Gérard Duchêne : « Ceci est Cela »

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« Ceci est Cela » est la dernière marque de fabrique de Duchêne. Un peu déroutant dans le sens où l’on cherche le « Journal d’IL » et d’autres dérivés de détournement des médias imprimés.

 

Ceci n’est pas contradictoire. Cela non plus.

Une question est posée : laquelle ? La répétition d’un système relativise le sujet. La figure n’existe plus que dans un espace figuré. Un espace sans limites. C’est lui qui définit la figure. C’est elle qui le figure.

DG 2013


La vue à l’usure de mouchoirs blancs froissés sur une table blanche m’a longtemps passionné, de par la variété fugace des formes qui devenaient sculptures pour un temps.

N’étant pas photographe, ces formes m’ont tenté sans pour autant conclure…

La lecture des « KathaOuspanichad » commentés par SwaniRitejanandra, a suscité l’évidence de l’impermanence des formes, liée à la « Totalité » = l’infini. Un simple mouchoir en papier plié et déplié me semblait correspondre à l’exercice de l’unicité de la forme et de sa nature originelle.

« Ceci est Cela » correspond donc à la réalité des formes qui s’équivalent dans leurs termes, sorte de voie du milieu créant l’équilibre des contraires.

Les dessins (contours des formes) ne sont plus que des témoignages, les témoins visuels fugaces, le support figuré étant, lui, inaliénable.

Gérard Duchêne

Ainsi va

C’est la deuxième fois que j’expose ici, ce que je considère comme un privilège et un plaisir, dû en grande partie à l’ambiance amicale que j’y ai trouvé.

Évidemment, les années ont passé. Le « Journal d’IL » est présent aujourd’hui par simple référence, ainsi qu’un collage assimilé aux « OCNI ».

Mon travail s’est focalisé sur le détournement du langage et des médias imprimés, ceci avec des techniques différentes non assimilables à une démarche pointée. Il s’agit d’interrogations souvent liées à l’identité et aux codes arbitraires du langage.

Ces traitements de styles variés, donc de moyens techniques toujours formels dans leur finalité, ont pu surprendre. Cette fois, la démarche s’écarte du fil conducteur de l’imprimé, des codes et du sens.

« Ceci est Cela » part de formules hindouistes du Vedanta, qui interrogent la dualité et son équivalence pour produire l’unité.

Mon travail n’est pas forcément un exercice spirituel : il en est la conséquence physique. Il n’y a rien à prouver, sinon l’infinité des développements possibles d’une forme à partir des froissages, la surface froissée redevenant lisse après utilisation par défroissage-déploiement de cette surface, arbitraire puisqu’elle figure l’infini qui n’a pas de limites.

Le support (l’outil) a autant d’importance que le produit.

Ceci dit, il n’est pas besoin de s’appesantir : le travail est présenté au mur, et témoigne de la variété innombrable des formes possibles et de leur origine unique, sans s’étendre sur la nature de celle-ci.

En l’occurrence, je suis peintre, c’est en tant que tel que je figure dans ce lieu.

Gérard Duchêne

« Ceci est Cela »

Une surface de papier déterminée est froissée, la forme ainsi obtenue est tenue en réserve. Seul son contour est marqué, le relevé peut prendre une infinité de formes.

Bien sûr, ce travail est symbolique. Chaque forme représente une variante inédite et identifiable, tels des individus, ou toute forme évolutive ou figée. Le contour, parfois redoublé pour activer ainsi la forme, est complété par sa situation initiale : la surface de base, ceci en pointillés ou par le marquage des angles. La forme initiale (la totalité d’un espace) se subdivise ainsi en une infinité de variantes, celles-ci n’étant en fait produites que par celle-là.

Il y va bien sur d’une symbolique de la totalité qui se manifeste en fragmentations qui ne sont jamais que ses représentations occasionnelles provisoires, par repères d’angles ou pointillés. L’infini ne peut être clôt, il est seulement figuré par un espace arbitraire, qui est celui d’une serviette de table en papier qui se froisse et se déplie pour produire une infinité de formes.

Chaque dessin figure un état possible d’une surface froissée déterminée. Le nombre des possibilités est innombrable, seule la surface initiale reste invariable.

Le trait efface le discours sans conclure.

La case figurée est occupée par la réalité du leurre.


Gérard Duchêne 2013


Une variante de « Ceci est Cela » se présente sous la forme de pages de carnet collées sur du papier cristal ayant pour titre : « Braguette ouverte »

Textes publiés à l’occasion de l’exposition de Gérard Duchêne

« Ceci est Cela » oeuvres récentes du 19 janvier au 23 février 2014

CENTRE D’ARTS plastiques et visuels, 4 rue des Sarrazins à Lille.