Scorsese-DiCaprio, une success story hollywoodienne

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La comédie noire Le Loup de Wall Street, actuellement à l’affiche, marque la cinquième collaboration entre le réalisateur Martin Scorsese et l’acteur-producteur Leonardo DiCaprio. Quelle est cette attraction réciproque qui les propulse une fois encore à la tête du box-office ?

 

 

Film

Des racines latines communes

Scorsese, d’origine sicilienne, a grandi dans le quartier de Little Italy à New-York et DiCaprio, né d’un père napolitain, doit son prénom à Léonard de Vinci… ça crée des liens ! Acteur débutant dans les années 1990, Leonardo découvre le cinéma de Scorsese grâce à son idole Robert De Niro. Les thèmes abordés par le maître le fascinent : la confusion entre le bien et le mal, le machisme, la culpabilité, la rédemption,… tout autant que ses personnages mafieux filmés dans un cadre romanesque et réaliste. De son coté, Scorsese apprécie l’acteur en herbe qui, de surcroît, lui est recommandé par De Niro ! La boucle est bouclée, l’aventure peut commencer.

L’élève et son pygmalion, une confiance mutuelle

Après le succès mondial du Titanic et des films commerciaux, Leonardo (du haut de ses 26 ans !) se cherche. Quant à Scorsese, il vient d’essuyer une série d’échecs et ne trouve personne pour financer ses projets. Le jeune acteur bankable frappe à sa porte. Tous deux comptent sur leur collaboration pour rebooster leur carrière respective. Ils tournent Gangs of New-York, fresque violente qui saisit la naissance d’un monde accouchant dans la douleur et la rue. On y retrouve les ingrédients scorsesiens portés à l’écran par un DiCaprio au visage angélique mais d’un caractère bien trempé. Son ambivalence traduit fidèlement les interrogations du réalisateur. Si le succès n’est pas au rendez-vous, le courant est passé entre les deux hommes qui partagent un amour du 7e art flamboyant, démasquant les tares du rêve américain. Ils réitèrent avec Aviator qui s’inspire de la vie tourmentée d’un riche industriel, Howard Hughes, aspiré par ses passions : les avions et le cinéma. Chacun livre sa partition : Scorsese filme, sur fond d’âge d’or du cinéma hollywoodien, la métamorphose du jeune homme séduisant en adulte pathétique, hanté par ses démons ; DiCaprio se lance dans une performance d’acteur entre grandeur et décadence qui lui vaudra un oscar. Il confie « ensemble, nous inventons, improvisons et creusons de plus en plus profond ».

Film

Un couple de cinéma qui fête ses 10 ans

Encouragés dans « leur entreprise », ils sortent en 2006 un policier, Les infiltrés. Le plus gros succès public du réalisateur qui renoue avec son thème de prédilection, la criminalité organisée. DiCaprio partage l’affiche avec une brochette d’acteurs de haute voltige. Mais c’est avec le thriller psychologique Shutter Island que l’acteur révèle toute la subtilité de son jeu. Le climat paranoïaque créé par son mentor lui donne l’occasion de s’impliquer totalement dans son personnage obscur. A l’issue du tournage, les deux ne tarissent pas d’éloges pour l’autre. Scorsese déclare qu’il peut s’appuyer sur la vitalité de son acteur et qu’« ils parlent le même langage émotionnel et psychologique », tandis que Leonardo - appréciant la confiance que lui témoigne Martin -, l’admire pour son esprit « punk rock ». Le temps d’une pause (Scorsese pratique la méditation transcendantale et Leonardo s’investit pour la cause écologique !), 2013 les réunit de nouveau pour Le Loup de Wall Street. En portant à l’écran les mémoires d’un courtier, ce « Caligula moderne » sans foi ni loi, évoluant dans la finance (autrement dit dans les hautes sphères du pouvoir), le duo prouve encore une fois son talent (et sa fascination ?) à démasquer la face sombre de l’Amérique, miroir des tourments humains.


Aurèle M.