BOJAN Z, L’AMBASSADEUR DU JAZZ BALKANIQUE

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Concert au Théâtre de la Licorne - Cannes la Bocca - Un événement MJC Picaud

« Il me faut un lien fort pour jouer un morceau ». Bojan Zulfikarpašić, dit Bojan Z, a réussi à créer ce lien samedi 1er mars 2014 au Théâtre de la Licorne. Le pianiste d’origine serbe avait choisi le public azuréen pour expérimenter son nouveau projet : jouer les morceaux de son dernier album solo Soul Shelter1 en les accompagnant d’images projetées sur un écran en fond de scène. Plus qu’un concert : un spectacle, dont nous étions les premiers témoins.

 

« Au commencement fut un rythme tribal ». Muni d’un Steinway et d’un Rhodes Fender relié à des pédales d’effets, Bozan Z entame l’intense morceau Full Hall Moon dédié à Sarajevo, en frappant ses mains sur les parois du piano. Derrière lui, des traits blancs sur fond noir s’entrecroisent comme des fils barbelés, des routes ou peut-être des passages. Le public est emporté dans un univers très personnel qu’il ne quittera pas, tant le pianiste a mis de sa vie dans ce projet.

Il y a tout d’abord ses souvenirs. Les images qui défilent sont issues de photographies qu’il a prises lors des ses pérégrinations et qui ont été travaillées par la scénographe serbe Yasmina Holbus. Elles sont, dira t-il « non pas une illustration mais un lien poétique avec la musique ».

Et quelle musique ! Son répertoire, quasiment exclusivement composé de ses créations, est un paysage unique où se mêlent musique classique, folklore balkanique et jazz. Leur dosage est si subtil qu’il constitue à lui seul un style qui rend le pianiste immédiatement reconnaissable. Une atmosphère de bohème s’en dégage, une Bohemska, comme le titre du second morceau qu’il dédicace à tous les nomades, qu’ils soient Roms, Manouches ou Gitans...

Bojan Z

Bozan Z nous fera plonger dans son enfance, bercée par la musique et par un morceau en particulier, joué et rejoué par son père au piano, comme un rituel. A la mort de ce dernier, ce morceau prendra une importance dans son cœur et le poussera à en rechercher le nom. Il fera hommage à la version de son père et rebaptisera ainsi cette romance hongroise Dad’ favorit.

Pour clore ce spectacle, il jouera Sizuit Forever. Mais qu’est-ce donc que ce mot étrange Sizuit ? Tout simplement une métrique en 6/8 ! Bojan explique :

« Quand j’étais jeune, j’ai rêvé d’une solution pour devenir musicien de jazz : devenir noir et, si possible, africain ! Le jour où j’ai pu travailler avec des musiciens d’Afrique du Nord a été un grand jour. Ils se sont mis à jouer un chaâbi. Je tapais dans mes mains. Mais ils me regardaient très bizarrement. En fait, je tapais le rythme à l’envers. C’était un rythme en 6/8 ; en sizhuit comme ils le prononcent. Il m’a fallu plusieurs mois pour le maîtriser. Et voilà comment est né le morceau Sizhuit.

Il en sifflera les dernières notes à l’unisson avec le piano, avant d’être acclamé par ses fans pour un bis qui sera consacré, une fois n’est pas coutume, à un standard peu connu de Duke Ellington : On a Turquoise Cloud.

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L’exercice difficile du piano solo requière une technique parfaite et une personnalité artistique accomplie. Bojan Z possède les deux. Le pianiste virtuose n’a pas hésité à s’exposer à son public – s’exposer, je dirais presque Full Moon - tant musicalement puisqu’il était le seul musicien sur scène, qu’humainement, en lui faisant partager son histoire.

Il est rare qu’une telle proximité s’instaure entre un musicien et son public. Bojan nous a confié ses souvenirs, son âme…

Nous étions son Soul Shelter.


Yaël Angel


Site de l’artiste : http://www.bojanz.com/

Album Soul Shelter, 2012, Universal Music

1 En français « Abri d’âme ». Le premier album solo de Bojan Z est « Solobsession », sorti en 2000