Féminin-Masculin au Flux Laboratory

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Qu’est-ce qu’un homme ? Qu’est-ce qu’une femme ? C’est en partant de ce questionnement qu’Anouchka Djurdjevac et Paola Cardone ont composé un court-métrage et une déclinaison de photographies. Des tirages uniques en noir et blanc à découvrir jusqu’au 20 décembre au Flux Laboratory de Genève à travers l’exposition Féminin-Masculin. Les deux artistes, qui forment depuis dix ans le duo Noi Siamo, livrent ici une interprétation des genres toute en subtilité. Au cœur de leur démarche : le corps dans son identité, son intimité, confronté à l’autre mais aussi à lui-même.

 

 

Féminin-Masculin

« On est ce que l’on est, c’est-à-dire ? »

Il y a entre Anouchka Djurdjevac et Paola Cardone une complémentarité. L’équilibre de deux sensibilités artistiques. Anouchka a ce besoin viscéral de traduire sa pensée par les mots et l’expression corporelle. Paola Cardone a quant à elle trouvé dans le piano son langage, auquel elle ajoute des sons virtuels. Après avoir exploré l’univers des jeux vidéo et les dommages générés par l’emprise, le duo s’est interrogé sur le genre féminin et masculin. L’idée a donné naissance à une vidéo intitulée « Je crois que l’on est ce que l’on est, c’est-à-dire ? » et à cette série de photographies.

Il a d’abord fallu trouver un lieu où faire vivre ce projet. Laisser le corps s’approprier l’idée. Le temps qu’Anouchka soit prête à danser sur la musique composée par Paola. Présenté lors du vernissage de l’exposition, le court-métrage met en lumière les stéréotypes de genre. On y découvre la femme et son mouvement fluide, puis l’homme avec ses gestes carrés. Leurs corps se dédoublent, ils impriment leur trace. Ils sont accompagnés d’un texte, d’une voix qui résonne en écho : « Je crois qu’elle cherche le ciel, mais elle reste dans la terre... » « Je crois qu’un homme reste un homme... ».

Féminin-Masculin

« Anouchka Djurdjevac ne performe jamais en public », précise Marine Magnin du Flux Laboratory. « Elle s’empare d’un thème puis l’exprime avec son corps de manière spontanée. Une fois que le mouvement est fixé, à travers le média de la vidéo ou de la photographie, elle passe à autre chose. Ce n’est donc pas une danse qui évolue avec le temps. Nous avons souhaité présenter cette démarche atypique ». Si le Flux Laboratory abrite l’une des robes de la célèbre danseuse Isadora Duncan et une White Room qui accueille chaque semaine des cours de danse, les photographies de Noi Siamo ont été installées dans la Dark Room, clin d’œil à la chambre noire.

Féminin-Masculin

Une androgynie au-delà des genres

Pour la vingtaine d’images exposées, Paola Cardone et Anouchka Djurdjevac se trouvent tour à tour devant et derrière l’objectif. Tantôt photographiées l’une par l’autre, tantôt en autoportrait. L’idée n’est pas de chercher à les identifier, ni de savoir quel est l’auteur de chaque instantané. On est d’emblée happé par le noir et le blanc, l’ombre et la lumière qui marquent l’espace et les corps. Ce sont parfois les bras, les jambes qui parlent, ou bien les corps dans leur intégralité. Seuls les visages et les parties évidentes de l’anatomie sont absents. Certaines photographies suggèrent ainsi une androgynie qui va au-delà des genres. Plutôt que d’individus, Noi Siamo nous parle d’identités.

Féminin-Masculin

Les deux artistes illustrent avec poésie la nuance entre féminin et masculin. « Nous souhaitions au départ donner un nom à chaque photographie, l’identifier à l’un des deux genres », témoigne Paola Cardone. « Mais le résultat nous a convaincues que c’était impossible, qu’il s’agissait davantage d’une subjectivité du regard ». Si l’importance de l’image n’est pas dans la réalité objective mais dans la vision de chaque photographe, elles introduisent ici une relation triangulaire avec le spectateur.

Les coulées murales semblent se prolonger dans des cheveux ondulés. Ce tatouage à la taille, que l’on pourrait confondre avec une griffe, est-il à l’origine de ce saignement de mur ? Au fil de l’exposition, certains verront un individu à terre, revenu à son animalité primitive, d’autres une attitude caractéristique de la danse classique. Au-delà de ces interprétations, il y a dans chaque image de l’exposition Féminin-Masculin cette esthétique intemporelle du corps. Ici la photographie ne tue pas le mouvement, elle le fait vivre.

Féminin-Masculin

Tanja Stojanov


Féminin-Masculin, une exposition d’Anouckha Djurdjevac et Paola Cardone à découvrir au Flux Laboratory, 10 rue Jacques-Dalphin à Genève. Du lundi au vendredi de 10h à 17h ou sur rendez-vous au +41 223 081 450.

Le Flux Laboratory est un espace expérimental d’exposition, de performance et de rencontre. Dédié aux arts visuels et vivants, il promeut les jeunes talents, met en avant les projets pluridisciplinaires et vise à créer des ponts entre la culture, les affaires, la science et la société.