ROSARIO GIULIANI QUARTET A PARIS Sunside Sessions

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Moment très attendu : la venue de Rosario Giuliani au Sunside les 19 et 20 novembre derniers.

Accompagné par Roberto Tarenzi au piano, Marco Valeri à la batterie et Darryl Hall à la contrebasse, le saxophoniste a présenté les compositions de son dernier album Images paru en 2013 chez Dreyfus/BMG (album récemment chroniqué par l’auteure de cet article dans les Dernières Nouvelles du Jazz)1.

 

Rosario Giuliani

Le Quartet démarre les festivités avec la composition Siberian Lake, dont la rythmique obsédante de l’excellent Darryl Hall, associée au son sourd et profond des mailloches du non moins remarquable Marco Valeri, donne l’impression d’un corps lourd s’enfonçant dans des eaux glacées à chaque coup de la batterie.

Frisson ! Que les chorus enfiévrés transforment vite en une transe délirante. Roberto Tarenzi, au piano, se lance dans une improvisation virtuose et l’on découvre la créativité de ce musicien venu de Rome, qui accompagne Rosario Giuliani depuis déjà quelques années. Ce dernier, dont l’immense talent n’est plus à prouver se tord, trépigne, se hissant sur la pointe des pieds dans les notes ultra aiguës, balançant son saxophone dans les airs comme il le ferait avec une partenaire de danse.

A la fin des chorus, le morceau replonge dans un givre millénaire avant de laisser la place à Sea and Shadow, une autre composition du saxophoniste. Sur ce morceau, l’instrument de Rosario Giuliani pleure une complainte douloureuse qu’il lui insuffle par un long souffle continu. Les notes, de plus en plus ténues, glissent vers un sommet étroit et aigre qui semble le paroxysme de cette lamentation.

Au deuxième set, on retiendra le magnifique morceau Vertical Voices. En préambule : Beware, tempo’s up ! ». Rosario demande que chacun attache sa ceinture de sécurité. En effet, dès les premières notes, nous sommes comme entraînés dans une chute fulgurante à la fin de laquelle nous sommes de nouveau propulsés vers le haut, sans fin et sans répit. Darryl Hall fait prestement courir ses longs doigts sur les cordes de son instrument comme une fine araignée le ferait sur les fils de sa toile. Le public retient son souffle...et une belle âme passe, peut-être celle de Angel At My Side qu’il interprétera avec émotion, ce morceau étant dédié à sa maman.

Rosario Giuliani a sans doute une vision très concrète de la musique. Car non seulement son album Images associe chaque morceau à une photographie, mais il semble qu’il joue en opérant un travail d’extraction de la chair, de la matière, qui rend sa musique si proche et si touchante. C’est peut-être pour cela d’ailleurs que les visages de chacun de ses musiciens dégagent une beauté si étrange quand ils l’accompagnent...


Yaël Angel


Site de l’artiste : www.rosariogiuliani.com


Prochains concerts :

21/11/1013 : Trier (Allemagne)

22/11/2013 : Ulm (Allemagne)

23/11/2013 : Helibronn (Allemagne)