Ultra Violet : SELfie

PDFImprimerEnvoyer

Nous connaissons le travail d'Isabelle Dufresne, alias Ultra Violet, sur les anges (on devrait voir bientôt sur le Quai des États Unis, à Nice, un ange de 15 mètres de haut, en métal et verre). Ces êtres mythiques, messagers des dieux, qu'elle a revisités en "anges à réaction", XXIe siècle oblige, ont gardé leurs ailes mais volent à 3000 km à l'heure, laissant derrière eux des traînées de lumière à la manière des avions supersoniques ou des étoiles filantes.

 

Ultraviolet

Si quelques uns sont encore présents à la galerie Depardieu, l'exposition actuelle est consacrée à son nouveau travail sur l'autoportrait.

Ultra Violet aime les cadres depuis toujours, ils ont déjà servi de support à plusieurs de ses œuvres. Ceux qui sont présentés, en résine transparente, étaient depuis longtemps dans son atelier. Elle les avait choisis pour leur beauté simple, intemporelle. Ultra remarque d'ailleurs que le mot "beauté" semble avoir disparu du vocabulaire. Pour elle, la beauté est pourtant présente partout, dans sa simplicité et sa séduction naturelle.

« C'est le regardeur qui fait le tableau ». Tout le monde connaît cette célèbre maxime de Marcel Duchamp, qui, en dévoilant le statut complexe de la perception, a révolutionné l'art. Révélant l'importance de la subjectivité dans l'appréciation d'une œuvre d'art, elle nous enseigne aussi qu'en abordant la création par la raison seule, cela ne suffit pas, son essence nous échappe. Pour qu'un objet intéresse, il faut qu'il ait une résonance en nous, qu'il se révèle par l'intuition et la communication d'inconscient à inconscient.

Ultra Violet redouble ce questionnement en nous présentant une série de miroirs joliment encadrés où elle propose à chacun d'entre nous de conférer à son propre reflet le statut d'œuvre d'art.

Ses autoportraits, Self-Portraits, Selfies, sont des ready-made instantanés et monochromes. Ils filtrent notre image en la colorant de teintes douces et apaisantes. Une référence aux miroirs anciens aux couleurs délavées, tendant vers le vieil or. Ils réfléchissent une image fugace, à la fois statique et mobile, qui, contrairement à la photo ou à la peinture, n'arrête pas le temps.

Dans les cadres, le mot "self portrait", inscrit en creux, s'imprime sur le visage du regardeur pour lui rappeler que le miroir ment, qu'il renvoie une image inversée et qu'il y a autant de self portraits possibles que d'instants de vie.


Alain Amiel


L'exposition à la galerie Depardieu est prolongée jusqu'au 8 mars 2014.

Voir son site : http://www.ultravioletweb.com/