Fin de saison au CEDAC : sax à gogo

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Le programme 2013 - 2014 de la salle Grappelli du CEDAC de Nice aura comblé les amateurs de jazz contemporain. En début de saison, ils ont pu apprécier le quartet de Chris Potter, le 5 octobre venu présenter son dernier disque, The Syrens publié par ECM et le trio de Carla Bley (1), le 17 octobre. Pour clôturer en beauté cette saison, trois légendes du saxo sont à l'affiche : David Liebman, Ellery Eskelin et Marc Turner.

 

 

Concert

Dave Liebman ou la modernité en Jazz

Place d'abord à un des maîtres incontestés du saxophone soprano, David Liebman, qui se produira le 25 avril en compagnie d'un sax tenor, sans doute moins célèbre mais tout autant intéressant, Ellery Eskelin. Le premier est bien connu des vieux habitués de la salle du CEDAC où, au cours des années 80, il s'est produit à plusieurs reprises avec sa formation la plus connue (2), « Quest », quartet de rêve, disparu en 1990 et ressuscité en 2007. Si Liebman a connu la gloire à 25 ans (3), grâce à sa participation entre 1971 et 1974 à la formation électrique de Miles Davis, il n'en en pas resté là. Pédagogue reconnu, il est l'auteur notamment d'un traité sur l'improvisation (4). Compositeur foisonnant et interprète inspiré des grands noms du jazz contemporain, notamment Coltrane, Wayne Shorter, Miles et Ornette, mais aussi de Kurt Weill, Puccini et les Beatles, il est tout aussi à l'aise en big band qu'en duo et a frayé, des deux cotés de l'Atlantique, avec tout ce que le monde du Jazz compte d’innovateurs. Car toutes sa production discographique, environ quatre cent disques, comme leader ou accompagnateur en un demi siècle de carrière, reste marquée du sceau de la modernité. Son style d'une grande vélocité allie expressivité et intensité. Son parcours des lofts free du New York de la fin des années soixante aux recherches actuelles de l'Ensemble Inter-contemporain de Paris, qui lui ont permis de faire siennes toutes les expérience du Jazz des cinquante dernières année font de ce créateur le meilleur ambassadeur d'un jazz à la fois exigeant et créatif mais également accessible.

Elley Eskelin ou le bouillonnement new-yorkais

Elley Eskelin, né en 1959, est issu d'une famille de musiciens et pratique le sax ténor dès son plus jeune âge. Il rejoint très tôt New-York où il parfait sa formation, notamment auprès de Liebman et de George Coleman. A partir de 1990, il est un habitué de la Knitting Factory, vivier de la nouvelle scène musicale new-yorkaise. Il connaît la notoriété avec son trio créé en 1994 et composé d'Andrea Parkins (qui joue de l’accordéon et de différents claviers) et de Jim Black (batterie et percussions). Grâce au soutient du label suisse Hat Hut qui produit une dizaine d'albums du trio, il peut approfondir son travail. Celui ci concerne les rapports entre contraintes formelles et improvisation et une pratique musicale dans la tâche des différents interprètes n'est pas prédéfini. Parallèlement, il continue à participer aux enregistrements de quelques fortes personnalités du jazz contemporain comme le batteur Joe Baron, le contrebassiste Mark Hélias, le violoncelliste Erik Friedlander, le guitariste Mark Ribot, etc.

Vus leurs parcours respectifs, Liebman et Eskelin étaient fait pour travailler ensemble. Sous l'égide de Hat Hut, ils ont bâti un quartet ayant également pour membres le batteur Jim Black et le bassiste Tony Marino et enregistré un premier disque en 2005, suivi de deux autres (5). Le groupe se produit périodiquement. Son passage à Nice est donc un événement que les amateurs de jazz vivant ne sauraient manquer, d'autant plus que ce concert est la seule date française de la tournée.

Un quartet sophistiqué et groovy

Par un des hasards de la programmation vient, un mois plus tard (le 23 mai), le quartet d'un des membres de Quest, Billy Hart. Parmi les musiciens de cet orchestre (6) on note la présence du saxophoniste Mark Tuner qui s'était produit au B Spot de Nice en duo avec le pianiste Baptiste Trotignon en octobre dernier.

Billy Hart (né en 1940) est une légende de la batterie qui a côtoyé les plus grands : Miles Davis, Stan Getz, Herbie Hancock, Charles Lloyd, etc. Sa discographie est aussi impressionnante que celle de Joe Lovano ou Michael Brecker. Le quartet, si l'on en juge d'après leurs deux derniers CD (7) s'inscrit dans la lignée du be bop cérébral auquel le saxo de Mark Turner, apporte chaleur et lyrisme. Ce musicien que l'on rapproche souvent des disciples de Lennie Tristano que sont Warne Marsh et Lee Konitz fait partie de cette génération de musiciens ayant passé la quarantaine et riches d'une solide formation musicale qui faisait souvent défaut à leurs aînés. A coté de Brad Meldau, Joshua Redman, Roy Hargrove et d'autres, il incarne un main stream pas complexé qui renouvelle le répertoire, tente d'intégrer les nouvelles formes musicales issue de l'utilisation de l'informatique et continue à payer son tribut à la tradition.

Le CEDAC de Cimiez, salle de taille moyenne, offre le format idéal pour apprécier le travail de ce quartet aussi sophistiqué que groovy.


Bernard Boyer


(1) Composé de Steve Swallow (basse) et Andy Sheppard (sax) ;

(2) Richie Beirach (piano), Ron McClure (basse) et Billie hart (batterie) ;

(3) Il est né en 1946

(4). « Une approche chromatique à l'harmonie et à la mélodie de jazz » , 1993, Advance SI ;

(5) Different but the Same (2005), Renewal (2008), Non Sequiturs (2012) ;

(6) Ethan Iverson (piano), Mark Turner (sax tenor), Ben Street (basse)

(7) « All Our Reasons » et « One Is the Other », ECM Records, 2012 et 2014.