La Friche en pleine floraison

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Vendredi 11, samedi 12 et dimanche 13 avril, c’était Made in Friche. La Friche la Belle de Mai, lieu culturel incontournable à Marseille, regroupe salles de spectacles, d’expositions ainsi que des structures artistiques et culturelles de diverses disciplines : théâtre, musique, art contemporain, radio ou encore danse. Ce week-end tout y était : rencontres, musique, ateliers, expositions...

 

Outre de nombreux impromptus, concerts, ateliers de graffitis ou d’écriture numérique, quatre expositions ont pris leur quartier dans la Tour Panorama. Les visites, gratuites et en accès libre, débutaient dès le deuxième étage avec la mise à l’honneur du célèbre architecte du Mucem, Rudy Ricciotti, Grand Prix national de l’architecture en 2006.


Ricciotti ou l’art en béton


Cette exposition était l’occasion de mettre en lumière le matériau de prédilection de l’architecte : le béton. Disposés au sol : des poteaux du Mucem de plus de 1,3 tonne, une résille de façade - matrice en bois pour la réalisation de moule - de 320kg, des éléments de toitures du Stade Jean Bouin de près de 600 kg. Une idée précise de la monstruosité du matériau et du travail de Ricciotti.

Deux écrans sont mis à disposition du public afin d’en apprendre davantage sur l’architecte mais aussi sur les différents travaux menés à terme, en projet ou encore n’ayant pas été retenus. Du bout des doigts, il est facile de passer d’un monument à l’autre, d’accéder aux descriptions, aux différentes photos –réelles ou de synthèses- et même aux plans et coupes. Une belle façon d’interpeller et de sensibiliser le public au travail de Ricciotti. Pendant ce temps, défilent sur les murs blancs, les différents travaux de l’architecte alors que des photos prises par Lisa Ricciotti ou encore Olivier Amsellem trônent et immortalisent artistiquement le Musée Jean Cocteau à Menton ou encore le Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée à Marseille. Une interview de Ricciotti est également diffusée dans la salle sur un petit écran, tout à côté d’aquarelles d’Yvan Salomone qui, par leur couleur, apportaient un peu de douceur à cet univers froid et pourtant si chaleureux.

Une exposition complète qui plonge intégralement le public dans l’univers Ricciotti, architecte.

A voir jusqu’au 18 mai.


Les chicanos en portrait


Au quatrième étage se tient l’exposition Asco And Friends : Exiled Portraits. Né en 1972, le groupe Asco – qui signifie nausée en espagnol – développe des stratégies conceptuelles en réponse aux nombreuses injustices et violences dont ils sont victimes au quotidien dans leur quartier de East Los Angeles. Les membres fondateurs sont : Harry Gamboa JR, Gronk, Willie F. Herron III et Patssi Valdez. Ils ont eu recours à la performance, la photographie, le film, l’intervention urbaine et l’art public pour répondre aux inégalités politiques et sociales.

Cette exposition, constituée de portraits, met en valeur le travail d’Asco et sa volonté de montrer ce qui était absent à l’époque : la communauté chicano. Pris dans les rues qui deviennent leur décor de leurs performances, films ou encore vidéos, ces différents portraits révèlent des visages, des instants pris sur le fait, des murs taggués. Tout ce que la société de l’époque ne montrait pas. Asco parodiait également les films hollywoodiens et les nombreuses récompenses remises aux artistes. Ils ont alors eux-mêmes créé leur No Movie, partie de l’idée que tout le monde peut faire un film. Gronk dira des No Movies qu’il s’agit là de « projeter la réalité sans la bobine » (« The real without the reel »). Dans leurs mises en scènes caricaturales, les crimes dégoulinent de ketchup et leur récompense est un Cobra. D’ailleurs, le célèbre trophée trône sous vitre. Dans une pièce, tout à côté, sont diffusés quelques passages de leur No Movie et un reportage sur eux, Mur Murs, réalisé par Agnès Varda.

Une belle plongée dans l’univers de ce groupe chicano qui a su, artistiquement, résister aux injustices sociales et crier leur existence.

A voir jusqu’au 6 juillet.


L’Art dans tous ses états


Speech Mesh – Drawn OFF est la première exposition monographique française de l’artiste américaine Erika Vogt. L’Art, sous toutes ses formes, est représenté : la vidéo, la sculpture, la peinture mais aussi le son. L’art d’ Erika Vogt part de ces vidéos qui s’appuient sur des objets réels à partir desquels elle crée des peintures. Dessinées à la main, puis numérisées afin d’ajouter de la couleurs, des éléments et surcharge, ces peintures sont ensuite accrochées aux murs. Certaines d’entre elles tombent au sol et deviennent alors des sculptures suspendues. En tournant sur soi-même, sont tenus par de grandes cordes, qui vont et viennent, ces objets, bien réels : une ancre, un boulon, une jarre… Et, dans cette ultra-stimulation des sens, la musique, comme un souffle rapide, vient parfaire l’univers artistique d’Erika Vogt.

A voir jusqu’au 18 mai.


L’envoûtante errance


Au dernier étage, derrière un rideau noir, se cache la porte qui nous fait entrer dans un univers tout particulier, dans un autre monde.

L’installation de Christian Rizzo et Caty Olive, Ou pas, est un projet pour le Ballet National de Marseille dans le cadre du Printemps du BNM. Christian Rizzo s’est formé aux arts plastiques à la villa Arson à Nice avant de s’orienter vers la danse. En 1996, il fonde l’association Fragile, et présente des performances, pièces solos ou de groupes en alternance avec d’autres projets hybrides ou commandes pour la mode, l’opéra et les arts plastiques. Il enseigne également dans des écoles d’art en France. Actuellement en tournée nationale et internationale avec D’après une histoire vraie, créé au festival d’Avignon 2013. Caty Olive, quant à elle, crée des espaces lumineux. Elle oscille entre projets dans les champs du spectacle vivant, de l’architecture ou des expositions et réalise des installations plastiques.

L’installation Ou pas a pris vie à partir des 3.500 costumes du Ballet National de Marseille. A même le sol, s’entremêlent des bouts de tissus chargés d’Histoire sur lesquels déambulent dans des mouvements très lents, deux performeuses, habillées très simplement, une capuche sur leur tête baissée. La scène se passe dans la pénombre, la lumière apparaît à divers endroits et changent progressivement de couleur, d’intensité et point de chute. Ce manque de visibilité oblige à se concentrer sur les mouvements, les silhouettes et ombres projetées sur les murs. La musique, presque intersidérale, participe à l’ambiance onirique, fantasmagorique de la scène.

Un grand moment de tension qui vous envoûte et vous déconnecte de la réalité.

A voir jusqu’au 29 juin.


Ce week-end Made In Friche a su, une nouvelle fois, proposer des manifestations artistiques et culturelles aussi diverses que variées.

Une belle réussite !


France Bruey


Friche de la Belle de Mai

Entrée 1 : 41 rue Jobin (piétons) - Entrée 2 : 12 rue François Simon - 13003 Marseille

http://www.lafriche.org - tél. 04 95 04 95 95