Patrizia Ciofi ressuscite La Straniera de Bellini à l’Opéra de Marseille !

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Plusieurs représentations avec la soprano italienne Patricia Ciofi défendant corps et âme le rôle d’Alaïde dans la trop rare Straniera de Vincenzo Bellini ont créé l’événement. Patrizia Ciofi défend cette œuvre avec passion depuis quelques années et cela s’entend.

Cet ouvrage ne fait pas partie des plus célèbres de Bellini comme Norma, la Somnambule ou les Puritains qui n’ont jamais quitté l’affiche des théâtres depuis leur création au XIXème siècle. Elle reste aujourd’hui méconnue, faute de sopranos capables de restituer toute la dimension dramatique de cette héroïne romantique, échappée d’un roman français alambiqué de Victor-Prévost d’Arlincourt. Créé à La Scala en 1829, deux années après Il pirata, le jeune compositeur y manifeste plus que des promesses. Après quelques courtes années de succès, cet opéra a disparu des affiches entre 1875 et 1935. Il faut attendre les années 70 pour que Renata Scotto et Montserrat Caballé imposent deux portraits fascinants de l’étrangère. Elena Suliotis et Lucia Aliberti ont aussi incarné avec brio la Straniera. Récemment, l’étonnante soprano slovaque Edita Gruberova a épousé le rôle à Munich.

 

La Straniera

Présenté en version concertante et faisant l’objet d’une retransmission sur France Musique, cette création sur un livret de Felice Romani très attendue a tenu toutes ses promesses sous la direction inventive de Paolo Arrivabeni. Chœurs et orchestre apparaissent sous leur meilleur jour et épousent totalement le style voulu par le compositeur. La Straniera recèle de superbes mélodies pour le quatuor de solistes dont la scène finale consacrée à l’héroïne est une sublime prière aérienne couronnée d’une cabalette à l’ampleur insoupçonnée. Dotée d’une voix légère au suraigu impressionnant, Patrizia Ciofi maîtrise mieux que quiconque les trilles, les messa di voce, portamenti… Son chant stylé s’impose par un goût parfait et une qualité technique indéniable. Surprenante d’intensité, brillante et admirable dans les aigus, un peu moins audible dans les notes basses, elle fît cependant entendre les exquises modulations vocales de la souffrance d’Alaide. Désormais, elle est la Straniera dont elle a gravé le rôle chez Opera rara.

Avec sa belle voix de mezzo-soprano, Karine Deshayes possède un chant expressif et puissant pour incarner cette femme délaissée. Elle fait preuve d’une belle agilité dans les vocalises et offre une belle luxuriance sonore doublée d’une diction irréprochable.

En dépit d’une voix terne, le ténor français Jean-Pierre Furlan parvient à donner corps à Arturo avec une voix de tête particulièrement puissante exaltée par moments. On peut lui reconnaître un véritable engagement dramatique. Ludovic Tézier dans un rôle magistral composé sur mesure pour le légendaire Antonio Tamburini offre son superbe baryton ample et grave, large et somptueux et triomphe normalement dans la cantilène de Valdeburgo du deuxième acte que le public applaudit à tout rompre. La somptueuse basse française Nicolas Courjal compose un prieur remarquable tandis que Marc Larcher est exemplaire en Osburgo. En somme, une distribution de rêve pour un feu d’artifice vocal !

En sortant de la représentation, les mots de Bellini à un ami résonnent en moi : «  L’opéra doit tirer des larmes, terrifier les gens, les faire mourir par le chant ».


Serge Alexandre

http://opera.marseille.fr

Réservations : 04 91 55 11 10

Un extrait des répétitions de La Straniera à Marseille :

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