Alliage 70

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Le thème : L’imaginaire dans la découverte. « Regards croisés sur les sciences et les arts », précisent Sylvie Vatellin et Xavier Hautbois. Bon, pour l’imagination, les scientifiques sont bien pires que les artistes. Il y en a un qui imprudent fait sa sieste sous un arbre et reçoit une pomme sur le nez. Il en invente qu’il est victime d’un complot universel. Il est cerné, ça tourne en rond dans l’infini.

Plus sérieusement, dans le concours des imaginaires, j’imagine que Monsieur Einstein avec ses quatre dimensions (et plus si affinités disent ses petits-fils) déborde de loin un Pablo Picasso ou un Henri Matisse qui s’évertuent à réduire notre banal espace quotidien et ne parviennent qu’à le plier en deux sur une toile. Pour cette part de la revue, qui au dos se plie aussi en deux et n’a environ, à vue d’œil, (avec les deux yeux tout de même) que quinze millimètres d’épaisseur, je laisse le lecteur imaginer et le plaisir de la découverte.

 

Fort de mes bien évidentes compétences scientifiques, je me suis prudemment arrêté sur le premier cahier qui reproduit le « Carnet 1, dessin » de Sophie Menuet. Dessins, si l’on veut, parce que c’est plein de couleurs, peint – ou peintu, ou peinturluré, que sais-je. Au premier coup d’œil, j’ai vu que ce n’était pas des dessins d’enfants. Parce que j’ai pratiqué, je connais : les enfants dessinent bien le dessin d’enfant. Sur ce point, sont imbattables. Là, c’est mal dessiné, comme l’objet lumineux la nuit dans mon regard de myope, vous voyez ? Comme si vous regardiez de l’intérieur un objet qui explose, mais en plus concentré. Je sens qu’ici la langue me trahit, se contredit, le mot qui explose dans l’air dessine mal l’objet défini qu’il désigne. J’ai pensé à ma grand-mère quand elle me racontait le soir la fin de l’histoire (pas de l’Histoire) l’histoire du Petit Chaperon Rouge. La Mère-grand (donc pas la mienne, qui était à l’endroit, mais celle du Chaperon Rouge, qu’on dit à l’envers) la Mère-grand plongeait sa main dans la gueule du loup, le traversait jusqu’à attraper sa queue, et d’un seul coup le retournait comme une chaussette. Ce qui me faisait bien rire, et encore le matin lorsque j’enfilais mes chaussettes… Peut-être que c’est ça la recherche : aller voir à l’envers des choses. C’est simple, comme retourner une chaussette, ou comme mettre sa main dans la gueule du loup. Ou encore, en résumé, juste comme poser quelques taches de couleurs.

(Alliage, n°70, revue publiée par l’association ANAIS, IUFM 89 av. George V, 06000 Nice. Ont aussi contribué à ce numéro : Jean-Pierre Luminet, Laurent Loty, Cédric Grimoult, Marina Maestrutti, Sylvie Catellin, Geoffroy Drouin, Martin Andler, Jacques Mandelbrojt.)

 

Marcel Alocco