Les éditions Eyrolles, Moi (Alocco), et l’Art contemporain

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Les éditions Eyrolles se donnent pour la culture vocation vulgarisatrice, si ce n’est pédagogique. On ne peut que s’en réjouir. Les ouvrages ont belle apparence. Sont ainsi mises à disposition à des prix relativement modérés pour ce type de livres beaucoup d’images de plutôt bonne qualité.

 

Paraissent fin 2013 deux Pourquoi est-ce un chef-d’œuvre, et L’art contemporain*. Pour les 80 tableaux et sculptures, nous avons un panorama ordinaire indicatif de l’art Occidental. Occidental est une limite que nous dirons traditionnelle. Nous avons cependant depuis la fin du dix-neuvième siècle singulièrement élargi notre perception vers les temps anciens, Antiquité et Préhistoire, et plus particulièrement en ouvrant les yeux sur les autres continents… Nous avons trois siècles après Christophe Colomb découvert les Amériques, et tous les autres continents, archipels et îles perdues.

Eyrolles

Pour la photographie, les limites géographiques sont a priori plus ouvertes. L’ouvrage est certainement plus original dans ses options, dans la mesure où la pratique est très récente,  et donc la vision de l’édition photo historienne un peu moins établie. Pour la photographie, surtout pour celle dite en noir, l’imprimerie atteint parfois une étonnante fidélité, aidée aussi par des différences d’échelles moindres, alors que pour les grands tableaux historiques, comme ici Les noces de Cana de Véronèse passée de 677 x 994 à 11 x 16 cm, la réduction suppose plus que quelques pertes ! Ce Pourquoi-là est donc une bonne introduction au sujet photo, bien que… Comme pour Le grand livre de l’art contemporain, et malgré la longueur du titre, il manque un sous-titre qui serait : … dans l’art de langue anglaise (de préférence version américaine).

Pour établir des panoramas sélectifs l’érudition et l’alibi scientifique sont relatifs, la subjectivité revient au galop. Les auteurs sont sans doute fort compétents, mais aussi… très provinciaux, oserais-je dire, moi aussi en toute subjectivité. Comme tous les provinciaux ils ignorent superbement ce qui n’est pas venu se manifester dans leur village. À un autre niveau, Moi, Alocco, j’ai assisté durant cinquante ans depuis mon modeste hameau à ces mêmes phénomènes d’aveuglement. Tout artiste n’appartenant pas à la cour cantonale et qui ne se serait pas manifesté à New York, ou accessoirement à Londres, et surtout n’aurait pas été acquis par des banques anglo-saxonnes, ne saurait exister. La vision de ces auteurs anglo-saxons est manifestement celle du marché américano-international dans la lunette de Wall Street. On voit loin, mais étroit. Alors qu’il existe certainement des artistes asiatiques novateurs – peut-être restés chez eux ? – la présence d’artistes Chinois à la mode en Occident, et producteurs le plus souvent de bonnes copies agrandies de nos figurations du milieu du vingtième siècle, accrédite cette impression. Où va se loger la malignité subjective !: Je pense par associations d’idées (mais depuis Freud ne serait-ce processus scientifique ?) au classement « international » sur critères de « visibilité » que j’ai rencontré sur le Net, lequel indique : n°1 Andy Warhol, n° 2 Picasso. La proximité des deux noms est explicite, il y a d’entrée comme un soupçon sur le sérieux culturel de la chose.

Pourquoi choisir de publier des traductions ? Je pourrais reprendre ici ce que j’en disais du Comprendre l’art moderne de Sam Phillips (même éditeur)* au printemps dernier. Je suppose, toujours très subjectivement, qu’il s’agit de raisons économiques. Il est vrai aussi qu’en France les analyses pertinentes se font lentement, de préférence dans les milieux universitaires (c’est long, la culture), hors de la périssabilité de l’actualité des « Grandes Foires » théâtrales (et Internationales). Ces études ne parviennent que trop rarement à l’audience extérieure. La grande masse des médiateurs sont pressés et donc incultes. Incultes, parce que la culture, j’insiste, demande de se donner du temps. Le temps aussi de prendre le recul qui élargit la perspective. Le processus n’est pas nouveau. Monsieur Jean-Louis-Ernest Meissonier (Lyon 1815 – Paris 1891) vous le dirait d’expérience*. Pour varier la pensée demande au moins une génération, tandis qu’avec la rapidité actuelle des communications le conformisme des apparences ne met que six mois à s’installer : il avance à la vitesse des épidémies de grippe.

Cette vaste réserve faite, qui porte surtout sur l’ensemble de ma théorie généralisée de la vulgarisation de l’art, les livres en question sont bien présentés, et les travaux de la majorité des artistes choisis peuvent intéresser. Optimiste par obligation, je parie que parmi les 200 œuvres présentées il y en aura bien une douzaine, peut-être treize, qui sait, soyons généreux, que nos petits-enfants dans quelques décennies pourront qualifier de chef-d’œuvres. Comme aurait dit Blaise Pascal s’il avait connu Jacques Prévert ou Albert Camus: tous les paris sont absurdes.


Pourquoi est-ce un chef-d’œuvre ? 80 photographies expliquées.

Par Val William, Eyrolles 2013.

Pourquoi est-ce un chef-d’œuvre ? 80 tableaux et sculptures expliqués

Par Andy Pankhurst et Lucinda Hawksley, Eyrolles 2013.

Le grand livre de l’art contemporain, 200 artistes expliqués

Par Charlotte Bonham-Carter et David Hodge, Eyrolles 2013.

Comprendre l’art moderne

Sam Phillips, Eyrolles 2013.

Voir aussi « Equivoques » peintures françaises du xixe siècle,

Musée des arts décoratifs, Paris 1973.


Marcel Alocco

Nice, Novembre 2013