacques Bonnaval.

Exposition

On retrouve donc dans l’exposition les noms d’artistes qui ont participé aux expositions des années soixante-dix organisées et souvent bricolées par les copains – nous étions encore dans une sorte de préhistoire : imaginez que n’existaient pas les FRAC, les Centres d’Art, et que les très rares Musées (très très rarement qualifiés de « modernes ») ne s’ouvraient guère à l’art vivant. Si dès l’origine des différences s’affichaient, avec le temps les personnalités ont affirmé leurs options originales. Jean Mazeaufroid, par exemple, avec le groupe Textruction, pratiquait le texte dans l’inscription picturale (J. Frémiot aussi, d’une autre façon). D’autres cadraient plus volontiers la répétition de la forme ou du geste, ou (comme Jean-Pierre Bort) allaient vers l’objet dans une démarche ethnologique simulée qui les rapprocherait plutôt des anciennes démarches de Daniel Dezeuze… Sans doute une exposition qui ferait suite à une exploration plus scientifique, d’au moins une trentaine d’artistes ayant pratiqué entre 1967 et 1975 dans ces voies, confrontant des groupes contemporains comme Textruction, Supports-Surfaces, le Groupe 70 (de Nice) et les nombreux isolés, donnerait mieux sens à chacune des pratiques. Pour l’instant cette monstration locale indique ou amorce un intérêt renouvelé pour la peinture d’une période féconde qui dans son ensemble reste trop méconnue.

Exposition

(À voir Galerie Artset, 37 boulevard Carnot, Limoges, du 26 avril au 22 mai 2014 : Dominique Gauthier, Joël Frémiot, Claude Viallat, Jean Mazeaufroid, Max-Alain Grandjean, Jean-Pierre Bort, Geneviève Jamart, Rémy Pénard, Joël Debouiges, Serge Fauchier.)


Marcel Alocco

Nice, avril 2014