Entretien Ultraviolet / Silvia Valensi

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Silvia Valensi : Êtes vous née dans un milieu d’artiste ?

Ultraviolet :Non, pas du tout. Mon père était industriel et ma mère femme au foyer, rien ne me prédisposait en particulier à une vie dans l’art. Mais, je peux dire que mon père avait le souci de la culture. Une fois par an, nous faisions un grand voyage où il nous obligeait a visiter les musées. La culture était pour lui une chose importante. Comme j’étais «une enfant terrible, rejetée de toutes les classes, de toutes les pensions, je n’ai jamais rien étudié. Je suis une autodidacte.

 

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Vous vous sentiez attiré par le monde de l’art ?

Oui, parce que j’ai des yeux sensibles à l’art, parce que je suis physiquement attirée par l’art et que je suis attachée spirituellement à l’art. Je me souviens qu’étant enfant, j’avais commencé par collectionner les boîtes de cigares ; je trouvais le cigare très beau. C’était pour moi un symbole de liberté, de masculinité et de pouvoir puisque à cette époque, les hommes avaient plus de pouvoir que les femmes. Puis, vers l’âge de vingt deux ans, je me suis mis à collectionner un peintre espagnol qui s’appelait Modest Cuixart qui a obtenu ensuite le prix de la biennale de Sao Paulo ce qui m'a permis de me dire que je savais reconnaître le talent.


Comment avez-vous rencontré Andy Warhol ?

Un peu par hasard. Il est certain que j’étais plus attirée par les musiciens ou les artistes que par les politiques. Je vous l’ai dit, j’étais impossible, mes parents m’avaient placée en maison de correction et m’avait même faite exorciser parce qu’ils pensaient que j’étais diabolique !!!, alors un jour, je suis partie seule aux États-Unis. Or, la première personne que je rencontre en descendant du bateau ce fût Salvator Dali. C’était absolument extraordinaire pour moi. Je le connaissais bien sûr de réputation mais le connaître m’a aidée à me rendre compte que je n’étais pas folle mais surréelle. Cela a été une relation merveilleuse. C'était un homme de culture, d’une drôlerie infinie, bref un génie.


C’est à cette époque là que vous avez commencé à peindre ?

Non, je ne veux pas dire que je peins. D’ailleurs, les artistes aujourd’hui ne font pas beaucoup de peinture. Ils font des vidéos, des installations, de la photographie... J’ai fait toutes ces chose. Alors oui, quand même, je peux dire que j’ai peint avec Salvator Dali. Je dessinais et si le dessin lui plaisait, il rajoutait trois tourbillons et il signait !!!! Je me disais alors que j’avais peut être un certain talent.

Et donc, un beau jour, lors d’un thé, Dali me présente Andy Warhol qui me dit « vous êtes très belle, je voudrais faire un film avec vous ». J’ai dit oui et le lendemain je suis allée pour la première fois à la Factory. C’est ainsi que je suis passée du monde de Dali à celui de Warhol.


Vous étiez déjà une « Celebrity » ?

Oui, je me rappelle la première fois que j’ai vu ma photo dans les magazines, je me suis dis « tiens ,c’est curieux ». C’était bien avant Warhol. J'étais chez Christie’s pour une vente aux enchères. J’avais encore ma robe du soir parce que je n’avais pas pu me changer et j’avais des plumes dans les cheveux. Le lendemain, il y avait ma photo dans le New York Times. Tout s’enchaînait, tout était nouveau, c’étaient les années soixante.


N'aviez-vous pas peur ?

Non, je n’avais pas peur, peut-être étais je inconsciente. Vous savez, c’était un milieu unique, assez séducteur qui n’existait pas en Europe. J’étais très intriguée. Je suis donc restée, je vivais une aventure américaine après une aventure espagnole.

Dali représentait le surréalisme, à présent je vivais cette vague puissante du Pop américain, qui me faisait connaître tous ses représentants.

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Les avez-vous tous rencontrés ?

Oui, tous. Jasper Johns par exemple, chez qui nous dînions souvent. C’était par ailleurs un excellent cuisinier, qui me préparait des pointes d’asperges sauvages rondes. Nous étions invité partout, on nous prenait en photo et le lendemain, on se retrouvait en couverture des magazines. C’était, à l’époque, drôlement excitant.


La Factory ,c’était l’univers que Warhol avait crée autours de son œuvre.

Y avez-vous découvert l’Underground ?

La Factory était un lieu où l’on fabriquait de l’art. Il y avait d’abord les films que nous faisions, tous les jours. La spontanéité était présente dans chacun de nos actes, tout était excitant. Le lieu était unique en soi, avec les miroirs gigantesques réfléchissants. Le monde entier venait à la Factory, je voyais Judy Garland, les Kennedy…


Warhol était-il envoûtant ?

Oui, très. Il était spécial, c’était un ultra terrestre !!! Ce n’était pas un être humain normal parce qu’il pensait différemment et qu’il agissait différemment. Il y avait une grande différence entre sa vie privée et la Factory. Warhol était avant tout un être fascinant. On a dit des choses complètement contradictoire sur lui et bien tout était vrai. Warhol était un génie et un idiot, Warhol avait de l’imagination et a tout copié. Warhol était un saint et un diable. Warhol était religieux et adorait la pornographie. Warhol habitait avec sa mère pendant 40 ans, elle meurt, il ne va pas à l’enterrement Tous les opposés étaient en lui sans qu’il soit schizophrène. Il était autre...


Vous avez dit « Warhol m’a tout de suite plu en tant qu’artiste et je l’ai tout de suite collectionné », pourquoi ?

Oui, c’est vrai, je l’ai tout de suite collectionné. Ce qui me séduisait le plus, c’était l’échelle américaine de ses œuvres hors normes par rapport à l’Europe et les sujets qu’il traitait. J’ai lui immédiatement acheté un tableau de deux fleurs pops gigantesques qui ne tiendraient pas dans cette pièce. Son oeuvre representait le rêve américain reflétant une Amérique de l'après guerre,une Amérique leader qui symbolisait ,la prospérité, la liberté, la joie de vivre, la vie fleurie, le signe du dollar, la soupe Campbell... Tous ces signes qui nous faisaient croire que nous ne mourrions plus jamais de faim. Warhol dénonçait les excès de la société de consommation comme une machine enregistreuse, mais en réalité, il en profitait complètement.


Y avait-il des choses que vous n’aimiez pas ?

Non j’aimais tout. Récemment, une exposition a eu lieu au Metropolitan Museum avec 60 artistes inspirés de l’œuvre de Wharol .Et bien, les quelques Warhol qui étaient exposés là, étaient les plus beaux et les plus simples. Ils avaient ce pouvoir si exceptionnel.


Quand vous dite pouvoir, qu'est-ce que cela signifie pour vous ?

Cela signifie que si par exemple, vous êtes dans un cocktail et puis tout d’un coup, une personne entre dans la salle et là vous savez instantanément que cette personne a du pouvoir. C'est une chose difficile a expliquer. Cela n’a rien à voir avec le physique. Certaines personnes ont un tel pouvoir intérieur, qu'il se reflète à l’extérieur. C’est une question de personnalité.


Combien de temps êtes-vous restée auprès de lui ?

A peu près 10 ans. J’ai fait partie de sa première Factory qui reste la plus célèbre. Ensuite, il y a eu d’autres Factory, mais qui furent différent. Valérie Solanas essaya de tuer Warhol et il a failli mourir

Aujourd’hui, ceux qui faisaient partie de la Factory sont morts pour la plupart et Tailor Mead a disparu, il y a quelques mois. il y a un mot à la fin de mon livre : survivants ?


Qu'avez-vous fait après la mort de Andy Wharol ?

Je suis restée à New York. J’y ai mon propre atelier où je continue à travailler sur de nombreux projets : à la rentrée prochaine une exposition personnelle dans ma galerie de New York, un livre sur toute mon œuvre artistique etc.. Je viens aussi d’avoir le grand honneur d’être acceptée par l’American Artists Arts and Letters, l’équivalent de la Villa Médicis en France.


Vous avez rencontré d'autres artistes ?

Oui, bien sûr. J’ai travaillé avec Edward Ruscha par exemple, un grand artiste du Pop Art ainsi qu’avec Claes Oldenburg. Tous, anciens ou nouveaux ont nourri ma propre œuvre dont on dit qu’elle est d’influence surréaliste, je ne sais pas en réalité.

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L’exposition de la Galerie Depardieu qui vous est consacrée aujourd’hui révèlent votre dernier travail : les selfs portraits ou les sculptures tridimensionnelles.

Les cadres baroques exposés sont d’une grande beauté. Ils ont été moulés en acrylique, sont transparents et ont été une grande source d’inspiration. J’avais réalisé ces cadres en me demandant ce que je pourrait mettre à l’intérieur : des peintures, des paysages ? Rien n’allait. Et puis, un jour, j’ai eu l’idée d'y mettre un miroir et j’ai alors pensé écrire sur le miroir. C’est ainsi que l’idée de faire des autoportraits, des self portraits est née. Tous les artistes ont fait leurs autoportraits tandis qu’ici, il s’agit de l’autoportrait de celui qui regarde l’œuvre.


Vos œuvres ont un coté religieux…

Parce que je suis une mystique. Je crois en Dieu et que je suis pratiquante. Je considère que nous sommes des être spirituels avec un corps humain. C’est cela l’important. Je le montre dans mes selfs portraits qui reflètent l’âme de quelqu’un Tout comme dans les portraits de Rembrandts on voit transparaître l’âme..


Entretien réalisé le 1er février 2014, Copyrights Silvia Valensi