KLIMA – Un spectacle insolite

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Quel plaisir de découvrir une jeune Compagnie atypique dans le paysage contemporain de l’art et de la danse ! Fondée à Paris en 2000, la Compagnie Le Sixièmétage est récemment venue s’installer à Nice, attirée par l’incomparable lumière de la région. C’est là, que maintenant de jeunes artistes passionnés créent des œuvres de formes et d’inspirations très variées qui sont à l’image de la diversité des énergies qui composent le collectif.

Pascal Renault, auteur-metteur en scène, et Jeff Bizieau, chorégraphe, ont invité la plasticienne Catherine Chandeloube, le vidéaste Laurent Foudrot et le scénographe René Sacchini, à se joindre à eux. Chaque spectacle génère un langage spécifique qui s’invente entre mouvement, production sonore, danse, image et parole, afin d’inviter les spectateurs à un voyage non organisé sur les terres mouvantes de l’imaginaire chorégraphique.

 

KLIMA

Après deux créations montées à Paris, Boulevard Périphérique et Marilyn Monochrome, voici Klima (Climat en grec) présenté au Centre International d’Art Contemporain du Château de Carros, dans le cadre de Roulez Carros. Le spectacle se déroule sous forme d’un voyage de salle en salle, une déambulation qui rend le spectateur actif en regardant les divers tableaux qui s’enchaînent et mêlent danse, théâtre et arts visuels. Tous portent la notion de paysages intérieurs, physiques et mentaux, des paysages fragmentés, fissurés, désertiques pour des égarés comme des âmes errantes qui racontent, sous forme de récits épars, des souvenirs qui s’étiolent et qui reviennent harceler sans que l’on sache pourquoi. Leurs mots et leurs gestes lancent des idées qui permettent de pénétrer dans un univers onirique.

L’équipe créative passionnée convie à une ballade contemplative et charnelle au cœur de sensations paradoxales agitant une musique des sentiments par laquelle chacun pourra entendre la note qui résonne en lui. Klima tend à abolir les frontières entre le corps et l’esprit loin du monde de la réalité. Que ce soit l’évocation d’un paysage amazonien aquatique, signifié par une danse contemplative parmi des nénuphars, ou bien une comédienne coincée dans une robe de bois pour se transformer en arbre, ultime communion avec la nature, ou encore un duo dansé évoquant un rituel sacré et enfin, un homme réalisant qu’il a avalé toutes les femmes qu’il a aimées lorsque la dernière tente de sortir de son corps. Par un mystérieux artifice, c’est allongé, encastré dans le mur, que le comédien narre ses épreuves.

KLIMA

Ces personnages nous aurons confié les méandres de leurs émotions enflammées ou insatisfaites, de leurs souvenirs inoubliables ou humiliants, de leurs confessions sincères ou affectées, passant du sublime au médiocre en un saisissant raccourci de vies amoureuses chaotiques. Leurs mots deviennent des balises auxquelles ils tentent de s’accrocher pour chercher l’expression de leurs émois. Les images projetées sur l’écran prolongent la confusion des sens et des silences qui se glissent entre mots et musique. La réalité virtuelle et les technologies de simulation participent à l’invention de ce nouveau langage scénique, où une musique contemplative enveloppe et intrigue par un travail sur des sons divers : oiseaux, tremblement de terre, pluie, pierres qui roulent... Axées sur le blanc, les sculptures textiles de Catherine Chanteloube combinent des matières sensuelles (tissu, plumes, bois...) à un patchwork d’images projetées.

Un spectacle mélancolique et impalpable porté par d’audacieux artistes en harmonie pour un singulier « climat » !


Caroline Boudet-Lefort