BEN (Vautier) sur le Mont Chauve

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Galerie Maud Barral Nice, Ben s’en prend au Mont Chauve, histoire de faire un pied de nez au vieux Paul. C’est pas bien ça, petit Benjamin, de se moquer depuis le vingt-et-unième siècle du poussiéreux dix-neuvième. D’autant que le pauvre Cézanne n’avait que pinceaux et tubes de couleurs et partait avec un lourd handicap : il ne connaissait pas les Pop’artistes, Fluxus, le néon et le jeune Martial, rien quoi, ignare.

 

 

Ben

Depuis le port de Nice, on ne voit pas le Mont-de-chaux. Chaux, pas chauve, ce nom géographique français serait une erreur de traduction de ces pauvres incultes venus de Paris qui n’entendaient pas le nissart et confondaient blancheur et calvitie. Et Ben nous gratifie d’entrée d’un vaste et vertical relief immaculé. Et puis comme d’habitude il commente, et peint – il essaie. Il pose la question : c’est quoi la peinture ? Vous me direz, Cézanne lui aussi s’est posé la question, depuis sa première palette jusqu’à sa dernière toile. Ben y répond à sa façon déroutante, « un geste de droite à gauche ». Ce qui pour un droitier occidental est plutôt… gauche.

Ben

Bon, il avoue avoir pour la circonstance épuisé ce qu’il restait de couleurs dans ses pots. Il a bien joué, il jubile le Benito. En deux mois autant de Mont Chauve que Paul Cézanne de Sainte-Victoire en une vie. Ce seraient les 10 secondes 6 dixièmes de Don Lippincott (1912) contre les 9 secondes 58 d’Usain Bolt (2009). On n’arrête pas le progrès de l’alpinisme, même au niveau de la mer, sur les quais du port de Nice où est la Galerie amarrée. En murs de solides pierres, rassurez-vous, Ben a de quoi s’accrocher.

Ben

Les Monts Chauves les plus « picturalement » intéressants sont des reliefs horizontaux, sortes de sculptures mamellaires (phantasmes béniques, les revoilà !) sur lesquelles des peintures versées évoquent des volcans qui m’ont renvoyé à l’enfance. Non par les seins (quoi que) mais par la rumeur de cours de récréation qui disait le Mont Chauve ancien volcan éteint… qui pourrait un jour se réveiller. Rumeur de vieux napolitains nostalgiques naturalisés niçois depuis longtemps.

Depuis mon école primaire, rive gauche du Paillon, pas de vue sur le Mont Chauve, seulement le Mont Boron et le Mont Alban : Borée et aube aux bras blanc, tout en poésie voyez-vous. Qu’importe : une médaille en chocolat à ceux qui dans les tableaux de Ben (Vautier) reconnaîtront de quelle montagne il s’agit, hors celle mythique qui hante les cellules grises du maître de Saint-Pancrace. Car c’est bien un mythe de « La Peinture » qui est ici ébauché par un peintre raté, puisque ratés tous le sont heureusement, ce qui permet à ceux qui arrivent d’essayer d’être enfin « Le Peintre ». Et, ici et maintenant, à Ben de produire un exercice jubilatoire, à tracer de droite à gauche un peu de son portrait, Ben soudain rajeuni sortant enfin de ses rails aux discours répétitifs des mots, des mots, des mots, portrait – Ô surprise ! – qui s’appellerait Ego, Ego, Ego.

Ben

Marcel Alocco

Nice, février 2014