Camille Claudel et Rodin

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Les vies des deux sculpteurs ont suscité du roman et du cinéma, les auteurs plongeant volontiers avec gourmandise dans un romantisme anecdotique dans lequel les personnes travesties en personnages de drame éclipsaient les enjeux artistiques.

Comme dans beaucoup de biographies, le récit inclinait à la vulgarisation schématique, la dramaturgie fictionnelle prévalait jusqu’à se substituer à l’analyse. Le sous-titre choisit par A. Le Normand-Romain, « Le temps remettra tout en place », indique bien l’intention de l’auteur de se dégager du récit légendaire, de raconter et analyser œuvres et discours en historienne. Le roman de Camille et Auguste prend d’autant plus de résonance que les deux artistes représentent dans cette période de transition du dix-neuvième au vingtième siècle une sorte de chant du cygne de la sculpture classique déjà imprégnée des tentations d’expressivité qui vont disloquer les pratiques académiques. « L’homme penché offre une référence à Michel-Ange, signe évident de l’influence de Rodin »…et dit que nous sommes loin encore de « Tête » (1911) ou le « Nouveau-Né » (1915) de Brancusi, et même des sculptures de Germaine Richier ou de Giacometti. Auguste Rodin meurt en 1917, l’année de la première exposition par Marcel Duchamp de son célèbre Ready-made « Foutain » : coïncidence on ne peut plus symbolique…

 

Dans cet ouvrage, qui situe la naissance des œuvres dans le contexte général et privé, l’analyse comparée des sculptures est pertinente. L’histoire de la relation amoureuse entre Camille et Auguste est remise en perspective : on y voit le soutien persistant jusqu’au bout du maître à l’amante qui pourtant le fuit. À l’opposé nous pouvons constater que la position de Paul Claudel n’a pas dû aider à restaurer l’état mental de sa sœur. D’après ce qu’il écrit à Marie Romain-Rolland, le temps n’avait semble-t-il pas apporté à l’autoproclamé chrétien la pratique de la charité et du pardon : « Sachez qu’une personne dont je suis très proche a commis le même crime que vous et qu’elle l’expie depuis 26 ans dans une maison de fous. Tuer un enfant, tuer une âme immortelle, c’est horrible ! C’est affreux ! comment pouvez-vous vivre et respirer avec un tel crime sur la conscience. » À ce Paul là, on peut préférer Auguste.


Marcel Alocco.

 

Camille Claudel et Rodin

Par Antoinette Le Normand-Romain

Éditions du Musée Rodin et Hermann Ed. 2014