Franta inaugure le nouveau lieu de Bogéna Galerie à Saint Paul de Vence

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Bogéna Galerie quitte le centre touristique de Saint-Paul-de-Vence et investit un magnifique lieu non loin de la Fondation Maeght. Pour son ouverture, la galerie présente une rétrospective des œuvres de Franta : une vingtaine de sculptures, des peintures et des dessins.

 

Franta

Bogéna Galerie au centre de Saint Paul c’est l’œuvre de Bogéna Gidrol à son retour de Singapour en 2000. A présent, la voici dans un nouvel espace à St Paul, une galerie restructurée, vaste et lumineuse inaugurée le 7 septembre 2013. Bogéna est architecte et très investie dans l’Art. Si elle présente une rétrospective des œuvres de Franta, leur collaboration n’est pas récente. Déjà Bogéna soutenait l’artiste et l’exposait dans les années 90 aux Etats-Unis et au Japon, où elle a été l’instigatrice de l’achat de Témoin. Cette grande œuvre de 6,70 m acquise par le musée de Nagoya avait été présentée à Nice, au Musée d’Art Moderne et d’Art Contemporain avec une dizaine d’études.

Après des expositions en Californie, à Tokyo avec la galerie Hasegawa en 1997, Bogéna de retour de Singapour, sur la Côte d’Azur a continué de présenter les travaux de cet artiste dans sa galerie, au centre de St Paul. Enfin, à l’occasion d’une rétrospective des œuvres de Franta dans deux musées de Prague, Bogéna venue en Tchécoslovaquie, a décidé d’exposer principalement les sculptures pour inaugurer son nouveau lieu.

Franta

Mais on ne peut dissocier le travail de Franta, la peinture donne naissance à la sculpture et celle-ci s’est imposée comme une nécessité après de nombreuses années de travail. Réminiscences sans doute de l’école des Beaux Arts de Prague en Tchécoslovaquie, pays natal de Franta qui inscrivait au programme après le dessin du corps, le travail avec la terre chamottée : « Après avoir longtemps travaillé sur la toile, pendant plusieurs périodes, le manque de toucher, de matière, de terminer les formes, est venu. Sur la toile on fait semblant de donner du volume mais cela reste toujours plat. Avec la sculpture, on a cette possibilité de terminer, de tourner autour, on apprend beaucoup plus sur un sujet, sur le corps, sur une tête ».

Du travail de la terre, dont l’inconvénient est la fragilité des sculptures, au travail à la fonderie, c’est une autre étape que Franta a franchie, un travail très physique, qui ébranle le corps, épuise, mais ainsi plus de problèmes de transport ni de casse…

Franta

Bogéna Galerie présente donc une rétrospective avec une vingtaine de sculptures, mais aussi des travaux préparatoires, de belles œuvres sur papier marouflé sur toile, des encres, des dessins. On accède à la galerie par des escaliers extérieurs, face à nous, la célèbre sculpture Le Huitième Jour. Elle interpelle et donne le ton de la création de l’artiste, en arrière plan, palmiers, arbres, un paysage paisible jouent par contraste. Franta explique son intention : « Je voulais exprimer comme un cri, l’énergie et la fragilité de l’homme, la renaissance de la Tchécoslovaquie et en même temps un autre événement, le décès d’un ami, d’un athlète parti en 2 mois d’une tumeur au cerveau. Il y a naissance et mort ». Le silence s’impose, s’installe. Même sans explication, un néophyte peut comprendre la gestuelle de cette sculpture qui interpelle, ce bras gauche tendu, cette tête cabossée, le ventre ravagé, remarquer les pieds solidement ancrés dans le sol, la force, l’appel, le corps qui fait face, l’importance donnée au côté gauche du corps, au développement marqué de ses muscles, du côté cœur, de l’esprit, avec la symbolique de la création et du huitième jour. Le questionnement peut se poursuivre longtemps, il est entretenu par d’autres sculptures, peintures, travaux, études pour le huitième jour, présentés à l’intérieur de la galerie.

Franta

Avant de pénétrer à l’intérieur de la galerie, une petite sculpture posée, une tête, simplement nommée, Jacqueline. Hommage rendu à sa femme, mais aussi référence à l’Histoire de l’un et l’autre. Car sans cesse l’œuvre de Franta, évoque les violences du passé et rappelle des événements et des horreurs où l’un et l’autre ont été mêlés, en correspondance aussi avec l’actualité. Dès l’entrée dans la galerie, une forêt de petites sculptures peuple le lieu puis des œuvres peintes alternent avec de grandes sculptures.

Franta

L’esprit qui se dégage de cette exposition, c’est une incitation à la réflexion. La force du travail, l’esthétisme s’imposent. Les œuvres demandent la participation du regardeur. Elles ont une portée universelle. Ainsi la grande œuvre Témoin, que Franta aimerait bien montrer à un public plus proche, est comprise au Japon comme une référence à Hiroshima, mais peut être comprise et s’adresser à tous les peuples opprimés, du passé comme du présent, face à l’indifférence. Montré ici en rappel magnifique, en fond de salle, un homme se cache les yeux avec ses mains, entre deux charniers. L’artiste s’adresse directement à chacun, rentre dans son intimité, affronte son indifférence, sa passivité.

Franta

Cette œuvre avec d’autres rappelle les horreurs de l’actualité du monde, agit au profond de l’être, réveille la conscience. Plus loin, un tableau de la série Otage, une œuvre récente, très forte et sombre témoigne du mal qui parcourt le monde. Pourtant les tableaux n’incitent pas à la violence, ni à la vengeance, mais à un constat, dont l’esthétisme du travail canalise l’émotion vers une prise de conscience. On aime les couleurs, le trait vigoureux de Franta, les transparences des chairs, son propos qui nous secoue.

L’exposition alterne peintures, encres sur papier que j’affectionne, des dessins, des sculptures, dont la première sculpture de Franta, Torse de Femme, (1984) un buste de femme africaine, réalisée en terre, par chance restée intacte pendant une vingtaine d’années avant d’être réalisée en bronze.

A voir Grande Femme Debout, Emoi, Eveil, (bronze de 2012)), Petite Femme Debout, des corps pleins, d’autres mutilés, Franta ne cherche pas la ressemblance, mais des ébauches de mouvements, des expressions corporelles, Prométhée : autre attitude. Puis aussi Femme Touareg, Homme assis, (une technique mixe sur papier qui a fait l’affiche de la Galerie Beddington, à Bargemon)

Un arrêt prolongé, nécessaire, s’impose devant la splendide huile sur toile : Le Veilleur, un homme africain magnifique est là, tellement là, intériorisé, songeur, au repos, soucieux. Des soucis, souvent occasionnés par des problèmes avec les blancs, murmure Franta.

Franta

Franta parle aussi de vie dans cette exposition, il fait danser les corps en harmonie avec la nature, rappel de l’Afrique qu’il aime, propose des moments privilégiés, (deux petits bas reliefs), ou encore Partage, (Technique mixte sur papier), quelques sculptures, des lithographies. La Danse, enfin (une grand œuvre peinte sur papier marouflé sur toile).

Des projets de voyages ? Franta et Jacqueline, aimeraient tant retourner au Mali !

L’exposition visible jusqu’au 6 octobre 2013 est un bel aperçu de l’œuvre de Franta, de son énorme travail, de sa puissance de création, de ses échanges en conversation avec l’actualité, avec l’Etre.

*A voir pendant l’exposition dans la galerie, une exposition de photographies de Jacques Renoir, moments saisis, pris sur le vif : Franta à la fonderie. Une œuvre en elle-même.


Brigitte Chéry

Photos : Béatrice Heyligers


Exposition Franta : 7 Septembre / 6 octobre 2013

Bogéna Galerie 777 route de la Colle

06570 Saint Paul de Vence

Tél. +33(0) 6 26 06 61 53

Tél. +33(0) 4 93 32 53 60


Dans sa recherche de créer un lien entre l’Art en Asie et en Europe, Bogéna participe à Artstage et ouvre une galerie à Singapour en novembre 2013 avec une exposition de groupe.51 Waterloo Street, 02-01 to 03 Singapore 187969