Le Duduk, un son à éveiller l’âme

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Lévon Minassian emporte les spectateurs dans un voyage vers l'orient par les notes nostalgiques et envoûtantes du Duduk, début février à Marseille au théâtre Toursky, dans son spectacle le murmure des vents.

 

Un moment de grâce, une parenthèse dans ce monde à la dérive, un soleil chaud et vif sur scène alors que dehors l'orage gronde, tel est le sentiment du public du murmure des vents. Ce spectacle, placé sous le signe de l'amour et du partage, exprime l’âme du peuple arménien. Mais la longue plainte du Duduk évoque et pleure l'humaine douleur universelle. L’essence de l'être s’envole sur les notes de cet instrument vieux de trois mille ans.

Lévon Minassian, accompagné par des musiciens venant d'Italie, d'Espagne et de Suisse a su marier la sonorité du Duduk aux autres instruments classiques et modernes. Une vraie fusion de la musique, de la poésie et de la danse. Il s'est entouré de seize artistes. Des musiciens de haut niveau dont le celèbre Quatuor à cordes Nor Arax, partenaire d'Elton John, Luciano Pavarotti, Joe Cocker..., le guitariste flamenco Pedro Aledo et le piano à queue de Marjorie Bourgeois lui donnent la réplique ou en soli. La danseuse élancée, Sandra Français, avec ses bras et ses mains, évoque une vestale faisant une offrande aux dieux. Richard Martin et Kelly Martins donnent leur voix pour réciter des poèmes lourds de sens. Une artiste peintre finit sa toile sur scène. A mesure que le spectacle avance, le cadre se tourne vers les spectateurs pour symboliser l'ouverture sur le monde. Le dessin représente le printemps et la renaissance. Ce mélange des arts amène du contemporain pour cet instrument millénaire.

Levon Minassian

Différents tableaux, mis en scène par l'éclairage, vont se succéder au fil du spectacle, mettant en valeur l'un ou plusieurs protagonistes : la guitare flamenco, le quatuor, le Duduk, la voix ou plusieurs artistes ensemble. Le duo Duduk-Kamantcha génère particulièrement un sentiment de sérénité et entraîne dans l'évasion. Les notes graves et mélancoliques de cette combinaison d'instruments évoquent les temps anciens, la Kamantcha existe depuis deux mille ans, mais aussi cette éternelle nostalgie commune à l'homme.

Lévon Minassian nous a charmé ce soir avec le son magique du Duduk , le chant n'est cependant pas son point fort. Cet être, hypersensible et très ouvert comme le décrivent ses amis, dédie tous ses concerts à sa femme Sylva décédée il y a deux ans.

Lévon Minassian lance un appel aux voyages vers l'orient, vers des pays lointains. Notre cœur s'ouvre et notre âme s’éveille. Cette dernière semble planer au dessus de plateaux, de chaînes de montagnes élevées, de lacs et de la plaine de l'Ararat caractéristiques de l’Arménie. Une soirée lumineuse et réussie.

« Ils sont très forts musicalement et vocalement avec un point fort pour le chanteur andalou qui m’émeut » déclare un spectateur à la sortie du concert.

Lévon Minassian est né le 9 octobre 1953 à Marseille, dans le quartier de Saint Jérôme. Il débute le Duduk dés l'âge de 14 ans. Vers la fin des années 70, il se rend en Arménie pour se perfectionner auprès de maîtres, notamment auprès de Djivan Gasparian et de Valodia Haroutiounian. En 1992, un événement change sa vie : Peter Gabriel le sollicite pour participer à son album Us puis pour ouvrir en solo les concerts de sa tournée mondiale Secret world live tour. Depuis, Charles Aznavour, Patrick Fiori, Hélène Segara, Christophe Maé, Daniel Lavoie... ainsi que des personnalités de la world music, Sting, I Muvrini, Simon Emerson, Manu Katche..., ont collaboré avec lui. En 2002, cet artiste a recu le trophée des grands maîtres à Gumri, ville d'Arménie et berceau du Duduk. Parallèlement, Lévon Minassian participera à l'élaboration de Bandes Originales de Films avec le compositeur de danses et musiques de film Armand Amar, notamment Amen, Le Couperet, La terre vue du ciel, Vas vis et deviens, Indigènes...


Interview réalisé à la fin du spectacle

Levon Minassian

Jocelyne Silvy : Lorsque vous jouez, votre cœur semble se révéler

Lévon Minassian : Avec le Duduk, toute mon émotion apparaît au grand jour. Aucun mot, aucun autre instrument ne pourrait l'exprimer aussi bien. C'est indescriptible tout ce qu'il transmet, toute cette sensibilité qu'il génère. Quand je répète à la maison, je suis étonné qu'un simple bout de bois percé de neuf trous puisse dégager un tel son. Cet instrument est un don du ciel. En 2008, Le Duduk et sa musique ont été inscrits par l'Unesco au patrimoine culturel immatériel de l'humanité pour représenter l’âme universelle des peuples.

Pourquoi avoir choisi de marier le Duduk à d'autres instruments ?

Je suis pour l'ouverture et je veux dépasser les frontières. En mêlant la musique traditionnelle avec la musique du monde : classique, flamenco, Kamantcha, guitares, cordes...., le Duduk n'est plus seulement un instrument folklorique, il devient un instrument universel. Il peut entrer dans le jazz, le rock, le classique... Selon son interprétation. Je voulais le faire connaître dans le monde entier

J'ai mélangé le Duduk de mes origines, française et arménienne, avec les musiques de mon enfance, espagnole et anglaise. La musique traditionnelle est respectée dans la juste interprétation mais recomposée de manière à y inclure des instruments plus modernes.

A partir de quel moment avez vous voulu intégrer toute cette modernité dont vous me parlez aujourd'hui ?

Lorsque j'ai commencé à travailler avec Peter Gabriel pour la tournée mondiale j'ai rencontré beaucoup de musiciens africains, anglais, indiens... j’ai appris le partage sur scène et mon parcours a alors changé. Les musiciens ne sont pas là aujourd'hui seulement pour m’accompagner, je leur laisse la place. Je désire porter l'émotion et mélanger les genres. J'ai voulu ouvrir les sonorités du Duduk à l'art, à la peinture, la danse, la chanson... C'est un moment de partage exceptionnel et généreux.

Après l'ouverture de Peter Gabriel, vous avez joué dans divers supports ?

J'ai collaboré dans des musiques de films et de reportages comme la passion du christ, David vient, l'enfant endormi...j'ai travaillé principalement avec mon ami Armand Amar à Paris, le compositeur de la BO de nombreux films cela m'a ouvert beaucoup de portes.

Depuis mon passage dans l'émission de Michel Drucker, en novembre, qui est passée dans sept pays, il y a de nombreuses retombées pour les concerts.

Avez-vous baigné dès l'enfance dans un univers musical ?

Nous jouons en famille : mon père du violon, mon oncle du piano, ma sœur et mon frère chantaient et ma petite sœur récitait.

Vous êtes décrit comme un être sensible, le pensez-vous vous même ?

Les gens citent ma façon de donner, ma sensibilité mais c'est mon épouse Sylva, que j'ai perdu, qui m'a taillé dans le roc. A 16 ans j’étais jeune et instable, elle m'a sculpté toute sa vie et je lui dois ce que suis devenu aujourd'hui. Pendant 41 ans, nous étions main dans la main tous les deux. Elle a présenté mes concerts, elle me conseillait dans les choix musicaux, elle a été à l'origine du livre le murmure des vents...

Avant de partir elle m'a dit « je voudrai que tu sois le capitaine de notre navire et que tu ailles au bout de notre travail. Fais attention aux enfants ». Mes deux enfants et ma femme m'ont permis d'en arriver là. Je ne l'oublierai jamais . C'est un trésor de vie.

Quel est votre plus beau souvenir de musique ?

Lorsque j'ai fait l’ouverture avec Peter Gabriel devant 130000 personnes. Avec ces artistes d'un niveau si élevé, la pression était immense mais à la hauteur de la musicalité et surtout du plaisir.

Vous avez déjà sorti deux disques en 2003 et 2006, avez vous mis le troisième en route ?

Je le prépare en ce moment, il sortira en avril-mai 2014. Je désire travailler différemment des deux premiers, innover et ouvrir davantage les portes de la musique.


Jocelyne Silvy


Pour plus de renseignements www.levonminassian.com

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